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La lettre jamais envoyéeLa lettre jamais envoyée, la suite

La lettre jamais envoyée, la suite

Ce que le reste contenait

Suite. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Brest, le 5 décembre 2025, 11 h 40

Constance,

Quand la porte s’est refermée, j’ai posé mon sac contre le mur en venant de manquer la serrure de vingt centimètres.

Tu as regardé mon manteau, puis mes mains.

« Tu peux encore repartir. »

« Je peux. »

« Tu n’en as pas envie. »

« J’ai surtout envie de retirer ce manteau avant de mourir de dignité. »

Tu as souri. Tes doigts ont saisi le col de ma veste. La goutte de pluie que tu voulais chasser a glissé sous ton oreille. Je l’ai suivie du bout de l’index. Tu n’as pas bougé. Ton menton s’est seulement relevé.

« Reste », as-tu murmuré.

J’ai répondu contre ta bouche.

Ton baiser avait le goût du café avalé trop vite et d’une journée commencée sans nous attendre. Tu m’as attiré par la nuque avec cette fermeté calme que je connaissais autrefois et que je reconnais encore à la manière dont tes doigts se posent. J’ai pris ton visage entre mes mains. La cicatrice près de ton index a effleuré ma joue. Elle est plus fine que dans mes souvenirs. Ta peau, elle, n’a rien oublié.

Devant toi, j’avais la coordination d’un homme qui découvre ses propres mains.

Tu as défait les boutons de ma chemise en parlant de la pluie, du train et de la porte bleue qu’il faudrait repeindre. Chaque phrase s’interrompait lorsque ta bouche retrouvait la mienne.

« La porte peut attendre. »

Tu as tiré sur ma chemise.

« Tais-toi. »

Ton pull a glissé sur tes épaules. J’ai retrouvé la ligne de ton cou, tes clavicules et la douceur de tes bras. Mes mains se sont posées à ta taille, puis dans ton dos. Tu t’es rapprochée sous mes paumes. Le tissu de ta chemise frottait contre ma peau avec un petit bruit sec, presque méthodique.

Nos vêtements ont d’abord atterri sur le dossier d’une chaise, puis sur le bord du lit. Nous nous déshabillions sans méthode. Tu as retiré mes chaussures. J’ai défait la boucle de ta ceinture. Tu as posé ton pied nu sur le mien pour m’empêcher de reculer.

« Tu trembles. »

« Le sol n’est pas très stable. »

Tu as tiré ma chemise hors de mon pantalon et passé tes doigts sur mon ventre. Le contact m’a traversé avec une netteté désagréable pour ma prétendue maîtrise professionnelle.

Tu as posé ma main sur ton ventre.

« Là. »

Un mot, une direction. Aucune carte marine ne m’aurait mieux guidé.

J’ai suivi la courbe de ton corps jusqu’à ta hanche, lentement. Tu as fermé les yeux, puis tu les as rouverts pour observer mes gestes. J’aimais cette façon que tu avais de vérifier ce que je faisais sans diminuer ton envie. Mes doigts ont glissé sur ta cuisse. Ta jambe s’est rapprochée de la mienne.

J’ai embrassé ton épaule, ton cou, puis la petite cicatrice sur ton index lorsque tu as porté ta main à mes lèvres.

« Tu t’en souviens ? »

« Je me souviens de tout ce qui m’a empêché de dormir. »

« La cicatrice ou moi ? »

« Les deux. L’ordre change selon les nuits. »

Tu as ri contre mon épaule. Ton rire a résonné dans ma poitrine. J’ai passé les doigts sous l’élastique de ton vêtement, puis je me suis arrêté. Tu as pris ma main pour la guider. Ton geste était clair, impatient, plus convaincant que toutes les lettres que nous avions échangées.

« Encore. »

Alors j’ai continué.

Nous avons atteint le lit avec la méthode d’un couple qui connaît parfaitement la destination et très mal le trajet. Mon genou a rencontré la table de nuit. Le crayon a roulé. Tu as tendu le bras sans quitter mes yeux.

« Même maintenant, tu surveilles le matériel ? »

« Celui-là a traversé onze ans. Il mérite des égards. »

Tu l’as repoussé vers le bord de la table. J’ai rattrapé ton poignet avant qu’il ne tombe, puis je t’ai embrassée jusqu’à ce que le crayon cesse d’exister.

Le lit a grincé sous nos mouvements. La chambre sentait le linge propre, le café refroidi et le sel venu du port par la fenêtre mal jointe. Tu as retiré mon pantalon avec une lenteur qui n’avait rien de raisonnable. J’ai défait le dernier bouton de ta chemise et découvert ta poitrine, ton ventre, la peau fine où la lumière du matin dessinait une bande claire.

J’ai posé la bouche sur ta poitrine, puis sur ton sein. Tu as levé les bras, les mains dans mes cheveux. Tes doigts se sont refermés, puis se sont desserrés quand j’ai relevé la tête pour chercher ton regard.

Tu as attiré mon visage vers le tien.

« Ne t’arrête pas. »

J’ai embrassé ton ventre, le creux de tes hanches, l’intérieur de tes cuisses. Tu as retenu ma tête contre toi, puis tu m’as laissé remonter jusqu’à ta bouche. Ta peau était plus chaude sous mes lèvres. Tes genoux se sont ouverts avec une confiance tranquille, et ta main a guidé la mienne entre tes cuisses. Tu étais mouillée sous mes doigts. Tu as fermé les yeux, la bouche entrouverte.

« Plus lentement. »

J’ai ralenti.

« Comme ça ? »

« Oui. Là. »

Ta main est restée sur la mienne. Tu as réglé mon geste avec une précision de luthière, patiente et exacte, jusqu’à ce que ton ventre se tende. J’ai embrassé ton cou pendant que tes doigts serraient les miens.

Ta jambe s’est glissée entre les miennes. Nos corps se sont retrouvés avec la maladresse tendre de choses longtemps rangées. Tu m’as guidé contre toi. Nous nous sommes allongés, nus, et j’ai pris le temps de te regarder encore.

Ton rire t’a fait perdre le rythme. J’ai attendu que tu me regardes, puis j’ai roulé avec toi jusqu’à ce que ton dos rencontre le drap. Tu as accroché mes épaules. J’ai retrouvé ta bouche, puis la chaleur de ton cou. Tes cuisses se sont resserrées autour de moi.

Nous avons fait l’amour lentement d’abord, puis avec moins de patience. Tu as pris mes mains pour les placer sur tes seins, sur tes hanches. J’ai suivi ton mouvement et je suis entré en toi quand tu m’as attiré contre ton bassin. Tu as poussé un cri bref contre ma bouche, puis tu as souri.

Tu as bougé sous moi, puis tu as pris le dessus, assise sur mes cuisses, les cheveux défaits autour du visage. La lumière passait entre les rideaux et dessinait une ligne sur ton épaule.

J’ai posé mes mains sur tes hanches. Tu bougeais avec une concentration tranquille. Ton ventre se rapprochait du mien à chaque mouvement. Ta bouche s’ouvrait davantage. La peau de tes seins se tendait sous mes doigts.

« Maxime, ne change pas. »

Tu as repris ton rythme. Tes cuisses ont commencé à trembler. Tu as attrapé ma main et l’as portée entre les tiennes.

« Oui. Là. »

J’ai gardé ce rythme. Ton dos s’est creusé. Tes doigts ont serré les miens. Tu as enfoui ton visage contre mon cou. Ton corps s’est contracté autour de moi, par petites secousses de plus en plus rapprochées, et tu as joui en prononçant mon prénom avec une surprise presque vexée.

Je t’ai rejointe peu après, le visage contre tes cheveux, les mains toujours jointes aux tiennes. Mon ventre s’est durci, mes jambes ont perdu leur assurance et j’ai joui contre toi dans un rire étouffé.

Le lit a cessé de grincer. Le port a repris sa rumeur derrière la fenêtre.

Nous sommes restés emmêlés dans les draps, sans chercher une phrase convenable.

Tu as posé ta main sur mon torse. Ton pouce a dessiné un cercle lent, puis tu t’es blottie contre moi. Ta joue a retrouvé sa place sous mon menton. J’ai passé les doigts dans tes cheveux. La fenêtre laissait entrer l’odeur de la mer et de la pluie. Sur la chaise, nos vêtements formaient une carte sans légende.

Plus tard, nous avons recommencé, plus lentement. Tu étais à plat ventre, la joue tournée vers l’oreiller, et je suivais du bout des doigts la ligne de ton dos jusqu’à tes reins. Tu as attrapé ma main pour la poser contre ta hanche. J’ai embrassé ta nuque. Ton dos s’est creusé sous ma bouche.

« Ne raconte jamais ça à tes collègues. »

« Avec les sondes, jamais. »

Tu as tiré l’oreiller sur mon visage. Je l’ai repoussé pour te retrouver.

À présent, tu es contre moi. La tasse tachée est toujours sur la table. Les cartes marines dépassent de mon sac, près de tes lettres. Ta main repose sur mon ventre, comme si tu avais enfin retrouvé l’endroit où la poser.

Je remets le crayon au centre de la table.

Puis je reviens vers toi.

Maxime

Fin de la suite

Cran de cet appareil

Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.