Dernier train avant l’aube
rencontre, désir, consentement, une nuit
À 0 h 40, le train arrêté ressemblait à une phrase dont personne ne retrouvait le verbe.
Dans le hall de Dijon-Ville, les voyageurs regardaient les écrans avec l’air d’adultes auxquels on venait de confisquer leur soirée. Le tableau orange annonçait le prochain départ pour Paris à 05:12. Quatre chiffres nets, presque joyeux.
Pauline Moreau les fixait depuis une minute. Elle avait trente-trois ans, un appartement dans le onzième arrondissement de Paris, un loyer qui lui serrait la gorge et trois contrats à relire avant midi. Toute la journée, elle avait traduit les phrases des autres en français, en italien et en anglais. À cette heure, elle aurait aimé que le monde se taise avec davantage de discipline.
« Cinq heures douze », dit une voix derrière elle. « La compagnie nous laisse largement le temps de réfléchir. »
Elle se retourna.
L’homme portait un manteau sombre couvert d’une poussière blanche qui avait gagné ses poignets. Il devait avoir trente-six ans. Son visage était calme, son nez légèrement tordu, ses cheveux malmenés par le vent. Il tenait un gobelet de distributeur entre deux doigts.
« Vous avez une théorie ? » demanda-t-elle.
« Deux. La première implique une caténaire. La seconde implique que la première explique tout le reste. »
Sa voix avançait lentement, comme s’il n’avait aucune raison de la presser.
Pauline baissa les yeux vers son propre gobelet. Le café avait débordé sur sa blouse blanche, juste sous le col. Une tache brune s’étalait sur le tissu.
« La troisième théorie, c’est que je suis idiote. »
« Celle-là manque d’ambition. »
Elle le regarda, prête à le remettre à sa place. Il n’avait toujours pas souri. Son attention restait posée sur la tache, comme celle d’un restaurateur devant une fissure qui gagnait une façade.
« Vous êtes du métier ? »
« Je taille la pierre. »
« Vous avez donc reconnu une catastrophe au début de sa carrière. »
« J’ai vu pire. Une corniche du dix-huitième siècle posée sur un mur qui ne voulait plus la porter. »
Pauline observa ses mains. Elles étaient larges, sèches, marquées de fines coupures. Une poussière blanche persistait dans les plis de ses phalanges malgré le lavage. Ses doigts semblaient capables de déplacer une masse sans brusquer sa forme.
« Et vous ? » demanda-t-il.
« J’interprète. »
« Les rêves ? »
« Les conférences. C’est moins bien payé et il y a davantage de micros. »
La porte automatique s’ouvrit sur une rafale glacée. Pauline resserra ses bras autour d’elle. Sa blouse fine avait pris l’humidité du voyage, et l’air du hall lui passait dans le dos avec une application de fonctionnaire.
Baptiste retira son pull gris.
« Prenez-le. »
« Vous allez avoir froid. »
« J’ai un manteau. »
« Vous avez aussi de la poussière sur les mains. Je ne suis pas certaine que votre garde-robe mérite ma confiance. »
« Elle a survécu à des chantiers plus sévères que cette nuit. »
Le pull sentait le savon, la laine chauffée par la peau et une trace de pierre sèche. Pauline l’enfila. Les manches lui couvraient les doigts et le col lui remontait jusqu’au menton.
Il lui tendit son gobelet le temps qu’elle pose le sien sur le rebord d’un distributeur. Elle fouilla dans sa poche, trouva une pièce et la lui donna. Leurs doigts se touchèrent.
Le contact fut bref : une pièce froide, puis la chaleur de sa paume qui resta un instant sur la sienne. Baptiste retira la main avec lenteur. Pauline le vit regarder ses doigts comme s’il cherchait la trace d’un métier dans la façon dont elle tenait la monnaie.
Sur le tableau, 05:12 continuait de briller.
« Dans mon métier, dit-elle, ça s’appelle une promesse d’interprète : elle sonne bien dans toutes les langues et elle ne veut rien dire. »
Cette fois, il sourit franchement.

La place devant la gare était vide et glacée. Les lampadaires découpaient des flaques jaunes sur les pavés. Pauline et Baptiste marchaient vers la laverie dont l’enseigne blanche restait allumée au bout de la rue.
Leurs souffles se formaient entre eux avant de se dissoudre. Ils avançaient côte à côte. Leurs épaules se touchaient quand le trottoir se rétrécissait ou qu’une plaque de glace les rapprochait. À chaque contact, Pauline sentait la laine du pull glisser contre sa joue.
« Vous traduisez quoi, exactement ? » demanda-t-il.
« Les gens qui parlent trop vite. Ceux qui pensent que tout le monde comprend leurs sigles. Ceux qui commencent par “pour faire simple” et prennent ensuite quarante minutes. »
« Vous les rendez supportables ? »
« Je les rends compréhensibles. Ce sont deux métiers différents. »
Elle lui demanda ce qu’il taillait. Il parla d’abbatiales, de blocs à remplacer et de joints qui devaient rester visibles sans attirer l’attention. Il parlait de la pierre avec une précision tendre. Un calcaire n’était jamais seulement dur ou friable. Il avait une veine, un sens, une mémoire de carrière.
« Vous regardez les mains des gens », dit Pauline.
Baptiste tourna la tête.
« Vous avez remarqué ? »
« Dans le hall. Vous avez regardé les miennes avant mon visage. »
« Vos mains tiennent les mots comme des objets fragiles. »
« C’est une façon élégante de dire qu’elles tremblent ? »
« Elles ne tremblent pas. »
« Vous êtes donc attentif et menteur. La nuit s’annonce riche. »
Il laissa passer quelques pas avant de répondre.
« Je suis divorcé depuis trois ans. »
« Ce n’était pas la question. »
« Vous m’avez demandé ce que je faisais. »
« Pas dans ma vie sentimentale. »
« J’ai répondu avec le matériau disponible. »
Elle rit. Le son lui échappa dans l’air froid et revint contre sa bouche en buée.
Pauline parla de son appartement, de son loyer parisien et de la relation longue qu’elle avait quittée deux ans plus tôt. Elle avait choisi de rester seule, ce qui lui semblait plus juste que toutes les formules prévues pour les personnes qui cessent de partager une salle de bains.
« Je ne traduis plus personne après minuit », dit-elle.
« Vous faites une exception. »
« Une seule, et jusqu’à une laverie. N’en tirez pas le rôle principal. »
Ils arrivèrent devant la laverie. La vitre était couverte de buée. Derrière, les hublots tournaient sous une lumière blanche et humide. La place entière semblait éteinte, à part cet endroit où des vêtements poursuivaient leur ronde.
Baptiste ouvrit la porte.
L’air chaud leur sauta au visage.
Pauline entra la première.
La chaleur humide de la laverie lui desserra les épaules. Les vitres étaient opaques de buée. Derrière le hublot du sèche-linge, sa blouse tachée tournait avec une régularité presque insolente, disparaissant sous une pliure avant de revenir dans la lumière blanche.
Pauline retira ses chaussures et posa ses pieds nus sur le banc de plastique. Le pull gris de Baptiste lui descendait jusqu’aux cuisses. Sous la laine, son débardeur de coton fin gardait la chaleur de sa peau, tandis que son pantalon remontait sur ses chevilles.
« Si vous racontez cette scène, précisez que j’ai gardé toute ma dignité », dit-elle.
Baptiste s’assit à l’autre bout du banc.
« Elle tient dans un espace assez réduit. »
« Vous avez donc une mesure de la dignité. »
« Je travaille la pierre. Je mesure ce qui dépasse. »
Le tambour ronronna. Pauline ramena une jambe contre elle. Son genou toucha celui de Baptiste, à peine, puis resta là. La chaleur de la machine passait dans le plastique sous leurs cuisses. Dehors, le froid attendait derrière la porte vitrée.
« Vous regardez ma bouche depuis quatre secondes. »
« Trois. »
« Vous corrigez même vos propres délits. »
« Je m’entraîne. »
Elle tourna le visage vers lui. L’humidité avait collé quelques mèches à ses tempes. Baptiste regarda ses yeux, puis sa bouche, avec une lenteur qui ne ressemblait plus à une distraction.
Pauline posa sa main sur son poignet. Le pouls battait sous sa peau, plus vite que dans le hall. Il baissa les yeux vers ses doigts, puis releva le visage.
« J’ai envie de vous embrasser », dit-elle.
Il prit un temps. Son humour arriva avec cette lenteur qui lui appartenait.
« Vous choisissez toujours la formulation la plus difficile à traduire. »
Elle eut un rire bref. Sa main remonta derrière sa nuque. Baptiste posa la sienne sur ses doigts, les recouvrant d’une chaleur rugueuse.
Le premier baiser goûta la menthe et le café. Il fut court, précis, presque étonné de trouver sa place. Pauline recula d’un souffle. La bouche de Baptiste resta proche de la sienne, et le goût du bonbon se mêla à celui du café sans goût du distributeur.
Elle revint vers lui.
Le second baiser changea la forme de la pièce. Le grondement des machines s’éloigna. Baptiste inclina la tête. Sa barbe accrocha doucement la joue de Pauline, puis sa main quitta ses doigts pour se poser dans sa nuque. Ses paumes étaient calmes, rugueuses, attentives.
Pauline attrapa le bord de son manteau. Il le retira, le plia sur le banc voisin, puis revint contre elle, en chemise de laine, avec l’odeur de la pierre sous les doigts. Le pull gris se tendit entre leurs épaules. Le banc craqua quand son corps se rapprocha.
La bouche de Baptiste descendit dans son cou. Pauline ferma les yeux. Sa barbe râpa sa peau avec une douceur imparfaite. Elle sentit l’odeur de savon, la laine chauffée, la poussière claire restée dans ses mains. Son cœur battait contre ses côtes avec une régularité perdue.
Elle glissa les doigts sous le bord de sa chemise, dans son dos. La peau de Baptiste était chaude. Ses muscles bougèrent sous sa paume, retenus puis relâchés. Il posa une main sur sa taille, par-dessus le pull, et la fit passer le long de son flanc. Le tissu gris râpa son poignet. Pauline se rapprocha encore.
Le genou de Baptiste se glissa entre les siens. Le banc protesta sous leur poids. Elle prit son visage entre ses mains et ramena sa bouche vers la sienne. Le baiser fut plus profond, plus lent, avec une pointe de menthe qui revenait lorsqu’ils reprenaient leur souffle.
La main de Baptiste remonta dans sa nuque. L’autre resta sur son flanc, puis descendit au bas de son dos. Pauline guida ses doigts à travers la laine jusqu’à l’endroit où son dos se creusait.
« Là », dit-elle.
Sa voix avait perdu sa vitesse.
Baptiste ne répondit pas. Il posa sa bouche sous son oreille, puis dans le cou. Pauline renversa la tête contre la vitre chaude du sèche-linge. La paroi lui chauffait doucement la nuque à travers ses cheveux humides. Elle sentit le souffle de Baptiste sur sa peau, le froissement de sa chemise sous ses doigts, la laine qui râpait son épaule.
Baptiste leva la tête. Ses yeux cherchèrent les siens. Pauline le ramena à elle par la nuque.
Leurs bouches se retrouvèrent. Ses dents frôlèrent les siennes. Un rire minuscule lui échappa, aussitôt avalé par le baiser. Les doigts de Baptiste s’écartèrent dans son dos. Pauline serra le tissu de sa chemise entre ses doigts et sentit la rugosité du fil sous ses ongles.
Le sèche-linge s’arrêta pile.
Le silence tomba avec lui.
La blouse resta immobile au fond du tambour. Une dernière goutte de buée glissa sur la vitre. Baptiste garda son front contre celui de Pauline. Sa main demeura au bas de son dos. Il respirait lentement, les yeux fermés.
« Je veux une porte qui ferme », dit-il.
La phrase passa entre eux, tendre et nette.
Pauline sourit. Elle descendit du banc. Ses pieds retrouvèrent le sol froid. Baptiste récupéra son manteau et le remit, le col froissé par leurs mains. Elle ôta le pull gris. L’air humide toucha ses bras. Il lui tint le vêtement sans la quitter des yeux.
Pauline ouvrit le sèche-linge. La blouse était tiède. Elle la sortit, l’enfila par-dessus son débardeur de coton fin et boutonna le devant, en laissant le dernier bouton ouvert. Le tissu gardait l’odeur propre du tambour et la tache de café, éclaircie, avait pris la forme d’un continent.
Baptiste lui tendit le pull. Elle passa les bras dans les manches et le remit par-dessus la blouse. Il retint le col pour éviter qu’il ne se retourne, puis lissa la laine sur ses épaules. Ce geste, appliqué comme une finition sur une pierre, lui donna envie de rire et de revenir contre lui.
Il remit son manteau. Pauline prit ses chaussures à la main.
« J’ai envie de traverser la place avec vous, de monter l’escalier de l’hôtel et de continuer à vous toucher jusqu’à ce que le matin nous retrouve », dit-elle.
Baptiste posa les doigts sur sa joue. Son pouce suivit la ligne de sa pommette.
« Alors la place devra patienter très peu. »
Elle leva les yeux.
« Vous avez encore une phrase de tailleur de pierre pour tout ? »
« Pour les urgences, je fais plus court. »
Il l’embrassa une dernière fois. Elle sentit son sourire contre sa bouche. Pauline glissa une main sous son manteau, contre sa taille, puis la retira avec un sourire qui n’avait rien de sage.
Elle aperçut le sachet de bonbons à la menthe dans sa poche et le lui prit.
« Je garde ça. »
« C’est du vol de chantier. »
« Vous avez assez de pierres pour vous remettre. »
Elle sortit un bonbon, le posa sur sa langue et ouvrit la porte vitrée. L’air froid entra d’un coup. Baptiste prit ses chaussures dans une main et lui laissa l’autre.
Ils franchirent le seuil.
Derrière eux, un autre sèche-linge se mit en route dans la laverie déserte.

L’hôtel d’en face avait une façade étroite, trois fenêtres éclairées et une enseigne qui clignotait avec l’obstination d’un témoin fatigué. Pauline entra la première, ses chaussures à la main, ses chaussettes glissant sur le carrelage. Le pull gris de Baptiste lui tombait aux cuisses. Sa blouse froissée dépassait sous la laine, encore marquée par le café.
Le veilleur leva les yeux de son journal. Il regarda leurs vêtements, les chaussures suspendues aux doigts de Pauline, puis le manteau ouvert de Baptiste.
« Une chambre, deux personnes. Pour le reste, nous verrons. »
Le veilleur hocha la tête, comme si cette phrase appartenait aux demandes courantes.
« La sept est libre », dit-il.
Baptiste posa les chaussures sur le comptoir.
« Vous avez une clé ou deux ? » demanda Pauline.
« Une seule. »
« Nous saurons nous organiser. »
Le veilleur fit glisser la clé vers Baptiste. Il la prit entre ses doigts poussiéreux, avec l’attention lente qu’il accordait aux objets fragiles. Pauline récupéra ses chaussures et passa devant lui. Elle avançait en chaussettes, le sol froid sous ses pieds, son manteau ouvert sur le pull trop large.
L’escalier commençait derrière une porte vitrée. Il était étroit, couvert d’une moquette sombre qui sentait la poussière et le chauffage ancien. Les marches grinçaient chacune à leur tour. Baptiste monta devant elle. Ses épaules bougeaient sous le manteau. Sa nuque restait dégagée, au-dessus du col de sa chemise de laine.
Pauline suivait à une marche de distance. Elle posa deux doigts entre ses omoplates.
« Vous vérifiez que je suis toujours là ? »
« J’écoute l’escalier. »
« Il vous répond ? »
« Il se plaint davantage que vous. »
Elle rit. Sa main resta sur son dos. Baptiste ralentit, puis tourna la tête. Le couloir de la cage d’escalier resserrait leurs silhouettes. Une ampoule jaune dessinait une ligne claire sur sa joue.
Au premier palier, il se retourna complètement. Pauline s’arrêta devant lui. Le papier peint granuleux accrocha la manche de son manteau lorsqu’elle recula d’un pas.
Il posa sa main à sa taille, par-dessus le pull. Pauline sentit ses doigts à travers la laine, leur chaleur calme et précise. Elle leva le menton. Sa bouche trouva la sienne au milieu de la cage d’escalier. Le papier peint rugueux effleura son épaule. Baptiste resta immobile une seconde, puis sa main remonta dans son dos.
Ils avaient encore froid aux mains et chaud à la bouche. Pauline glissa ses doigts sous le col de son manteau et les posa sur sa nuque. Les cheveux courts y formaient une ligne douce, presque chaude. Le baiser s’étira. Leurs souffles se mêlèrent, et le bois de la rampe craqua dans son dos.
Une porte s’ouvrit plus haut.
Une voix indistincte remua dans le couloir. Baptiste et Pauline se séparèrent juste assez pour lever les yeux. Un homme en robe de chambre apparut sur le palier, les observa, puis referma sa porte avec le sérieux d’un fonctionnaire devant un dossier délicat.
Pauline retint un rire contre l’épaule de Baptiste. Ils attendirent que la porte soit bien fermée.
Baptiste baissa la tête pour cacher son sourire. Il reprit sa main et l’entraîna vers l’étage suivant. Leurs pas se désaccordèrent dans l’escalier. Pauline avançait plus vite, puis revenait contre lui dès qu’une marche grinçait. Sa main resta dans la sienne.
Au dernier palier, le couloir était plus sombre. Une applique diffusait une lumière couleur de miel sur les portes fermées. Le numéro 7 se trouvait au fond, près d’un radiateur qui claquait par intervalles réguliers.
Baptiste s’arrêta devant la serrure. Il glissa la clé dans le métal et ne la tourna pas.
Pauline se plaça face à lui. Sa blouse tiède collait légèrement entre ses épaules. Le pull gardait autour de son cou l’odeur du savon et de la laine chauffée. Elle posa une main sur sa chemise, puis l’autre sur sa nuque.
Elle prononça une phrase courte en italien, d’une voix qu’il ne lui avait jamais entendue. Elle avait perdu ses angles habituels et semblait venir de plus loin, avec une gravité qui lui appartenait entièrement.
Baptiste la regarda.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Pauline passa le pouce sur sa nuque.
« Je traduis rarement mes propres phrases. »
Elle approcha son visage du sien.
« Reste avec moi cette nuit. »
Pour une fois, elle ne traduisait personne d’autre.
Baptiste posa son front contre le sien. Sa main vint se placer sur la taille de Pauline, au-dessus du pull. Elle recouvrit ses doigts de la sienne et les guida un peu plus haut, jusqu’à son flanc. Les jointures rugueuses suivirent le mouvement. Sa bouche retrouva la sienne, plus lente, plus profonde, avec la chaleur du couloir autour d’eux.
Pauline passa ses bras autour de ses épaules. Son manteau glissa contre son dos. Baptiste l’embrassa près de la nuque, puis revint à sa bouche. Elle sentit son cœur battre sous la laine, régulier au début, puis moins docile.
Il tourna la clé.
Pauline recula en gardant sa main dans la sienne. Le seuil toucha ses chaussettes. Elle ne quitta pas son visage des yeux. Baptiste entra après elle, leurs épaules se frôlant dans l’embrasure.
La porte de la chambre 7 se referma derrière eux.
À 5 h 05, le quai sentait le froid et la poussière humide.
Pauline tenait deux cafés dans un support en carton. Le pull gris dépassait du col de son manteau, ses manches repliées trois fois sur ses poignets. Baptiste ne l’avait pas réclamé. Dessous, la blouse gardait sa tache, plus pâle.
Le tableau orange affichait 05:12.
Elle lui tendit un gobelet. Il prit une gorgée.
« Il est sans goût. »
« Vous avez une façon très personnelle de remercier les gens. »
« Je remercie le café de rester fidèle à lui-même. »
Ils s’assirent sur le banc du quai, genoux contre genoux. Pauline sortit son téléphone et dicta son numéro. Baptiste l’enregistra, puis lui rendit l’appareil.
« Vous avez mis mon nom avec un accent », dit-elle.
« Il y en avait un. »
« Beaucoup de gens l’oublient. »
« Je regarde les détails. »
Le train entra en gare, ses fenêtres s’allumant une à une. Le tableau afficha le numéro de la voie. Pauline glissa sa main dans celle de Baptiste, rugueuse et tiède, et ne la reprit pas.
Ils montèrent dans le train, elle dans le pull gris, lui sans.

Fin de l’histoire
Envie de prolonger à deux ? La roue coquine propose une idée à la fois, avec Passer et Stop à portée de main.Et derrière la porte ? La suite, au cran Pimenté.
Lire la suite (Pimenté)Cran de cet appareil
Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.