Le pacte
pacte, fantasmes, couple installé, humour
Soir 9 : Les rôles échangés
Cran Pimenté
Lucie prit le dernier papier plié au matin, avant que Paul ne puisse toucher à sa tasse de thé.
Elle le fit tourner entre ses doigts, observa les quatre angles, puis le glissa dans la poche de son pantalon.
Paul resta devant le bocal.
« Tu ne lis pas ? »
« Ce soir. »
« Même un indice ? »
Lucie posa une main sur sa poitrine.
« Tu viens de me demander un indice alors que je t’ai annoncé que je décidais de tout. »
Paul baissa les yeux vers le bocal.
« Je commence à comprendre le principe. »
Elle l’embrassa rapidement, prit sa veste et sortit par la porte du jardin. Paul entendit ses pas sur les dalles, puis le portail. Toute la journée, il aperçut le papier à des endroits différents : près du clavier, sur la console, à côté de l’évier. Lucie le déplaçait sans jamais le déplier.
À vingt heures, elle posa le billet au centre de la table en chêne.
Le bocal n’en contenait plus qu’un autre, encore plié.
Paul avait rangé les verres d’eau, repoussé le saladier et vérifié trois fois que rien ne traînait dans le couloir. Lucie arriva derrière lui, pieds nus, vêtue d’une robe souple qui s’arrêtait au-dessus des genoux.
Elle posa ses mains sur son dos.
« Dans la chambre. »
Paul se retourna.
« Je peux au moins savoir ce que tu as prévu ? »
« Tu peux savoir où tu vas. »
Elle prit sa main et le conduisit jusqu’à l’escalier. Dans la chambre, la couverture orange était tirée sur le lit en fer forgé. La lampe diffusait une lumière douce. Lucie retira sa robe, la plia avec soin et la posa sur la chaise.
Paul la regarda faire. Il avait gardé son pantalon et sa chemise, mais ses boutons étaient déjà ouverts au col.
« Déshabille-toi », dit-elle.
Il retira sa chemise, la posa sur la robe, puis fit glisser son pantalon. Lucie ne bougea pas. Elle suivit chaque geste, attentive, les bras croisés sous sa poitrine.
« Plus lentement. »
Paul releva les yeux. Il reprit son pantalon par la ceinture et le tira doucement le long de ses jambes avant de le déposer au pied du lit.
Lucie s’approcha. Ses doigts se posèrent sur son torse, puis descendirent jusqu’à son ventre. Elle embrassa sa bouche, une fois, sans prolonger le contact.
« Maintenant, tu t’assieds. »
Paul s’installa au bord du matelas.
« Les mains ? »
« Sur la tête de lit. »
Il se retourna et agrippa les montants en fer forgé. Le métal froid sous ses paumes le fit sourire.
Lucie resta debout entre ses jambes. Elle posa un genou sur le matelas, puis l’autre, sans toucher Paul davantage. Ses cheveux effleurèrent son épaule lorsqu’elle se pencha vers lui.
« Tu ne me touches pas avant que je te le dise. »
Paul serra les doigts autour du fer.
« C’est très précis. »
« Tu apprécies la précision. »
« Dans mon métier, oui. Dans cette chambre, beaucoup. »
« Compost, si tu veux que ça s’arrête. »
« Je sais. »
Lucie posa un doigt sur ses lèvres.
« Tu attends. »
Elle l’embrassa alors, longuement, sans lui laisser lever les mains. Paul garda ses doigts accrochés aux montants. La bouche de Lucie glissa sur sa mâchoire, son cou, puis revint sur la sienne. Elle s’assit à cheval sur ses cuisses, le poids de son corps changeant aussitôt la position de ses jambes.
Paul ferma les yeux.
« Ouvre-les. »
Il obéit.
Lucie prit son visage entre ses mains. Elle le regarda quelques secondes, puis fit descendre ses doigts sur son cou, son torse, son ventre. Ses paumes parcoururent sa peau avec une lenteur appliquée. Paul suivit chacun de ses mouvements sans chercher à les précéder.
« Tu peux toucher ma taille », dit-elle.
Il posa ses mains sur ses hanches.
« Plus haut. »
Ses doigts remontèrent dans son dos.
« Là. Ne bouge plus. »
Paul resta immobile. Lucie se pencha et embrassa son épaule. Son bassin se déplaça contre lui avec un rythme léger, assez pour faire monter la tension sans lui donner ce qu’il attendait.
Il inspira plus profondément.
Elle posa sa bouche sur la sienne. Paul répondit sans quitter ses hanches. Lucie se redressa, prit ses poignets et les ramena contre la tête de lit.
« Garde-les ici. »
Ses mains restèrent au-dessus de ses épaules. Elle descendit entre eux, défit la ceinture de Paul et fit glisser le dernier vêtement qui le séparait d’elle. Le tissu rejoignit le sol près du lit. Lucie posa sa paume sur le sexe de Paul, le regard fixé sur son visage.
Paul eut un mouvement vers elle.
Elle retira aussitôt sa main.
« Pas encore. »
Il laissa retomber sa tête contre le fer forgé, les lèvres entrouvertes.
Lucie sourit. Elle caressa son ventre, ses cuisses, puis revint le toucher avec plus de précision. Sa main avançait, s’arrêtait, reprenait selon son propre rythme. Paul gardait les poignets contre la tête de lit, mais ses doigts se crispaient à chaque passage.
« Lucie. »
« Attends. »
Elle l’embrassa. Sa bouche était douce, puis plus exigeante. Paul répondit avec une impatience qui fit rire Lucie contre ses lèvres.
Elle reprit sa caresse. Paul ferma les yeux.
« Regarde-moi. »
Il rouvrit les paupières.
Lucie se plaça au-dessus de lui, guida le sexe de Paul en elle et s’abaissa lentement, jusqu’à le sentir tout entier. Elle resta immobile, les mains posées sur ses épaules. Paul ne bougea pas. Son visage se tendit sous l’attente.
« Maintenant, tu peux me tenir. »
Ses mains descendirent dans son dos. Lucie posa les paumes sur son torse et commença à bouger. Le matelas se déplaçait sous leurs genoux. Le fer du lit émettait de petits sons réguliers. Elle gardait le rythme, changeait l’angle, ralentissait dès que Paul tentait de suivre trop vite.
« Tu restes là », dit-elle.
Il la serra contre lui.
« Oui. »
« Plus près. »
Paul rapprocha son bassin. Lucie inclina la tête, les yeux fermés, puis reprit sa bouche. Ses mains se glissèrent dans ses cheveux. Elle mena les mouvements avec une assurance tranquille, et Paul s’y abandonna sans chercher à reprendre la direction.
Le plaisir se lisait sur son visage avant qu’il ne puisse parler. Lucie le fit attendre encore, s’arrêtant juste assez pour le faire gémir contre sa bouche.
« Encore », murmura-t-il.
Elle le regarda.
« Tu sais demander. »
« Encore. S’il te plaît. »
Lucie sourit et reprit son mouvement. Elle posa une main entre leurs ventres, l’autre derrière sa nuque. Paul suivit ses hanches, les yeux attachés aux siens. Sa bouche chercha son épaule, mais elle lui releva le visage.
« Ici. »
Elle l’embrassa jusqu’à ce que sa propre respiration se brise. Son corps se resserra autour de lui. Ses cuisses tremblèrent, puis elle resta contre son torse, les lèvres entrouvertes, les doigts serrés dans ses cheveux.
Paul la maintint contre lui. Elle ne le fit pas attendre longtemps cette fois. Il la suivit, le front contre le sien, les mains dans son dos.
Ils restèrent immobiles sous la couverture orange, leurs jambes mêlées. Lucie passa un doigt sur la joue de Paul.
« Tu as tenu la tête de lit. »
« J’ai fait exactement ce que tu as demandé. »
Elle rit, puis l’embrassa encore, sans urgence. Après quelques minutes, elle se leva pour ramasser leurs vêtements. Elle remit sa robe. Paul enfila son pantalon, puis sa chemise ouverte.
Dans la cuisine, Lucie souleva le couvercle du bocal. Il ne contenait plus qu’un seul papier, qu’elle sortit entre deux doigts et leva vers la lampe : parfaitement blanc, sans un pli d’encre.
« Il est vide », dit Paul.
« Non. Il attend qu’on l’écrive. »
Elle le lui tendit.
« Demain, c’est toi qui commences. »
Fin de l’histoire
Envie de votre propre pacte ? La semaine interdite met du sel sur sept soirs.