Douze nuits, douze cartes
couple installé, jeu, désir, consentement, humour
Soir 10 : Au rythme de qui
Louis avait mis la musique avant de retirer sa veste. C’était déjà suspect.
Marion le regarda depuis le couloir. Il se tenait près de la chaîne, les doigts posés sur le bouton du volume, avec cette expression concentrée qu’il prenait lorsqu’il mesurait une pente ou une étagère. Le morceau avançait par pulsations lentes.
« Tu as préparé ça ? »
« J’ai appuyé sur un bouton. »
« Pour toi, c’est une préparation. »
Elle avait l’habitude de mener. Elle choisissait la chanson, l’endroit et le moment où un geste devenait plus proche. Ce soir, elle avait décidé de lui laisser tout l’espace. L’idée lui donnait envie de rire et de rester très droite.
Louis s’approcha. Il posa une main sur sa taille, puis s’arrêta avant de la déplacer. Marion leva les yeux vers lui. Elle ne fit pas un pas. Il attendit encore, les doigts immobiles sur le tissu de son pull.
« Tu peux commencer », dit-elle.
Sa voix sortit plus grave qu’elle ne l’avait prévu. Marion sourit. Il lui lança un regard méfiant.
« Quoi ? »
« Rien. J’écoute la nouvelle version de ta voix. »
« Elle est en chantier. »
« J’ai confiance dans l’artisan. »
Il plaça sa seconde main au milieu de son dos. Le contact resta ferme, précis, puis s’allégea quand il la fit pivoter. Marion suivit. Louis n’allait pas vite. Il indiquait la direction avec ses paumes, le poids de son épaule et la façon dont son pouce dessinait un cercle sur son pull.
Elle sentit son sourire quitter son visage. La musique traversait la pièce, pourtant son attention se resserrait autour de lui. La rugosité de ses doigts passait à travers le tissu. Son genou frôla le sien. Il n’essayait pas d’aller plus loin. Il attendait chaque réponse dans son regard.
Marion posa les mains sur ses épaules. Elle sentit la chaleur de sa peau près du col ouvert et le mouvement de son cou lorsqu’il avala sa salive. Il la conduisit jusqu’au mur du couloir. Sa paume se plaça à côté de sa tête, contre la peinture froide. L’autre resta à sa taille.
« Tu sais que tu as le droit de faire une blague », murmura-t-elle.
« Je la garde pour un moment plus fragile. »
Elle eut un rire qui se brisa contre sa bouche lorsqu’il l’embrassa. Le baiser prit de l’ampleur quand Marion appuya son dos contre le mur et que Louis attendit son geste avant de la rejoindre. Elle fit glisser ses doigts derrière sa nuque. Louis inclina la tête pour lui laisser la place.
Sa bouche descendit vers sa joue, puis son cou. Marion ferma les yeux. Le mur gardait une fraîcheur nette dans son dos. La main de Louis remonta à son épaule, suivit la couture de son vêtement et revint lentement à sa taille. Elle sentit ses jambes se rapprocher des siennes.
« Plus lentement », souffla-t-elle.
Il ralentit aussitôt. Le geste conserva toute sa force. Chaque seconde dessinait davantage la pression de son front contre le sien, le froissement du pull sous ses doigts et le son du disque lorsque l’aiguille accrocha une poussière.
Louis s’écarta de quelques centimètres. Sa voix resta basse.
« Et maintenant ? »
Marion posa sa main sur sa poitrine, puis la fit descendre jusqu’à son ventre. Son regard répondit avant ses lèvres.
« Continue à choisir. »
Il sourit, presque étonné d’avoir reçu la permission de croire ses propres gestes. Il l’embrassa encore. Ses mains remontèrent sous le bord de son pull, jusqu’au bas de son dos. Marion se pressa contre lui, les épaules détendues, les jambes mêlées aux siennes.
La musique changea de piste. Louis tendit la main vers le bouton de la chaîne, mais Marion l’arrêta en refermant ses doigts sur les siens. Ensemble, ils tournèrent le volume jusqu’à ce qu’il ne reste dans le couloir que leurs deux souffles.