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HistoiresLa Boussole sous l’oreiller

La Boussole sous l’oreiller

jeu, désir, énigmes, complicité

environ 47 minutes au total, 8 minutes par épisode de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 5 : La Villa des pièces manquantes

Cran Pimenté

La clé longue de la cabane ouvrit la grille de la villa à 22 h 43, et Guillaume dut pousser trois fois avant que le battant accepte de bouger.

« Tu avais dit que tes amis avaient une maison facile d’accès. »

« J’ai dit qu’ils avaient une maison. La facilité n’a jamais été leur spécialité. »

Émilie entra la première, sa lampe à la main. La villa prêtée dormait derrière des volets clos, avec ses murs blancs, son escalier en pierre et une odeur de bois ciré. Guillaume referma la grille, puis lui tendit la clé de carton trouvée derrière la latte.

« La consigne est toujours la même ? »

« Ne viens pas seul : apporte ce que tu n’as jamais osé demander. »

« J’ai apporté une relieuse d’art indépendante qui connaît le prix d’un loyer. »

« Et moi un régisseur lumière qui possède trois tournevis identiques, mais jamais celui dont il a besoin. »

Ils étaient mariés depuis deux ans, ensemble depuis six, et leurs soirées ordinaires avaient pris l’habitude de se déguiser en énigmes. Émilie, trente et un ans, reconnaissait les papiers au toucher. Guillaume, trente-trois ans, savait faire apparaître un visage dans le noir avec une ampoule mal placée. Ce soir, il avait préparé six objets dans la villa, un par pièce, et promis qu’un seul ne venait pas de leur maison.

Le premier attendait dans l’entrée : son plioir en os, posé sur la console.

Le deuxième, dans le salon : une petite gélatine de théâtre bleue, rayée sur un coin, que Guillaume gardait depuis leur premier appartement.

Le troisième, sur le piano fermé : leur invitation de mariage, pliée en deux.

Le quatrième, dans la bibliothèque : une tasse ébréchée, blanche, avec une anse recollée par Émilie.

Le cinquième, au bout du couloir : un ticket de train portant encore leurs deux noms.

Le sixième était installé dans la chambre du fond, sur une commode : un miroir rond à manche court, dans un cadre de métal sombre.

Émilie le prit.

« Celui-là n’est pas à nous. »

Guillaume resta près de la porte, les mains dans les poches de son pantalon.

« Tu en es sûre ? »

« J’ai relié des carnets dans toutes les pièces où nous avons vécu. J’ai rangé tes outils, tes câbles, tes chaussettes roulées en boule et tes plans de feu. Ce miroir n’a jamais traversé notre seuil. »

Elle retourna l’objet. Au dos, une inscription fine apparaissait dans le métal : **REGARDE CE QUE TU LAISSES HORS CHAMP.**

« Tu as choisi un miroir pour parler de ce que je ne regarde pas ? »

« Je suis régisseur. Les objets font souvent mieux leur travail que moi. »

Émilie avança jusqu’à lui. La lumière de sa lampe glissa sur la chemise blanche de Guillaume, sur ses poignets, sur sa bouche.

« Tu veux dire quelque chose ? »

« Beaucoup de choses. J’ai préparé le tiroir. »

Dans la chambre attenante, un secrétaire bas attendait sous une fenêtre. Le tiroir du milieu résistait, puis s’ouvrit avec un bruit de bois sec. À l’intérieur reposaient des photographies anciennes de la villa, des clés sans serrure, deux cartes pliées, des rubans, des bouts de papier et la petite boussole en laiton.

L’aiguille trembla dès qu’Émilie la toucha.

« Elle a encore perdu le nord. »

« Elle a surtout trouvé trop de directions. »

Émilie écarta les souvenirs. Sous la boussole, Guillaume avait placé un rectangle de carton.

**Nomme la pièce qui n’a jamais vécu avec vous. Puis dis ce que tu aurais aimé y laisser.**

Émilie posa le miroir sur le secrétaire.

« La fatigue. »

Guillaume ne sourit pas.

« Elle a vécu avec nous. Dans la cuisine, sur le canapé, entre deux lessives. »

« Alors la pudeur. »

« Elle aussi. »

Émilie regarda les objets alignés dans la villa, ceux qui racontaient leurs habitudes avec une précision presque insolente. Le plioir posé près de la porte quand elle rentrait tard. La gélatine bleue dans un tiroir de la salle de bains, souvenir d’une panne d’éclairage. La tasse dont ils se disputaient l’usage. Le ticket de train conservé depuis un week-end sans programme.

« Le miroir n’a jamais appartenu à notre maison », dit-elle. « Ce que je n’ai jamais osé y laisser, c’est une demande. »

Guillaume s’approcha.

« Laquelle ? »

Émilie prit sa main et la posa sur sa taille, par-dessus sa robe noire.

« Que tu me regardes quand je te montre exactement où j’ai envie de toi. Pas quand tu devines. Pas quand tu fais semblant d’avoir compris. »

La main de Guillaume se resserra. Sa bouche se posa sur la sienne avec une lenteur qui fit descendre la lampe contre le bois du secrétaire. Émilie laissa ses doigts glisser sous le col de la chemise. Elle trouva la nuque de Guillaume et le ramena à elle.

« Voilà », murmura-t-elle. « Tu regardes. »

« Je regarde depuis six ans. »

« Tu détournes parfois les yeux au moment intéressant. »

« C’est une vieille habitude de technicien. Je surveille les sorties. »

Elle défit le premier bouton de la chemise, puis le deuxième. Guillaume ne bougea pas. Ses yeux restaient sur les mains d’Émilie. Elle posa ses lèvres sur la peau découverte, juste au-dessus de la clavicule.

« Ce soir, tu ne surveilles rien. »

« Je surveille une seule chose. »

« Laquelle ? »

« Ta bouche. »

Il l’embrassa encore. Émilie fit glisser la chemise de Guillaume sur ses épaules. Le vêtement tomba au pied du secrétaire. Elle conserva sa robe, mais ouvrit la fermeture dans son dos. Guillaume passa ses doigts sous les bretelles et les abaissa avec soin. La robe descendit jusqu’à ses hanches, puis resta nouée autour de ses jambes.

Émilie s’assit sur le bord du lit. Guillaume s’agenouilla devant elle, une main posée sur son genou, l’autre sur sa hanche. Il embrassa la peau apparue sous le tissu, puis remonta vers sa cuisse.

« Tu as préparé six objets », dit-elle.

« Oui. »

« Et une seule pièce étrangère. »

« Oui. »

« Tu as pensé à tout. »

« J’ai oublié la phrase qui devait me sauver. »

« Tu n’en as pas besoin. »

Elle prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Guillaume posa les paumes sur ses fesses, par-dessus le tissu encore présent, puis fit remonter la robe. Émilie se leva. La robe tomba près du secrétaire. Elle portait une culotte noire et un soutien-gorge clair.

Guillaume se redressa. Il embrassa ses seins à travers le tissu, puis dégrafa le soutien-gorge. Émilie le retira elle-même et le posa sur le miroir.

« Il n’a pas le droit de tout voir », dit-elle.

« C’est pourtant son métier. »

« Il peut attendre. »

Elle fit glisser ses doigts sur la ceinture du pantalon de Guillaume. Le bouton céda, puis la fermeture. Il retira son pantalon et le posa sur une chaise près du lit. Son boxer resta en place. Émilie le fit reculer jusqu’au matelas, puis s’assit sur ses cuisses.

Guillaume posa une main au milieu de son dos. L’autre descendit entre ses jambes. Émilie écarta les genoux et guida ses doigts sous le coton de sa culotte. Elle appuya son bassin contre sa paume, lentement, jusqu’à devenir humide.

« Là », dit-elle. « Ne cherche pas ailleurs. »

Guillaume suivit le mouvement qu’elle imprimait à sa main. Émilie ferma les yeux, mais son visage resta tourné vers lui. Elle le regardait faire, attentive aux changements de son expression.

« Plus près. »

Il trouva le point qu’elle réclamait. Émilie s’accrocha à ses épaules, la bouche ouverte contre son cou. Ses cuisses se serrèrent autour du poignet de Guillaume, puis s’écartèrent de nouveau pour lui laisser toute la place.

« Garde ce rythme. »

La main de Guillaume resta ferme. Sa bouche descendit sur ses seins. Émilie prit sa tête et la conduisit vers le sein gauche, puis vers le droit. Les doigts de Guillaume bougèrent avec une précision régulière. Elle jouit contre lui, le front appuyé à son front, le corps parcouru d’un frisson net. Il attendit que ses jambes cessent de trembler avant de retirer sa main.

Elle resta assise sur lui, encore haletante.

« Tu as vu ? »

« Oui. »

« Et ? »

« Je pourrais faire un plan lumière. »

Émilie rit, puis lui mordit doucement la lèvre.

« Tu vas surtout faire ce que je te demande. »

Elle se leva, retira sa culotte et la déposa sur la chaise. Guillaume enleva son boxer et le laissa tomber près de son pantalon. Émilie revint vers lui, prit sa bite dans sa main et la pressa contre son ventre.

« Tu es déjà dur. »

« Tu viens de me donner des instructions très claires. »

« Elles seront encore plus claires maintenant. »

Elle s’allongea sur le dos, la tête près de l’oreiller. Guillaume vint entre ses cuisses. Émilie releva les jambes et posa ses pieds sur le matelas. Il embrassa son ventre, puis sa chatte humide. Sa langue passa entre ses lèvres, avec application, sans précipitation. Émilie posa une main sur ses cheveux et l’autre sur le drap.

« Plus bas. »

Guillaume descendit.

« Remonte. »

Il remonta.

« Reste là. »

Il resta. Émilie poussa son bassin contre sa bouche, les doigts crispés dans ses cheveux. Ses genoux tremblaient. Elle le fit revenir vers elle avant d’atteindre un second orgasme.

« Pas encore », souffla-t-elle. « Je veux te sentir. »

Guillaume se redressa. Émilie prit le préservatif posé sur la table de nuit, le déchira et le lui tendit. Il le plaça, puis s’allongea contre elle. Elle guida son sexe vers sa chatte et l’accueillit lentement.

Leurs corps se rejoignirent dans un mouvement profond. Émilie enroula ses jambes autour des hanches de Guillaume. Il soutint sa nuque d’une main et sa hanche de l’autre. Elle commença à bouger sous lui, par petits déplacements précis, puis accéléra.

« Regarde-moi. »

Guillaume leva les yeux.

« Encore. »

Il entra plus profondément. Émilie posa ses mains sur ses fesses et le ramena vers elle. La chambre gardait le bruit du lit, le froissement du drap et les respirations brèves de Guillaume contre sa bouche.

« Dis-moi ce que tu veux », murmura-t-il.

« Ta main sur mon sein. »

Il la posa.

« L’autre sur ma fesse. »

Il obéit.

« Plus fort avec tes hanches. »

Guillaume accéléra. Émilie se cambra sous lui, puis referma les bras autour de son dos. Elle jouit en prononçant son prénom. Guillaume la suivit contre elle, le visage enfoui dans son cou, les muscles tendus jusqu’à l’immobilité.

Ils restèrent enlacés. Émilie passa ses doigts dans les cheveux de Guillaume, puis les fit descendre le long de son dos.

« Tu sais ce que je n’ai jamais demandé ? »

« Non. »

« Que tu me prennes au sérieux quand je dis que j’ai envie de toi avant d’avoir fini ma journée. Même avec de la colle sur les doigts. Même avec trois factures ouvertes. Même quand je parle d’un cahier pendant dix minutes. »

Guillaume déposa un baiser sous son oreille.

« Je t’ai toujours désirée. J’ai seulement cru que le désir devait attendre que tout soit rangé. »

« Quelle idée ridicule. »

« C’est mon côté régisseur. »

« Alors dérègle tout. »

Il la fit rouler sur le flanc. Émilie se retrouva devant lui, une jambe entre les siennes. Guillaume posa sa main sur son ventre et l’embrassa dans le dos, lentement. La petite boussole, restée sur le secrétaire, tinta contre le bois.

Émilie tendit le bras et la prit.

L’aiguille pointait vers le miroir.

Elle se leva, nue, et traversa la chambre. Guillaume resta assis sur le lit, une main sur le drap. Émilie retourna le miroir, chercha une rainure dans le cadre et pressa le pouce contre le métal.

Le dos s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une clé identique à celle de leur appartement, retenue par un fil à une étiquette blanche.

Émilie la retourna.

La date inscrite dessus n’était pas encore arrivée.

Dessin : Dans un escalier intérieur, une femme tient une lampe et le bras d’un homme barbu, qui porte un paquet de linge blanc.