Le pacte
pacte, fantasmes, couple installé, humour
Soir 8 : La table de la cuisine
Cran Pimenté
Le papier « Vite » resta près de la tasse de thé jusqu’au soir.
Lucie le transporta dans la maison sans le toucher. Elle le posa sur le rebord de la fenêtre pendant qu’elle rinçait ses mains, sur la console lorsqu’elle répondit à un appel, puis au centre de la table en chêne, entre le bocal et le minuteur de la machine à laver.
Paul entra dans la cuisine avec une serviette sur l’épaule.
« Tu as lancé une lessive ? »
« Oui. »
« Quinze minutes », dit Lucie en consultant l’écran du minuteur. « Le papier dit : un quart d’heure, avant que la lessive finisse. Vite. »
Paul posa la serviette sur le dossier d’une chaise. Il avait encore sa chemise de travail, ouverte au col. Lucie portait un pantalon souple et un pull fin, les cheveux attachés avec un élastique noir. Elle prit le minuteur et le posa près du bocal.
Paul sourit. Il s’approcha. Lucie lança le minuteur et le posa face contre la table.
« Pas une minute de plus », murmura-t-elle.
Elle l’embrassa. Il répondit aussitôt, avec cette retenue qui ne tenait jamais longtemps lorsqu’elle prenait l’initiative. Lucie ouvrit sa chemise, bouton après bouton. Paul posa ses paumes dans son dos et la rapprocha jusqu’à sentir le bois derrière elle.
La table craqua.
Ils s’arrêtèrent.
Lucie rit.
Il fit glisser son pull au-dessus de sa tête. Le vêtement tomba sur la chaise, près de la serviette. Lucie retira sa chemise et la posa sur la table, à côté du papier « Vite ». Paul dégrafa son soutien-gorge. Il le laissa tomber au sol.
La cuisine gardait la fraîcheur du soir. Lucie passa ses doigts sur les épaules de Paul, puis sur son torse. Elle suivit une cicatrice pâle près de ses côtes, s’y attarda du bout de l’ongle et le regarda.
« Ici ? » demanda-t-elle.
« Ici. »
Elle l’embrassa avec plus de faim. Paul recula jusqu’à la table. Lucie le fit asseoir sur le bord, entre le saladier vide et le bocal. Il posa une main derrière lui. Le bois gémit sous son poids.
Elle se plaça entre ses genoux, défit sa ceinture et fit glisser son pantalon. Paul leva les hanches pour l’aider. Le vêtement tomba près de la chaise. Lucie retira le sien sans quitter sa bouche.
Ses cuisses vinrent contre les siennes. Paul posa ses mains sur ses fesses. Elle les guida plus haut, puis les ramena à sa taille.
« Là. »
Il resta là.
Lucie prit son visage entre ses paumes et l’embrassa encore. Sa bouche descendit sur son cou, son épaule, puis sur son torse. Paul passa les doigts dans ses cheveux. Elle remonta lentement, mordilla sa lèvre et pressa son bassin contre lui.
Lucie saisit le menton de Paul avant qu’il tourne la tête vers le minuteur.
« Ne regarde plus. »
Elle s’installa sur la table. Le saladier glissa d’un centimètre. Paul le repoussa d’une main, sans quitter Lucie des yeux. Elle enroula ses jambes autour de lui et l’attira contre son ventre.
Le chêne craqua encore.
Elle lui posa un doigt sur les lèvres.
« Moins de paroles. »
Paul obéit. Sa bouche descendit sur ses seins, puis sur son ventre. Lucie se cambra et referma les doigts sur sa nuque. Elle le ramena vers elle, pressa sa bouche contre la sienne et guida ses mains avec une précision croissante.
La cuisine se remplit de petits bruits : le bois sous leurs genoux, le bocal déplacé de quelques centimètres, le verre d’eau qui vibra près de l’évier. Paul trouva le rythme que Lucie cherchait. Elle le corrigea d’un mouvement de bassin, puis posa son front contre le sien.
« Là. »
Il resta exactement là.
« Encore. »
Sa main se resserra sur son épaule. Lucie ferma les yeux, ouvrit la bouche et laissa son plaisir gagner ses jambes. Paul poursuivit sans accélérer, attentif aux mouvements de son corps. Elle le ramena contre elle et l’embrassa jusqu’à ce que son souffle se brise.
Elle éclata de rire, encore étendue sur la table. Paul l’embrassa sous l’oreille. Elle passa une jambe autour de sa taille et le ramena à elle.
« Encore », dit-elle. Paul posa une main sur sa joue. Elle répondit en l’attirant contre elle, puis en guidant sa main plus bas. Il suivit son indication. La table se remit à craquer, plus régulièrement.
« Plus près », murmura-t-elle.
Paul se rapprocha. Elle entoura son cou de ses bras et mordit doucement son épaule. Le mouvement s’installa entre eux, précis, rapide, sans place pour les plaisanteries. La cuisine devint étroite autour de leurs corps.
Elle le serra contre elle. Paul enfouit son visage dans son cou. Lucie lui prit la main, la posa sur son sein et poursuivit le rythme qu’elle voulait. Ses jambes se resserrèrent autour de lui.
« Regarde-moi. »
Paul releva la tête.
Elle soutint ses yeux jusqu’au bout. Son plaisir la traversa dans un mouvement bref, ses doigts se crispant sur le dos de Paul. Il la suivit quelques secondes plus tard, le front contre le sien, les mains fermées sur ses hanches.
Ils restèrent immobiles.
La machine tournait dans la pièce voisine. Une chaussette tomba quelque part dans le tambour. Lucie posa les deux mains sur les joues de Paul.
Elle lui mordilla la lèvre, puis l’embrassa avec une lenteur nouvelle. Ses doigts parcoururent son dos. Il reprit sa bouche, ses seins, son ventre. Lucie se redressa sur la table.
« Encore ? »
« Encore. »
Ils se retrouvèrent une seconde fois, avec moins de place encore. Le saladier fut repoussé jusqu’à l’évier. Le bocal resta au milieu du bois, entouré de leurs vêtements. Lucie posa une main sur le couvercle métallique pour ne pas le faire tomber.
Elle l’attira contre elle. La table protesta si fort qu’ils se figèrent, puis partirent dans un fou rire impossible à retenir. Lucie cacha son visage contre l’épaule de Paul. Il posa le front dans ses cheveux.
Ils rirent encore.
Le minuteur sonna enfin, une seule fois : quinze minutes, jour pour jour. Ils n’en revenaient pas, et ils en rirent encore.
Paul descendit de la table et ramassa son pantalon. Lucie resta assise sur le chêne, les pieds nus, une main posée sur le papier « Vite ».
Le linge terminé, Paul alla ouvrir le hublot. Lucie se tourna vers le bocal, où il restait deux papiers pliés. Elle savait que l’un des deux était blanc. Elle posa l’index sur l’autre.
« Celui-là, c’est le mien. Demain, ce sera moi qui déciderai de tout. »
Paul s’arrêta, une chemise humide à la main.
« Tout ? »
« Tout. »