Les pièces du large
travaux, été, complicité, désir
Soir 4 : La ligne au niveau
Cran Pimenté
Un carreau blanc quitta la salle de bains, franchit le seuil et roula jusque dans le couloir avec la régularité d’un petit animal décidé à leur compliquer la journée. Hélène le rattrapa du bout du pied avant qu’il n’atteigne l’escalier.
Depuis l’ouverture de la trappe de la véranda, ils savaient que la maison gardait encore des secrets. Celui-ci avait l’air plus simple : quatre murs, un sol à reprendre, une baignoire à déplacer. Le carnet orange, posé sur le lavabo, indiquait seulement : « Salle d’eau. Refaire le niveau. »
Clément entra avec une caisse de carreaux sous le bras. Il portait son short beige et rien au-dessus de la ceinture. Hélène avait gardé sa chemise ouverte, nouée à la taille pour ne pas la tremper. Ses pieds nus portaient des traces de plâtre.
« Le mur vient de perdre un morceau », dit-elle.
Clément regarda le carreau arrêté contre la plinthe.
« Il a peut-être besoin de prendre l’air. »
« Il est sorti tout seul. C’est un signe d’indépendance. »
Il posa la caisse près de la baignoire et prit le vieux niveau à bulle dans le tas d’outils. Le bois était taché de peinture verte. Une petite fente traversait le verre de la fiole.
Clément appliqua l’outil contre le mur du fond. La bulle partit vers la gauche et resta collée au bord.
« La maison penche », dit-il.
Hélène s’approcha. Elle posa l’index sur la bulle.
« La maison a neuf générations de propriétaires. Elle a bien le droit d’avoir une hanche plus basse que l’autre. »
« Ce n’est pas une hanche. C’est un angle de douze degrés. »
« Tu parles aux murs avec cette voix-là ? »
« Je leur parle avec la voix qui obtient des résultats. »
Elle lui prit le niveau des mains et le retourna contre le mur. La bulle se déplaça dans l’autre sens.
« Voilà. Maintenant, c’est toi qui penches. »
Clément se plaça face à elle. La lumière entrait par la petite fenêtre, découpée par les volets gonflés de sel. Son sourire se posa sur la bouche d’Hélène avant même qu’il ne l’embrasse.
« Tu viens de déclarer le chantier personnel », dit-il.
« Il l’était depuis le début. »
Elle lui passa le niveau sur la poitrine, puis le laissa descendre jusqu’à son ventre. Clément posa une main sur la taille d’Hélène et l’autre contre le mur. Le verre froid toucha sa peau.
Un carreau roula derrière eux.
Hélène ne se retourna pas.
« Ne le regarde pas. Il cherche notre attention. »
Clément embrassa le bord de sa mâchoire.
« Il l’aura quand il saura tenir debout. »
La bouche d’Hélène trouva celle de Clément. Le niveau resta pris entre leurs torses, ridicule et précis. Elle le retira d’une main et le posa sur le rebord de la baignoire. Clément rapprocha Hélène par les hanches. Elle sentit la dureté de sa bite à travers le short et pressa son bassin contre lui.
Leur baiser changea aussitôt de rythme.
Hélène referma les doigts sur sa nuque. Clément embrassa son cou, puis la peau juste au-dessus du nœud de sa chemise. Elle tira sur le tissu, défit le nœud et laissa les deux pans s’ouvrir.
« Tu as encore du plâtre », murmura-t-elle.
« Sur le ventre ? »
« Sous le nombril. »
Elle posa sa bouche sur la trace claire. Clément baissa les yeux vers elle. Ses mains glissèrent sous la chemise, sur les côtes et le dos nu d’Hélène. Elle se rapprocha jusqu’à sentir son érection contre son bas-ventre.
« Il faudra refaire le niveau là aussi », dit-il.
Elle leva le visage.
« Tu as une méthode ? »
« Plusieurs. »
« Montre-moi la plus sérieuse. »
· · ·
Le second carreau partit lorsque Clément recula. Il roula sous la baignoire et y demeura pris. Hélène se mit à genoux pour le récupérer. Clément s’accroupit derrière elle, une main posée sur sa hanche, l’autre tenant le niveau à bulle.
« Ne me touche pas avec ton instrument », dit-elle sans se retourner.
« Tu disais qu’il fallait mesurer. »
Il posa le niveau à côté de son genou. Hélène se redressa et le lui prit. Elle le plaça horizontalement entre leurs épaules, puis se mit debout face à lui.
« Posture numéro deux », annonça-t-elle.
Clément avança d’un pas. Hélène recula jusqu’au mur. Le niveau resta pris entre eux, appuyé contre leurs poitrines. La bulle dériva aussitôt vers la droite.
« Tu penches encore », dit-elle.
« Tu me déstabilises. »
« C’est le mur. »
« Le mur ne m’embrasse pas. »
Hélène retira le niveau. Elle le posa sur le sol, à côté de la caisse de carreaux, et passa les bras autour du cou de Clément. Sa bouche s’ouvrit sous la sienne. Clément prit ses fesses à deux mains et la souleva juste assez pour que ses pieds quittent le sol. Elle referma les cuisses autour de ses hanches. Le dos de sa chemise frotta contre le mur.
Sa langue glissa dans la bouche de Clément. Il la maintint contre la paroi, son short tendu contre la chatte d’Hélène à travers le tissu. Elle bougea le bassin, lentement d’abord, puis avec une précision qui lui arracha un son bref.
« Plus près », dit-elle.
Clément remonta son visage dans son cou. Hélène glissa une main entre leurs corps et défit le bouton du short. Elle fit descendre la fermeture, puis ses doigts trouvèrent la bite de Clément, dure dans le coton. Elle la saisit et la caressa à travers le tissu.
Clément posa le front contre son épaule.
« Tu appelles ça une vérification ? »
« Je prends des mesures exactes. »
Elle le fit sortir du short. Sa main se referma autour de son sexe. Clément inspira plus court. Hélène se frotta contre lui, la chatte humide sous sa culotte. Il la reposa au sol avec soin, puis s’agenouilla entre ses jambes.
Sa bouche embrassa son ventre. Il passa les pouces sous la ceinture de sa culotte et la fit descendre sur ses cuisses. Hélène s’appuya d’une main au mur et posa l’autre dans les cheveux de Clément. Il lécha la peau tendre au-dessus de sa chatte, puis écarta ses lèvres avec deux doigts.
Elle baissa les yeux vers lui.
« Ne fais pas semblant d’être raisonnable. »
Clément posa sa bouche sur son sexe. Sa langue trouva le clitoris avec une application qui ressemblait à celle qu’il mettait à régler une âme de violon, sauf que la réponse d’Hélène fut immédiate. Ses doigts se resserrèrent dans les cheveux de Clément. Elle ouvrit davantage les cuisses.
« Oui. Là. »
Il fit glisser sa langue plus lentement, puis appuya davantage sur son clitoris. Hélène pressa le bassin contre sa bouche. Son genou heurta la caisse de carreaux, qui vibra contre le mur.
« La maison proteste », souffla-t-elle.
Clément leva les yeux vers elle sans quitter sa chatte. Hélène rit, puis le rire se brisa quand sa langue reprit son mouvement précis. Ses épaules se tendirent. Elle chercha l’appui de son autre main et attrapa le bord de la baignoire.
« Encore. Plus fort. »
Clément glissa un doigt en elle tout en gardant la bouche sur son clitoris. Hélène se cambra contre le mur, les cuisses tremblantes. Elle murmura son prénom, une fois, puis encore. Son orgasme vint avec une contraction nette qui lui fit serrer la tête de Clément entre ses jambes.
Il resta contre elle jusqu’à ce que ses doigts se relâchent.
Hélène le releva par les cheveux. Elle l’embrassa aussitôt, goûtant sur sa bouche ce qu’il venait de lui donner. Sa main rejoignit la bite de Clément. Elle la caressa, puis descendit à genoux sur le sol encore tiède.
Clément s’appuya au mur. Hélène passa la langue sur son sexe, du bas vers le sommet, puis le prit dans sa bouche. Ses lèvres se refermèrent autour de lui. Elle le suça avec un rythme lent, une main à la base, l’autre posée sur sa cuisse.
« Hélène. »
Elle leva les yeux.
« Regarde-moi. »
Elle continua, sans détourner le visage. Clément glissa les doigts dans ses cheveux, les guida sans les tirer. Sa respiration se brisa. Hélène accéléra, puis relâcha sa bouche et embrassa le bout de sa bite avant de se relever.
Elle posa les deux mains sur son torse.
« Au sol. »
Clément la prit par la taille. Hélène s’allongea sur le dos, les genoux pliés, sur les vieux carreaux encore chauds du soleil. Il s’agenouilla entre ses cuisses. Sa chemise ouverte resta sous ses épaules. La culotte d’Hélène était descendue jusqu’à ses chevilles. Le short de Clément pendait ouvert sur ses hanches.
Hélène attrapa son sexe et le guida vers sa chatte humide. Clément entra en elle lentement. Elle serra les jambes autour de ses reins et poussa le bassin contre lui.
« Plus profond. »
Il s’enfonça jusqu’à la base. Ses mains se posèrent de chaque côté de la tête d’Hélène. Elle enroula les bras autour de son cou et l’embrassa. Le sol conservait la chaleur du jour dans son dos, tandis que le mur froid touchait l’épaule de Clément.
Il commença à baiser Hélène avec un rythme régulier. La caisse de carreaux vibrait à chaque mouvement. Elle passa une main sous son short, sur ses fesses, et le ramena contre elle. L’autre main s’accrocha à sa nuque.
« Ne ralentis pas. »
Clément la pénétra plus vite. Leurs bouches se séparèrent. Hélène tourna la tête, les lèvres entrouvertes, puis ramena son visage vers le sien pour l’embrasser encore. Ses cuisses se resserrèrent autour de Clément. La main de l’homme glissa entre leurs ventres et trouva son clitoris.
Hélène poussa un cri étouffé contre sa bouche.
« Oui. Là. »
Il maintint le même mouvement en elle et pressa son doigt sur son clitoris. Hélène se souleva sous lui, puis retomba sur les carreaux avec un gémissement profond. Elle jouit autour de sa bite, ses jambes tremblant contre les hanches de Clément.
Clément enfouit le visage dans son cou. Elle serra ses bras autour de lui et remua sous chaque poussée. Son orgasme arriva peu après, dans un râle contenu, le front appuyé contre l’épaule d’Hélène.
Ils restèrent liés, immobiles, pendant que la caisse cessait de vibrer.
· · ·
Hélène fut la première à bouger. Elle repoussa une mèche collée à sa joue et regarda le niveau à bulle posé près de son genou. Clément était allongé sur le côté, une main ouverte sur le ventre d’Hélène. Son short pendait toujours sur ses hanches. La culotte d’Hélène entourait encore ses chevilles.
« Troisième mesure », dit-elle.
Clément tourna la tête vers l’outil.
« Tu tiens vraiment à cette conclusion ? »
Hélène tendit le bras et prit le niveau. Elle le posa entre leurs corps, sur le carrelage. La bulle partit aussitôt vers la droite.
« La pièce penche toujours. »
« Elle manque de volonté. »
Hélène se rapprocha. Son épaule toucha celle de Clément. Elle posa la main sur sa poitrine et traça du doigt la ligne de sa clavicule.
« Nous aussi, peut-être. »
Clément lui embrassa le front. Hélène ramena sa bouche à la sienne. Le niveau glissa lentement entre leurs hanches, franchit le bord de la serviette et disparut sous la baignoire.
Clément regarda dessous.
« Il vient de quitter le chantier. »
« Il avait fini son travail. »
Hélène s’assit. Elle remonta sa culotte, puis noua sa chemise autour de sa taille. Clément referma son short et se leva pour récupérer le carnet orange sur le lavabo. Il l’ouvrit à la page des réparations.
Hélène passa derrière lui et posa le menton sur son épaule.
« Écris : mur incliné, carreaux fugueurs, niveau perdu. »
« Et la cause ? »
Elle embrassa sa nuque.
« Température du sol. »
Clément prit le crayon retenu au carnet par une ficelle. Il nota quelques mots, puis s’arrêta.
« Tu oublies la partie où la restauratrice a compromis l’intégrité de l’artisan. »
« Tu n’étais pas très solide. »
« J’ai tenu debout jusqu’à la troisième mesure. »
Hélène lui mordilla l’épaule. Clément referma le carnet et le posa près du lavabo.
Dans le miroir couvert de buée, leurs silhouettes restaient mêlées. Hélène leva la main et essuya une bande de vapeur. Une tache sombre apparut sous sa paume. Clément vint derrière elle, posa sa main sur la sienne et frotta le verre.
Des lettres anciennes émergèrent lentement.
« La marée monte aussi ici. »
