Le massage du jeudi
massage, huile, désir, humour
Hélène Lambert, trente-sept ans, vétérinaire, rentra de garde avec les épaules dures, les cheveux attachés trop haut et une marque de stylo sur le poignet. Elle posa son sac près de la bibliothèque, retira ses chaussures et resta debout au milieu du salon, le temps que son dos comprenne qu’il n’aurait plus à se tenir droit pour personne.
Nicolas Perrot, trente-neuf ans, l’attendait dans une blouse blanche bricolée avec une chemise trop large. Il avait remonté ses manches au-dessus des coudes. Une table de massage pliante occupait l’espace entre le canapé et la table basse. Une serviette roulée attendait à son extrémité. Sur un tabouret, une petite bouteille d’huile tiède diffusait une odeur de lavande.
« Bonsoir, madame Lambert », dit-il.
Elle le regarda.
« Tu portes ma chemise de repassage. »
« La tenue professionnelle est un élément essentiel de la confiance. »
« Tu as mis les boutons dans le mauvais sens. »
« C’est une coupe croisée. »
« C’est ma chemise. »
« Je vais commencer par quelques questions. »
Il prit un carnet posé près de l’huile. Hélène s’assit sur le bord du canapé avec la prudence d’une femme qui avait passé dix heures à se pencher sur des animaux paniqués.
« Antécédents de massage ? »
« Deux séances chez une kinésithérapeute, une fois après avoir déplacé une armoire, et une fois après avoir voulu prouver que je pouvais encore courir dix kilomètres. »
« Allergies connues ? »
« À la lavande. »
Nicolas baissa les yeux vers la bouteille.
« C’est une plaisanterie ? »
« Non. J’éternue avec dignité, mais longtemps. »
Il reposa le carnet, retira le bouchon et versa une goutte d’huile sur le bout de ses doigts. Il la testa contre son poignet, avec le sérieux d’un homme qui venait de recevoir une mission nationale.
« Température correcte. »
« Tu peux aussi vérifier si elle a un goût de réglisse, tant qu’on y est. »
« Le protocole ne prévoit pas cette étape. »
« Dommage pour le protocole. »
Il posa une main sur son épaule. Hélène ferma les yeux.
« Installation ventrale. Bras le long du corps. Prévenez-moi en cas d’inconfort. »
« Je te préviendrai surtout si tu recommences à parler comme une brochure. »
Elle retira son pull, puis son tee-shirt, et resta en soutien-gorge sombre et pantalon souple. Nicolas détourna les yeux avec tant d’application qu’elle en rit.
« Tu as suivi un stage de massage ou une formation de moine ? »
« Deux jours complets, avec attestation. »
Elle s’allongea sur le ventre. Nicolas tira la serviette sur ses jambes, vérifia que ses épaules reposaient bien et plaça ses mains de chaque côté de sa nuque. La table émit un craquement net.
Ils s’immobilisèrent.
« Elle vient de parler », dit Hélène.
« C’est le bois. »
Il commença.

Ses paumes glissèrent de la nuque vers les épaules, lentement, en suivant les muscles contractés. Il avait appris à ne pas appuyer directement sur la colonne, à répartir le poids, à garder les poignets souples. Hélène sentit d’abord la chemise de Nicolas frôler sa peau, puis la fraîcheur de l’huile sous ses mains.
« Respirez profondément », dit-il.
« Je respire depuis trente-sept ans. »
« C’est une bonne habitude à conserver. »
« Ton stage t’a appris à être insupportable. »
« Il m’a appris à rester concentré. »
Ses pouces trouvèrent un nœud près de l’omoplate droite. Il le travailla avec patience. Hélène agrippa le bord de la table.
« Là, tu peux appuyer. »
« Ici ? »
« Oui. »
Il appuya. Une tension se défit dans son épaule. Elle expira contre la serviette.
« Encore. »
Le mot changea quelque chose. Nicolas ralentit, reprit le même endroit et exerça une pression précise. Hélène sentit ses doigts descendre, revenir, corriger leur angle. Il avait toujours eu de bonnes mains. Pour réparer une poignée de porte, éplucher une pomme ou tenir sa nuque dans le lit, il trouvait le geste juste sans en faire une affaire.
Il ne répondit pas. Ses mains avaient quitté les épaules. Elles descendaient le long de son dos, de chaque côté de la colonne, puis remontaient avec une lenteur plus ample. Hélène sentit la chaleur de ses paumes traverser l’huile. Le geste restait professionnel en apparence. Il devint pourtant plus attentif, plus intime. Nicolas s’attardait à la naissance de ses côtes, au creux de sa taille, juste avant que la serviette ne couvre ses hanches.
Elle ouvrit les yeux.
« Tu viens de changer de méthode. »
« J’ai adapté la pression. »
Il posa les deux mains sur ses reins. Ses pouces suivirent la courbe de sa taille. Hélène bougea légèrement le bassin.
Nicolas retira ses mains.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je vérifie que tu es à l’aise. »
« Je l’étais davantage il y a trois secondes. »
Il resta silencieux. Elle entendit le froissement de sa blouse, puis le petit bruit du bouchon de la bouteille. Nicolas ajouta une goutte d’huile dans ses paumes et les frotta ensemble. Quand il reprit le massage, ses doigts s’écartèrent davantage. Il parcourut la peau au-dessus de la serviette, sans la déplacer, puis revint vers sa taille.
« Là, encore », dit-elle.
Il obéit aussitôt.
Cette fois, Hélène rit contre le coussin.
Il glissa une main sous son épaule pour la soulever légèrement et masser le muscle avec l’autre. Son visage se trouva près de sa nuque. Hélène sentit son souffle sur sa peau.
« Tu peux retirer la blouse », dit-elle.
« Le praticien doit rester identifiable. »
« Le praticien ressemble à un homme qui a volé une chemise. »
Nicolas défit deux boutons. Il retira la blouse et la posa sur le dossier d’une chaise. Son tee-shirt suivit. Hélène ne le voyait pas, mais elle entendit le tissu tomber. Ses mains reprirent leur travail, plus franches désormais. Elles parcoururent ses épaules, ses bras, la courbe de ses flancs. Il effleurait, pressait, revenait. Son application se fissurait dans le rythme irrégulier de ses gestes.
Hélène souleva une main et attrapa son poignet.
« Plus bas. »
« Ici ? »
Elle guida sa main vers sa taille.
« Ici. Et ne compte pas les secondes. »
« Je ne comptais pas. »
« Tu les comptais avec tes doigts. »
Il sourit. Elle le sentit à la manière dont sa main se posa.
Ses pouces glissèrent sous la serviette, jusqu’au haut de ses hanches, puis s’arrêtèrent. Hélène tourna la tête.
« Tu peux continuer. »
Nicolas la fixa quelques secondes. Le sérieux du stagiaire disparut complètement.
« Tu es certaine ? »
« Je viens de te déplacer la main. »
Elle prit sa main et la posa elle-même sur sa peau nue. Le geste fut simple, clair, tranquille. Nicolas laissa ses doigts s’ouvrir. Sa paume couvrit sa hanche.
Il se pencha. Sa bouche toucha l’arrière de son épaule. Hélène ferma les yeux. Le baiser fut bref, puis un second resta plus longtemps. Ses doigts à elle se crispèrent dans la serviette.
Nicolas embrassa sa nuque. Sa main descendit sur son flanc, remonta vers son aisselle, redescendit avec plus d’assurance. Hélène se tourna sur le côté. La serviette glissa de son épaule. Elle la laissa tomber au sol.
Nicolas regarda le tissu, puis son visage.
« C’est une étape prévue ? »
« Le stage ne précise pas. »
« Je préfère improviser avec prudence. »
« Alors viens ici. »
Il s’allongea contre elle sur la table, une jambe au sol pour garder l’équilibre. Le bois protesta sous leur poids.
Hélène passa une main derrière sa nuque et l’attira vers elle. Leur baiser eut le goût de la menthe de son dentifrice et de la fatigue qui se dissolvait. Nicolas posa une main entre ses omoplates, l’autre sur sa hanche. Elle ouvrit les cuisses pour lui faire place. La table craqua une nouvelle fois, juste sous son genou.
« Si elle s’effondre, je te facture la consultation », murmura Hélène.
« Avec supplément de nuit ? »
« Avec supplément de compétence. »
Il l’embrassa pour interrompre la discussion.

Hélène se retourna sur le dos. Nicolas descendit de la table et resta debout près de ses pieds. La serviette était au sol, en boule contre une roulette. Elle tendit une jambe vers lui.
« Continue le massage. »
« Les jambes ? »
« Les jambes. »
Il versa un peu d’huile dans sa main et la posa sur son mollet. Ses doigts entourèrent sa cheville, puis remontèrent lentement. Hélène suivit le mouvement du regard. Nicolas travaillait avec sérieux, mais son attention remontait plus vite que sa main.
Il massa l’autre jambe, du talon jusqu’au genou, puis au-dessus. Ses paumes s’attardèrent sur ses cuisses. Hélène les écarta avec ses genoux.
« Plus près. »
Nicolas leva les yeux.
Elle rit, puis son rire se transforma en soupir quand ses mains remontèrent. Nicolas posa ses pouces à l’intérieur de ses cuisses, très près, sans aller plus loin. Hélène referma les doigts autour de son poignet.
« Là. »
Elle guida sa main. Nicolas suivit immédiatement. Son pouce effleura sa peau sensible, revint, s’attarda. Hélène arqua le dos.
« Encore. »
Il recommença. Son autre main soutenait sa cuisse. Son visage s’était tendu de concentration, mais ses yeux ne quittaient plus les siens.
« Tu peux me regarder », dit-elle.
« Je te regarde. »
« Pas avec cette expression de contrôle fiscal. »
Nicolas sourit. Sa bouche remonta le long de sa jambe. Il embrassa son genou, puis l’intérieur de sa cuisse. Hélène posa une main dans ses cheveux. Elle ne le pressa pas. Elle le maintint simplement là où elle le voulait.
« Oui », dit-elle.
Il releva la tête.
« Oui quoi ? »
« Ne redeviens pas professionnel. »
Sa bouche remonta encore. Ses baisers se firent plus lents, plus proches. Hélène sentit la table bouger sous elle. Une vis vibra dans le bois.
« Elle a peur », dit Nicolas.
« Elle est en train de découvrir son métier. »
Il passa ses mains sur son ventre. L’huile y laissa une pellicule brillante. Ses pouces partirent du nombril et s’écartèrent vers les côtes. Hélène posa ses doigts sur son poignet.
« Moins de technique. »
« Je peux faire moins de technique. »
« Beaucoup moins. »
Il se pencha. Sa bouche remplaça ses mains au creux de son ventre. Hélène souleva le bassin. Nicolas posa une main sur sa hanche pour la garder contre la table. Son autre main remonta vers sa poitrine, s’arrêta au bord de son soutien-gorge.
Hélène attrapa le premier bouton de son pantalon.
« Enlève-le. »
Nicolas se redressa aussitôt. Il retira son pantalon, puis le laissa tomber près de la blouse. Il resta en sous-vêtement. Hélène le regarda avec une satisfaction sans détour.
« Tu as encore une consigne ? »
« Une seule. »
« Laquelle ? »
« Ne pas faire tomber la table. »
Elle lui tendit les bras. Il se pencha pour l’embrasser. Ses mains glissèrent sous son dos, dégraffèrent son soutien-gorge et le retirèrent. Hélène le posa sur son épaule avant de le laisser tomber à côté de la bouteille d’huile.
Nicolas fixa ses seins avec une attention qui lui arracha un sourire.
« Tu peux toucher. »
« Je touche. »
Ses paumes les enveloppèrent. Ses pouces passèrent sur les mamelons, puis ses doigts se refermèrent doucement. Hélène cambra le dos et enfonça ses talons dans la table. Le bois répondit par un craquement sec.
Il embrassa l’un de ses seins, puis l’autre. Hélène noua ses doigts dans ses cheveux. Sa bouche s’attarda, sa langue suivit un cercle lent. Elle sentit son ventre se contracter sous sa main.
« Plus fort », dit-elle.
Nicolas obéit. Il serra sa poitrine avec plus de présence, embrassa sa peau, revint à sa bouche. Hélène tira sur son visage pour approfondir le baiser. Leurs corps se rapprochèrent, glissèrent légèrement sur l’huile. Elle passa une jambe autour de sa taille.
Son sexe dur appuya contre sa cuisse. Nicolas inspira brusquement et se figea.
Hélène descendit la main entre eux. Ses doigts se refermèrent sur lui à travers le tissu. Il posa son front contre le sien.
« Tu veux toujours tenir le cabinet ? » demanda-t-elle.
« Le cabinet a perdu toute autorité. »
Elle le fit reculer d’une main. Nicolas s’assit sur le bord de la table. Hélène se redressa et vint se placer entre ses jambes. L’huile brillait sur ses paumes. Elle les posa sur son torse, puis descendit jusqu’à son ventre.
Hélène l’embrassa. Sa main glissa sur son torse, autour de sa taille, puis plus bas. Nicolas ferma les yeux. Ses doigts cherchèrent sa hanche, la trouvèrent et la tirèrent contre lui. Elle sentit son sexe contre son ventre, dur et impatient.
« Hélène. »
« Je sais. »
Elle se retourna, posa les mains sur ses épaules et le fit s’allonger sur la table. Le meuble gémit tout entier, mais resta droit. Nicolas éclata de rire sous elle.
« Il tient. »
« Tu avais raison. »
« Je vais noter la date. »
Elle s’installa à califourchon sur ses cuisses. Sa peau huilée glissa contre la sienne. Nicolas posa ses mains sur ses seins, puis sur ses hanches. Hélène se pencha pour l’embrasser. Il la suivit, mais elle le repoussa doucement contre la table.
« Reste là. »
« Oui. »
Elle prit sa main et la guida entre ses cuisses. Ses doigts trouvèrent son sexe humide. Nicolas la caressa avec lenteur, puis avec un rythme plus appuyé. Hélène bougea contre sa main, tenant ses épaules pour garder l’équilibre.
« Là. »
Il continua.
« Encore. »
Son bassin suivit les doigts de Nicolas. Elle baissa la tête contre son cou, mordilla sa peau sans le blesser. Il posa sa bouche sur son sein, tandis que son autre main parcourait sa cuisse.
Nicolas glissa deux doigts en elle. Hélène se cambra. Il observa son visage, attentif à chaque changement. Elle lui prit la main et accéléra le rythme.
« Comme ça. »
Il suivit son mouvement. Son pouce pressa son clitoris. Hélène poussa un gémissement bref, puis enfouit sa bouche contre son épaule. Ses cuisses se resserrèrent autour de sa main. Nicolas ne ralentit pas.
Elle jouit en gardant ses doigts serrés sur sa nuque. Son corps trembla, son ventre se contracta, puis elle resta immobile quelques secondes, le front contre lui. La table émit un dernier craquement, presque discret.
Nicolas l’embrassa au coin de la bouche.
« Diagnostic ? »
Hélène reprit sa respiration.
« Traitement à poursuivre. »
« Fréquence ? »
« Tous les jeudis. »
Elle le regarda, encore essoufflée. Sa main descendit entre eux et se posa sur son sexe à travers le tissu.
« Mais tu n’as pas fini. »
Nicolas se redressa. Il retira son sous-vêtement, puis posa ses mains sur ses hanches. Hélène se leva juste assez pour qu’il puisse se placer contre elle. Elle guida son sexe vers son entrée, prit le temps de trouver l’angle, puis descendit lentement.
Nicolas resta immobile. Hélène posa les mains sur son torse.
« Ne bouge pas. »
Il attendit.
Elle fit glisser son bassin, s’habitua à lui, puis commença à monter et descendre avec lenteur. Nicolas suivit son rythme, les mains ouvertes sur ses hanches. La table se balançait sous eux sans céder.
« Encore », murmura-t-elle.
Il entra plus profondément. Elle s’agrippa à ses épaules. Son corps se resserra autour de lui. Nicolas l’embrassa, sa bouche contre la sienne, et ses mains remontèrent sur son dos huilé.
Hélène accéléra. Ses seins frottaient contre son torse. Elle posa une main entre eux pour sentir le rythme de son cœur. Nicolas la soutint par les fesses, lui donna un mouvement plus ample.
« Là », dit-elle.
Il recommença.
Leurs respirations se mêlèrent. Nicolas enfouit son visage dans son cou. Hélène lui serra la nuque et le guida jusqu’à ce que son plaisir revienne, plus profond, plus exigeant.
« Regarde-moi. »
Il leva les yeux.
Elle descendit sur lui avec un mouvement lent, puis plus rapide. Nicolas gémit. Ses doigts se crispèrent sur ses hanches.
« Hélène. »
« Oui. »
Elle posa son front contre le sien. Il la pénétra avec un rythme régulier. Elle sentit son corps se tendre, ses cuisses trembler, ses muscles se refermer autour de lui. Nicolas la maintint contre lui jusqu’à ce qu’elle jouisse une seconde fois, la bouche ouverte sur son épaule.
Il la suivit aussitôt, le visage enfoui dans ses cheveux, et resta serré contre elle tandis que la table encaissait leur dernier mouvement.
Un pied de la table se mit à plier, avec un long craquement de bois.
« Elle tient », dit Hélène.
Nicolas eut un rire sans voix contre son cou.
Ils restèrent enlacés sur le meuble, couverts d’huile jusqu’aux poignets. La bouteille avait roulé sous le canapé. La serviette était collée à une roulette. La blouse blanche pendait à la poignée du buffet.
Nicolas passa une main sur le visage d’Hélène.
« Alors, le stage ? »
« Validé. »
« Avec mention ? »
« À condition de supprimer la lavande. »
« Et le questionnaire ? »
« Tu peux garder la question sur les allergies. »
« Celle sur les antécédents ? »
« Aussi. »
Hélène posa la joue contre son torse.
« Elle veut un compte rendu. »
« Elle aura une facture. »
« Pour une consultation de nuit ? »
« Pour assistance technique. »
Il voulut descendre, mais la table protesta encore.
Ils se figèrent.
Puis Hélène éclata de rire, et Nicolas avec elle, tandis que le pied replié se remettait lentement en place.

Fin de l’histoire
Envie de prendre votre temps ? Le minuteur coquin règle le rythme à deux.