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HistoiresLes pièces du large

Les pièces du large

travaux, été, complicité, désir

environ 49 minutes au total, 8 minutes par épisode de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 6 : La chambre haute et le vent

Cran Pimenté

Le reçu du 18 juillet resta plié dans la main d’Hélène pendant que Clément rangeait le bouchon, la vis tordue et le bout de corde au fond du tiroir. Le grenier attendait encore, sous les tuiles, avec ses cartons contre le mur nord et la trappe ouverte sur l’escalier.

Hélène replia le papier avec soin et le glissa dans la poche de son pantalon de travail bleu.

« Tu avais fait une demande pour cette maison. »

Clément leva les yeux. Il ne chercha pas le bouchon suivant.

« Oui. »

« À ton seul nom. »

« Oui. »

La lampe de chantier posée sur le meuble dessinait une tache jaune sur son tee-shirt gris. Derrière son oreille, le crayon d’Hélène retenait une mèche poussiéreuse.

« Tu comptais me l’annoncer quand ? Quand les volets auraient fini de tomber ? »

Clément se redressa. Son jean de chantier portait encore une trace de sciure au genou.

« Je comptais te l’offrir. La banque a refusé. La maison était trop abîmée, le dossier trop fragile. Après, on a trouvé une autre solution. À deux. »

Hélène le fixa, la main toujours sur sa poche.

« Tu voulais acheter la maison sans moi. »

« Je voulais empêcher qu’elle disparaisse avant que tu puisses décider. »

Le silence passa entre eux, chargé de poussière et d’odeur de bois. Hélène s’approcha. Elle posa les doigts sur la poitrine de Clément, au-dessus du tissu gris.

« Tu aurais pu me le dire. »

« Je sais. »

« Tu as toujours cette manie de réparer les choses avant de demander où elles sont cassées. »

« Et toi, celle de les ouvrir au couteau. »

Elle lui donna un baiser bref. Puis un second, plus long, qui effaça la sécheresse de la phrase.

« Monte. »

Clément récupéra le carnet orange posé sur la caisse près de la trappe. La ficelle rouge était enroulée autour du mètre pliant, dans la poche arrière de son jean. Ils gravirent l’escalier étroit. Sous les tuiles, la température baissait nettement. Le bois des marches avait gardé la chaleur de l’après-midi, mais le grenier offrait une fraîcheur sèche à leurs chevilles nues.

Hélène retira ses baskets en montant la dernière marche. Elle les plaça côte à côte près de la trappe. Clément enleva ses chaussures de sécurité, puis ses chaussettes épaisses. Il posa les quatre chaussures contre les baskets d’Hélène.

Au-dessus d’eux, le vent souleva plusieurs tuiles. Le bruit irrégulier courut sur le toit, puis s’arrêta dans un claquement.

Clément déroula la ficelle rouge et tendit le mètre.

« La cloison ferait deux mètres quarante, d’après le carnet. »

Hélène prit l’extrémité de la ficelle. Elle se plaça près de la poutre centrale pendant que Clément avançait vers le mur opposé.

« Cette cloison a déjà perdu avant d’être construite. »

Il sourit, mais ne répondit pas. Il nota la mesure sur le carnet, puis l’attacha à la poutre avec la ficelle rouge. Le registre orange resta suspendu au-dessus des cartons, ses pages battant doucement dans le courant d’air.

Hélène rejoignit Clément. Elle défit le bouton du jean et fit glisser le pantalon jusqu’aux chevilles de Clément. Il l’enjamba et le laissa sur une caisse basse, près des cartons.

Le crayon quitta les cheveux d’Hélène lorsque Clément le retira. Il le posa sur le carnet fermé, puis ouvrit le pantalon bleu de travail. Hélène quitta le vêtement debout et le laissa tomber sur une couverture pliée sous la poutre.

Clément embrassa la nuque d’Hélène. Ses mains passèrent sur ses épaules, descendirent dans son dos, s’arrêtèrent à ses hanches. Hélène posa ses paumes sur les bras de Clément et le rapprocha.

« Ne remets pas de distance entre nous. »

Il ne lui en laissa pas le temps. Sa bouche rejoignit celle d’Hélène. Le baiser prit la place du grenier, de la demande ancienne et de toutes les phrases qu’ils avaient gardées au bord des lèvres depuis le début de l’été.

Hélène retira le tee-shirt gris de Clément. Le tissu tomba près de la lampe de chantier. Ses doigts parcoururent le dos nu de Clément, puis revinrent à sa nuque.

Clément ôta le débardeur blanc d’Hélène. Elle le plia sans vraiment regarder et le posa sur le bord d’un carton. L’odeur de laine humide qui montait des vieux cartons se mêla à celle du bois chauffé.

Ils restèrent debout entre la poutre et la lucarne, leurs bouches se retrouvant sans cesse. Hélène mordilla la lèvre de Clément. Clément posa le front contre le sien. Leurs mains ne cessaient de se chercher, épaules, dos, hanches, ventre, puis retour à la nuque.

Hélène défit sa brassière noire et la déposa sur le carton. Clément retira le boxer sombre, puis le glissa dans le tiroir vide apporté de l’atelier. Hélène fit de même avec son slip bleu pâle. Les deux sous-vêtements rejoignirent le fond du tiroir, sous un carré de tissu propre.

Le tiroir resta ouvert près de la caisse.

Hélène reprit la ficelle rouge. Elle la déroula sur le plancher et traça une ligne entre la poutre centrale et la lucarne. La corde mince dessinait une frontière nette sur les lattes poussiéreuses.

Clément se tenait d’un côté. Hélène de l’autre.

« Voilà. Une pièce pour chacun. »

Elle posa un pied sur la ficelle.

Clément posa le sien contre le pied d’Hélène. Ils franchirent la ligne ensemble, d’abord avec leurs chevilles, puis avec leurs corps entiers. La ficelle se déplaça sous leurs pas et forma un cercle imparfait autour d’eux.

Hélène attrapa Clément par les épaules. Il la fit reculer jusqu’aux couvertures pliées. Elle s’assit, puis s’allongea sur le dos. Clément s’agenouilla entre ses jambes et posa les mains de part et d’autre de sa tête.

Les couvertures n’étaient pas assez épaisses. De fines échardes passèrent sous les paumes d’Hélène lorsqu’elle s’y appuya. Elle ramena Clément contre elle et l’embrassa avec une avidité calme, celle des gestes qu’ils connaissaient déjà et qu’ils redécouvraient pourtant.

Sa main glissa dans le dos de Clément. La main de Clément suivit sa hanche, puis remonta lentement. Hélène ouvrit les cuisses et l’attira plus près.

« Là. »

Clément embrassa son cou, son épaule, le creux entre ses seins. Hélène passa les doigts dans ses cheveux et guida son visage vers sa bouche. Ils se retrouvèrent ainsi, pressés l’un contre l’autre, le genou de Clément entre les cuisses d’Hélène, les jambes d’Hélène autour de sa taille.

Une goutte de pluie entra par la lucarne ouverte. Elle tomba sur la clavicule d’Hélène. Clément la suivit du bout de la langue.

Hélène rit doucement.

« La toiture participe. »

Clément se redressa pour fermer la lucarne, mais Hélène retint sa nuque.

« Plus tard. »

Elle se plaça sur le côté. Clément s’allongea derrière elle, une main sur son ventre, l’autre sous sa joue. Hélène recula jusqu’à sentir le bassin de Clément contre le sien. Ses doigts cherchèrent ceux de Clément et les conduisirent entre ses cuisses.

Le vent frappa les tuiles. La pluie entra davantage par la lucarne et laissa sur leurs lèvres un goût métallique.

Clément retourna Hélène sur le dos. Il prit appui sur un coude et passa l’autre main sous sa hanche. Hélène lui entoura la nuque. Leurs bouches se séparèrent seulement pour retrouver leur souffle, puis leurs corps se rapprochèrent encore, plus lentement, avec une attention précise.

La couverture glissa sous le genou de Clément. Le tiroir vide bascula sur le côté, sans se renverser. La ficelle rouge se tendit contre le poignet d’Hélène, puis céda lorsque Clément la repoussa du bout des doigts.

Hélène releva les jambes. Clément guida sa bite dans la chatte d’Hélène. Hélène l’attira contre elle par les hanches et commença à bouger. Leur mouvement devint régulier, profond, interrompu par des baisers courts.

« Encore. »

Clément posa la bouche sur la sienne. Hélène serra les cuisses autour de lui et le fit accélérer. Sous leur poids, les couvertures quittèrent la poutre et se froissèrent contre les cartons. Le vent redoubla. Les tuiles répondirent par une suite de claquements irréguliers.

Clément glissa la main entre leurs corps. Hélène trouva son poignet et l’y maintint, puis bougea contre ses doigts. Son visage se tendit. Elle enfouit la bouche dans le cou de Clément, prononça son prénom, et le serra contre elle lorsque le plaisir la traversa.

Clément resta près d’elle, le front contre son épaule. Hélène passa les mains dans son dos, les descendit jusqu’à ses fesses et le ramena contre elle. Le rythme reprit après quelques respirations. Cette fois, Clément enfouit le visage dans les cheveux d’Hélène et jouit contre elle, tandis que la chatte d’Hélène se contractait autour de la bite de Clément.

Puis l’orage éclata au-dessus des tuiles.

La pluie frappa la lucarne. La ficelle rouge se détacha de la poutre. Les couvertures glissèrent encore. Le carnet orange battit contre le bois, suspendu au-dessus d’eux.

· · ·

Ils restèrent allongés côte à côte, les jambes mêlées, tandis que la pluie dessinait des chemins sombres sur le plancher près de la lucarne. Hélène posa la tête sur l’épaule de Clément. Une écharde fine était restée dans sa paume. Clément la retira avec le bout de l’ongle, puis embrassa la marque.

Ils se rhabillèrent partiellement. Hélène remit son débardeur blanc et son pantalon de travail bleu. Clément enfila son tee-shirt gris et son boxer sombre. Les autres vêtements restèrent dans le grenier, répartis entre la caisse, la couverture, le carton et le tiroir.

Hélène récupéra la ficelle rouge et le carnet. Clément referma la lucarne. Ensemble, ils descendirent vérifier chaque pièce.

La salle de bains gardait son miroir marqué par la buée ancienne. L’atelier avait enfin son tiroir ouvert. La cuisine sentait le bois propre et la pierre sèche. Les volets tenaient sur leurs gonds. Dans la pièce centrale, les cartons avaient disparu derrière une cloison réparée.

Clément posa le carnet orange sur la table. Hélène apporta le crayon. Ils s’assirent côte à côte et ouvrirent la dernière page.

Hélène écrivit la première moitié. Clément termina la phrase.

« Première règle : aucune pièce ne servira à nous séparer. »

Leurs mains restèrent posées sur le carnet.

« On l’a sauvée, cette maison. Et elle nous a sauvés aussi. »

Ils se levèrent pour fermer les volets. Hélène prit la poignée du dernier battant. Clément tenait la ficelle rouge derrière elle.

Une bourrasque entra par la fenêtre et souleva la corde. Elle passa derrière une poutre, tira sur un pan de poussière et révéla sur le mur une seconde maison dessinée à la craie, avec une pièce encore inconnue.

Dessin : Elle tient un reçu plié face à lui, la lampe de chantier jaune sur son tee-shirt gris.

Fin de l’histoire

Envie d'attendre pour mieux se retrouver ? La semaine interdite met du sel sur sept soirs.