Douze nuits, douze cartes, la suite
À deux
Une goutte de confiture marquait le coin du papier, juste à côté de leurs deux écritures.
Marion avait ressorti la carte de la boîte pour la relire. Elle posa un doigt sur la tache et leva les yeux vers Louis. Le rayon pâle traversait la cuisine, touchait le bord de la boîte en bois, le sceau brisé, puis la manche trop longue du pull qu’elle portait.
« On vient de salir notre avenir. »
Louis regarda la carte.
« Il était déjà écrit avec une écriture douteuse. »
« La tienne ou la mienne ? »
« Les deux. C’est précisément le problème. »
Elle aurait pu ranger la carte, essuyer la table, reprendre sa journée. Le matin s’étirait autour d’eux avec ses petites tâches familières.
Marion prit sa main et la porta à sa bouche. Ses doigts sentaient le café, le bois et le savon. Elle embrassa la jointure de son index, puis le centre de sa paume. Louis resta immobile, attentif, les épaules détendues dans sa chemise mal boutonnée.
« Tu as gardé les mains du chantier », murmura-t-elle.
« Je les ai lavées. »
Il sourit. Elle embrassa son pouce. La peau rugueuse accrocha légèrement sa lèvre. Louis retourna sa main et posa ses doigts sous son menton.
Il essuya le sucre de sa joue avec le bout du pouce. Marion attrapa son poignet avant qu’il retire sa main et la garda contre sa joue. Elle le regardait sans détour. La cuisine baignait maintenant dans une lumière nette, débarrassée de la lampe orange et du bruit de la pluie qui leur avait servi d’alibi.
Louis se pencha. Leur baiser avait le goût du café froid et de la confiture. Marion passa les bras autour de son cou. Le pull glissa sur son épaule. Louis suivit le mouvement des yeux, puis posa la bouche sur la peau découverte.
Ses lèvres descendirent vers sa clavicule. Marion referma les doigts sur sa nuque. Il s’arrêta, le front contre elle.
« Oui », dit-elle.
Le mot lui ouvrait toute la place dont il avait besoin.
Louis releva la tête. Marion prit sa bouche avec plus d’impatience. Sa main glissa sur le dos de sa chemise, trouva la couture entre ses omoplates et tira le tissu vers elle. Le bouton mal aligné céda quand elle passa les doigts sous le col.
« Attends. »
Marion s’immobilisa.
Louis se redressa, retira le stylo resté près de la carte et le posa sur le buffet. Il prit aussi la boîte en bois, la repoussa contre le mur, puis revint vers elle.
« Je ne veux pas que tu t’appuies dessus. »
Elle rit et l’attrapa par le bord de sa chemise. Le rire resta entre leurs bouches jusqu’à ce que le baiser gagne en profondeur. Louis déboutonna sa chemise avec une lenteur qui fit disparaître toute envie de plaisanter. Marion suivait chaque ouverture du tissu, posant les doigts sur sa poitrine, puis sur son ventre.
Sa peau gardait la chaleur de la maison. Elle remonta vers ses épaules et fit glisser la chemise le long de ses bras. Louis la laissa tomber sur le dossier d’une chaise. Marion retira son pull à son tour. Il rejoignit le sol près de la chaise, les manches retournées.
Louis la regarda en silence. Marion sentit cette attention passer sur son visage, son cou, puis sur la dentelle sombre qui apparaissait sous le tissu. Elle posa une main sur sa poitrine.
« Tu es magnifique », dit-il.
Elle cessa de sourire. Le mot resta entre eux avec une simplicité qui lui serra la poitrine. Louis posa les mains à sa taille et attendit. Marion avança jusqu’à ce que leurs ventres se touchent. Sa bouche retrouva la sienne. Ses doigts descendirent sur ses hanches, puis remontèrent sous le bord de son vêtement.
Marion guida sa main. Elle la plaça où elle la désirait, garda ses doigts par-dessus les siens et bougea lentement. Louis suivit son rythme. Quand elle retira sa main, il continua avec la même attention.
« Encore », murmura-t-elle.
Il ne sourit pas. Sa bouche quitta la sienne pour sa joue, son cou, la peau sensible sous son oreille. Marion s’accrocha à ses épaules. Elle sentait les muscles de son dos sous ses paumes, la chaleur de sa poitrine contre la sienne et le froissement du pantalon contre ses cuisses.
La table devenait trop étroite. Louis lui prit la main et l’emmena jusqu’au salon. La chemise resta sur la chaise, le pull au pied du buffet. La carte blanche demeura près de la confiture, à la lumière.
Le canapé portait encore la marque du coussin tombé la veille. Marion le repoussa du pied. Louis s’assit. Elle vint sur ses genoux, face à lui, et posa les mains derrière sa nuque.
Le mouvement les fit rire. Le rire se brisa quand il passa les mains sous ses cuisses pour la rapprocher. Sa bouche trouva le creux de son cou. Ses cheveux attachés à la hâte se défirent peu à peu, une mèche venant chatouiller la joue de Louis.
Il lui mordilla l’épaule à travers le tissu. Marion se cambra, les doigts plongés dans ses cheveux.
Il la fit pivoter avec précaution. Marion se retrouva allongée, la tête contre l’accoudoir, Louis penché au-dessus d’elle. Sa main suivit son flanc, s’arrêta à sa taille, puis descendit le long de sa hanche. Elle ouvrit les jambes pour lui faire une place. Il s’y installa sans se presser.
La lumière du matin glissait sur son dos. Marion posa la bouche sur son épaule, puis descendit vers sa poitrine. Louis ferma les yeux. Ses doigts se resserrèrent sur sa hanche.
« Tuile. »
Elle s’arrêta aussitôt.
Louis inspira et posa la joue contre son front.
« Le coussin est sous mon coude. »
Marion tourna la tête. Le coussin s’était effectivement glissé derrière lui, plié en deux, avec la dignité d’un meuble mal rangé.
« J’ai cru que tu demandais une pause. »
« Je demandais une meilleure installation. »
Elle jeta le coussin au sol et revint l’embrasser.
Leur rire se mêla aux baisers. Louis souleva Marion avec précaution. Elle enroula les jambes autour de sa taille. Il la porta jusqu’au couloir, abandonnant le canapé, la chemise et le coussin au même endroit.
Dans la chambre, il la déposa sur le lit. Elle retira les vêtements qui lui restaient, lentement, sans quitter Louis des yeux. Il fit de même. Les tissus rejoignirent le sol près du fauteuil, pendant que le soleil dessinait un rectangle clair sur le drap.
Marion tendit la main. Louis la rejoignit.
Elle l’attira sur elle. Louis s’appuya sur ses avant-bras, la regarda, et elle ouvrit les jambes autour de lui. Il descendit lentement, embrassa ses seins, son ventre, la ligne de sa hanche, puis posa la bouche entre ses cuisses. Marion enfonça les doigts dans ses cheveux et lui dit où, comment, plus lentement. Il obéit avec l’application qu’il mettait à tout, la langue précise, les mains sous ses fesses pour la tenir contre lui. Le plaisir monta, serré, jusqu’à la faire jouir contre sa bouche, le dos arqué, avec un son qu’elle ne contrôla pas.
Elle le tira vers elle avant d’avoir repris pied.
« Viens. »
Il entra en elle lentement, le front contre son front, et ils restèrent un instant immobiles, à se regarder, le rire encore au fond de la gorge. Puis Marion bougea la première. Il la suivit. Ils prirent leur temps, puis moins de temps. Elle noua les jambes dans son dos pour le sentir plus profond ; il murmura son prénom, puis « Tu es à moi », puis « J’ai envie de toi comme à vingt ans », et elle répondit « Plus fort, Louis, oui », riant et gémissant à la fois. Le lit grinça, la maison fut bavarde et ils s’en moquèrent.
Quand elle se mit sur lui, la lumière tomba sur ses seins et Louis la regarda sans rien dire. Elle mena le rythme, les mains à plat sur son torse, jusqu’à ce qu’il la saisisse aux hanches et la serre plus fort contre lui.
« Là. Ne bouge plus. »
Il ne bougea plus. Elle jouit une seconde fois, longuement, en disant son nom comme un ordre, et il la suivit presque aussitôt, le visage dans son cou, en elle, avec un long gémissement.
Le jour continuait derrière les rideaux. Dans la cuisine, la boîte en bois attendait avec ses douze cartes. Dans la chambre, il n’y avait plus que le drap froissé, leurs respirations mêlées et le rire bref de Marion quand Louis chercha le bord du matelas sans le trouver.
Après, ils restèrent allongés sur le côté. Marion posa la tête contre son épaule. Louis caressa son bras du bout des doigts, lentement, jusqu’à sa main.
« On avait dit une carte par soir », murmura-t-elle.
« Celle-ci était blanche. »
« Très pratique. »
Il embrassa ses cheveux défaits. Dans la cuisine, la carte attendait encore près du pot de confiture.
Marion tendit le bras vers la table de nuit et attrapa le pull de Louis. Elle le posa sur leurs pieds.
« La suite de la journée ? »
Louis referma sa main sur la sienne.
« À deux. »
Dans la cuisine, le rayon de soleil avançait sur la boîte en bois.
Fin de la suite
Cran de cet appareil
Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.