Ce soir, c'est vous qui choisissez
vendredi soir, jeu à deux, désir, humour
La pluie tapait aux vitres avec une régularité de collègue appliqué, ce qui agaçait Aurélie Marchal après une semaine passée à vérifier des colonnes de chiffres. Elle avait trente-six ans, une place de cheffe comptable dans un cabinet du centre, un loyer à payer et l’habitude de ranger les factures par ordre de date avant même d’enlever ses chaussures.
Sébastien Vidal, trente-huit ans, avait quitté les tournées de livraison pour torréfier du café dans un atelier partagé. Il portait encore sa veste sombre, humide aux épaules. Depuis neuf ans, ils savaient reconnaître le moment précis où la fatigue cessait d’être sérieuse et devenait ridicule.
L’appartement offrait ce soir-là une démonstration complète du phénomène : deux tasses près de l’évier, une couverture sur le dossier d’une chaise, trois courriers ouverts et une pile de tickets de caisse au milieu de la table.
Sébastien posa ses clés.
« Notre dîner est dans cette pile », dit-il.
Aurélie prit un ticket entre deux doigts.
« Félicitations. Tu as inventé le repas à gratter. »
Ils avaient commandé de quoi manger, mais le livreur n’était pas encore arrivé. Sébastien tira une chaise, s’assit à califourchon et lui tendit la pile.
« Ce soir, on choisit tout. »
Aurélie sourit. Elle posa son sac, défit le premier bouton de son chemisier et glissa un ticket sous le col de Sébastien.
« Alors commence par une vraie question. »
Il retourna le ticket. Au dos, deux possibilités avaient été écrites au stylo.

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