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HistoiresLa Boussole sous l’oreiller

La Boussole sous l’oreiller

jeu, désir, énigmes, complicité

environ 47 minutes au total, 8 minutes par épisode de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 6 : Le Nord dans les draps

Cran Pimenté

Guillaume retira sa montre et la posa sur le secrétaire, à côté du miroir retourné. La clé et l’étiquette datée y étaient encore, posées là comme un laissez-passer dont ils n’auraient plus besoin.

Six nuits, six lieux préparés à tour de rôle, et pour la dernière ils avaient choisi leur propre chambre.

Émilie traversa le parquet pieds nus ; le bois froid lui fit serrer les orteils. Elle recula jusqu’au lit, s’assit sur le bord et retira ses chaussettes fines l’une après l’autre. Elles tombèrent près du tapis.

La chambre sentait le papier neuf et le linge propre. La lampe basse de la table de nuit découpait le drap en deux zones, une claire et une sombre. La boussole en laiton attendait sous l’oreiller d’Émilie.

« Tu as préparé quelque chose », dit-elle.

« Toi aussi. »

Chacun glissa la main sous le drap de son côté. Deux enveloppes, même papier crème, même format, même écriture appliquée. Ils les ouvrirent ensemble.

Émilie lut la sienne, puis, par-dessus l’épaule de Guillaume, lut la deuxième. Les deux textes parlaient de la maison. Le sien disait : « Il vérifie deux fois l’interrupteur de la cuisine avant de monter. Il plie son pantalon sur le dossier d’une chaise, toujours du même côté. Il pose sa montre à plat, cadran vers le haut. » Celui de Guillaume disait : « Elle tapote le dos d’un livre trois fois avant de l’ouvrir. Elle range ses pinceaux par taille décroissante. Elle laisse la lampe de la table de nuit allumée jusqu’à ce que je sois couché. »

Ils restèrent assis côte à côte, les feuilles à la main.

« Tu as réécrit mon indice », dit Émilie.

« Tu as réécrit le mien. »

« On a préparé la même énigme. »

« Et trouvé la même réponse. »

« Laquelle ? »

Guillaume posa son enveloppe sur le drap.

« Nous. Et nos manies. »

Émilie posa la sienne à côté, aligna les bords, puis les sépara de nouveau. Le radiateur claqua une fois contre le mur et se tut.

« Même notre lit a besoin d’un plan de montage », dit-elle.

« Il est déjà monté. »

« Alors d’un mode d’emploi. »

« Il est sous l’oreiller. »

Elle rit, se leva et alla jusqu’au centre du tapis. Guillaume la rejoignit. Elle lui prit les poignets et les leva au-dessus de la tête de Guillaume ; le tee-shirt gris glissa le long de ses bras et il le retira, puis le posa sur le dossier de la chaise. Elle l’embrassa. Émilie avait un goût de baume légèrement sucré ; Guillaume le chercha du bout de la langue, deux fois, avant de laisser le baiser s’installer. Les mains d’Émilie glissèrent de son visage à ses épaules, puis s’aplatirent dans son dos.

Il la ramena vers le lit. Émilie s’allongea sur le dos et l’attira contre elle. Il l’embrassa dans le cou, puis descendit sur le ventre d’Émilie, à travers le tissu de la chemise ivoire. Elle lui prit la nuque et le maintint là, le pouce contre la tempe de Guillaume.

« Attends. »

Elle se redressa, défit son pantalon noir et le laissa au pied du lit. Guillaume s’agenouilla devant elle, ôta son pantalon de pyjama anthracite et le déposa contre la chaise. Il posa la bouche sur la cuisse d’Émilie, juste au-dessus du genou, puis plus haut. Elle écarta les jambes et posa un pied sur son épaule.

« Plus haut. »

Il remonta. Elle portait encore sa culotte de coton bleu nuit ; Guillaume s’arrêta au bord, la bouche contre le tissu. Émilie leva les bras, et Guillaume l’aida à retirer la chemise par-dessus la tête d’Émilie ; elle la plia en deux et la posa sur l’oreiller opposé.

Il la fit s’allonger de nouveau. Émilie se laissa aller sur le dos, les seins à l’air, la culotte en place. Guillaume s’installa entre les cuisses d’Émilie et posa la bouche sur son ventre, puis plus bas, sur le coton. Elle sentit la langue de Guillaume à travers l’étoffe et poussa son bassin contre lui.

· · ·

« Pas comme ça », dit-elle.

Elle se redressa sur un coude, fit glisser sa culotte et la posa sur la table de nuit. Guillaume revint entre les cuisses d’Émilie ; sa langue trouva la chatte, humide, ouverte. Émilie posa une main sur les cheveux de Guillaume et l’autre sur le drap, les doigts serrés. Émilie guida la tête de Guillaume par petites pressions, jusqu’à trouver le rythme qui la faisait se tendre.

« Là. Encore. »

Il resta là. Les genoux d’Émilie se rapprochèrent des épaules de Guillaume, puis s’écartèrent. La langue de Guillaume suivait le bord, revenait au milieu, repartait. Émilie ne parlait plus ; elle tirait sur les cheveux courts de Guillaume pour indiquer la cadence.

« Remonte », dit-elle enfin. « Je veux te sentir. »

Guillaume se redressa. Émilie s’assit, le fit rouler sur le dos et s’installa au-dessus de lui, les genoux de part et d’autre des hanches de Guillaume. Elle prit le préservatif dans le tiroir de la table de nuit, l’ouvrit et le plaça elle-même.

« Regarde-moi. »

Guillaume leva les yeux. Elle descendit sur sa bite lentement, les mains à plat sur le torse de Guillaume. Les mains de Guillaume restèrent sur les hanches d’Émilie.

Elle bougea. D’abord de petits mouvements courts, puis un rythme plus franc. Ses seins se balançaient contre le torse de Guillaume. Il la regardait sans détourner les yeux, la bouche entrouverte, et ses doigts se refermaient par moments sur la taille d’Émilie.

« Tu ne regardes pas ailleurs », dit-elle.

« Je surveille la sortie. »

« Il n’y a pas de sortie. »

Elle se pencha, l’embrassa, et il la serra contre lui. Puis elle s’arrêta, le souffle court, et rit contre sa bouche.

« Quoi ? »

« J’ai oublié la suite du plan. »

« Il n’y a plus de plan. »

« Alors improvise. »

Guillaume la fit basculer sur le dos, puis s’installa entre les cuisses d’Émilie. Il écarta les jambes d’Émilie du genou et entra en elle d’un mouvement lent. Émilie enroula une jambe autour de la taille de Guillaume et posa la main sur la fesse de Guillaume. Le bassin de Guillaume trouva un rythme profond ; Émilie enfouit le visage contre l’épaule de Guillaume et laissa échapper un gémissement. Elle lui prit le visage et le ramena au-dessus d’elle.

« Plus profond. »

Il obéit. Elle le sentit jusqu’au fond et les ongles d’Émilie se plantèrent dans le dos de Guillaume.

Puis elle le repoussa doucement, se redressa, le fit asseoir contre la tête de lit et revint sur lui, face à face. Le drap remonta sur leurs jambes. Guillaume avait retiré son boxer avant qu’Émilie ne prenne le préservatif et l’avait laissé au pied du lit.

Ils restèrent ainsi, Émilie sur Guillaume, le front contre le front. Elle bougeait par à-coups, de plus en plus précis, et Guillaume la soutenait par les hanches, les pouces dans le creux des reins d’Émilie.

« Reste là », dit-elle. « Ne bouge pas. »

Il ne bougea pas. Elle continua seule, jusqu’à ce que ses cuisses se serrent et que son orgasme la traverse ; elle s’accrocha aux épaules de Guillaume, la bouche ouverte contre le cou de Guillaume. Il la suivit presque aussitôt, les mains crispées sur les fesses d’Émilie, et ils ralentirent ensemble jusqu’à l’immobilité.

Ils glissèrent sous le drap, les fronts appuyés l’un contre l’autre.

· · ·

Émilie tendit le bras sous l’oreiller et prit la boussole. Le laiton était tiède, un peu cireux sous ses doigts. Elle la posa entre eux, sur le drap.

L’aiguille hésita, tourna, puis se fixa vers le centre exact du lit.

« Elle ne cherche plus de cachette », dit Guillaume.

« Elle indique où on est. »

Émilie posa la main à plat sur le drap, à l’endroit que l’aiguille désignait.

« Toutes les réponses étaient dans nos habitudes », dit-elle. « La façon dont tu plies ton pantalon. La façon dont je tapote les livres. Six nuits à chercher un objet, alors que l’objet, c’était la manière dont on se connaît. »

« C’est une énigme très mal construite. »

« C’est la meilleure. »

Guillaume rit, puis l’embrassa sous l’oreille.

« Ne cherche plus le nord ; reste exactement là », dit Émilie.

« Je te choisirais encore, même sans énigme. »

Elle reprit la boussole, la posa sur la table de nuit à côté de la lampe, puis éteignit.

Dans le noir, le laiton tinta contre le bois. L’aiguille vibrait contre le vernis, régulière. Émilie passa la main sur la table de nuit, souleva la boussole et trouva dessous une enveloppe neuve, plus épaisse que les autres. Le titre était écrit au feutre, en majuscules :

« SEPTIÈME RENDEZ-VOUS : LE JOUR OÙ NOUS N’AVONS RIEN PRÉPARÉ. »

Dessin : Dans leur chambre, sous le drap lilas, chacun tient une enveloppe crème et ils échangent un regard complice.

Fin de l’histoire

Envie de vous surprendre ? Les enveloppes cachent une envie chacune, à ouvrir le moment venu.