Douze nuits, douze cartes
couple installé, jeu, désir, consentement, humour
Soir 11 : Le canapé
Le coussin tomba entre eux avec la gravité d’un objet qui avait attendu sept ans son entrée en scène.
Marion le regarda rebondir sur le tapis, puis leva les yeux vers Louis. Il avait gardé une main tendue dans le vide, celle d’un homme qui venait de rater une réception facile.
« Il a choisi son camp. »
« Il a choisi le sol. C’est plus stable. »
La série était éteinte depuis vingt minutes. L’écran noir reflétait la lampe orange, deux tasses de tisane et leurs silhouettes rapprochées. Ils avaient commencé par parler d’un épisode, puis d’un voisin et d’une facture. À force de digressions, Louis avait posé son bras derrière elle. Marion avait placé ses pieds sur ses cuisses. Le canapé avait fait le reste.
Louis ne commentait pas les tuiles, pour une fois. Marion savait qu’il prêtait toute son attention à la chaleur de ses jambes et au mouvement de sa main sur son genou.
Elle attrapa le coussin tombé, le plaça derrière son dos et se rapprocha. Le tissu du canapé râpa légèrement son coude. Louis prit sa cheville, la fit glisser jusqu’à sa hanche, puis attendit. Marion répondit en passant les doigts sur son poignet.
« On a encore une série à finir », dit-il.
« Elle survivra à notre absence. »
« Elle a déjà supporté trois épisodes sans intrigue. »
« Elle est entraînée. »
Louis se pencha. Son baiser arriva avec le goût du thé et d’une pastille à la menthe. Marion posa une main sur sa nuque. L’autre resta sur son épaule, puis descendit vers son ventre, par-dessus le tissu. Il se redressa assez pour la regarder. Elle ne détourna pas les yeux.
Leurs corps se rapprochèrent sur l’angle étroit du canapé. Une jambe de Marion passa entre les siennes. Louis fit glisser sa main le long de son dos, jusqu’au bas de sa taille. Le cuir de la ceinture de son pantalon toucha ses doigts. Elle suivit la ligne de son cou, trouva l’ouverture de sa chemise et y posa la paume.
Le rire revint quand le coussin glissa derrière eux et les poussa de travers.
« Même lui a des limites. »
« Il réclame une place correcte. »
Louis le repoussa du coude. Marion profita du mouvement pour se hisser contre lui. Sa bouche trouva sa joue, puis son cou. Elle sentit sa respiration changer sous ses lèvres. Il posa les deux mains à sa taille et la rapprocha lentement. L’écran, la table basse et la facture posée dessous disparurent de son attention.
La lampe orange projetait leurs ombres sur le mur. Marion ouvrit un bouton de sa chemise, puis un autre. Ses doigts rencontrèrent la chaleur de sa peau. Louis ferma les yeux, le menton contre son épaule. Sa main passa sous le bord de son pull, remonta au milieu de son dos et s’arrêta entre ses omoplates.
Elle se redressa. Leurs fronts se touchèrent. Leurs jambes restèrent entremêlées, coincées par le coussin devenu soudain beaucoup trop volumineux.
« Nous avons choisi le meuble le moins pratique de la maison », murmura-t-elle.
« Il fallait bien lui donner une chance. »
Elle sourit contre sa bouche. Le baiser suivant fut plus lent et plus appuyé. Louis fit glisser sa main sur son épaule, puis le long de son bras. Marion agrippa le tissu de sa chemise. Le canapé craqua sous leur poids.
Cette fois, ils rirent à peine. Louis couvrit ses doigts des siens. Le coussin resta au sol, la série noire dans l’écran, et leurs genoux se touchèrent encore dans la lumière orange.