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HistoiresDouze nuits, douze cartes

Douze nuits, douze cartes

couple installé, jeu, désir, consentement, humour

environ 32 minutes au total, 3 minutes par chapitre de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 9 : La lampe orange

La lampe orange pencha vers la gauche quand Marion leva les bras.

Elle resta immobile, les mains au-dessus de la tête, une jambe avancée et le visage sérieux. Louis, assis au bord du canapé, observait le dispositif avec l’attention qu’il réservait aux gouttières récalcitrantes.

« Elle tient ? »

« Elle tient à ma dignité par un fil. »

La lampe avait passé deux jours dans l’atelier de Louis. Il avait remplacé un fil, resserré la base et glissé sous le pied une rondelle métallique qui donnait à l’ensemble l’air d’un objet médical. Sa lumière ambrée dessinait un cercle sur le tapis, la table basse et les chevilles de Marion.

Elle avait choisi une chemise blanche trop large, un pantalon noir et les boucles d’oreilles qu’elle portait aux réunions où personne ne l’écoutait assez. Le plan lui avait paru excellent depuis la salle de bains. Dans le salon, chaque geste semblait devoir obtenir l’autorisation d’un comité imaginaire.

Elle fit un pas. La lampe oscilla.

Louis tendit la main, puis la retira avant de la toucher.

« Je peux intervenir. »

« Tu peux admirer la maîtrise du risque. »

Elle pivota. Son pied rencontra le bord du tapis. La chemise remonta d’un côté, une boucle d’oreille se prit dans ses cheveux et son bras droit décrivit une trajectoire absente de son plan.

Louis porta une main à sa bouche. Marion le fixa.

« Tu ris ? »

« Je respire avec difficulté. »

« C’est donc ça, ton admiration ? »

« Elle est très complète. »

Elle éclata de rire. Le mouvement défit la boucle, fit glisser une mèche sur sa joue et rapprocha son épaule de la lumière. Louis ne regardait plus la lampe. Ses yeux suivaient son visage, sa nuque et la ligne de sa chemise ouverte au col. L’air de la pièce changea.

Marion reprit depuis le début. Elle posa une main sur sa taille, fit glisser l’autre le long de son bras et avança sur le tempo du disque que Louis ne reconnaissait toujours pas. Ses gestes restaient hésitants, pourtant ils devenaient les siens. Elle défit un bouton, puis un autre, avec une lenteur qui n’avait rien à prouver. Le tissu s’écarta sur ses épaules.

Louis se leva.

« Je reste où je suis ? »

Elle le regarda, la bouche légèrement relevée.

« Tu peux venir jusqu’au bord du cercle. »

Il entra dans la lumière. Ses mains se posèrent sur ses hanches sans la retenir. Marion poursuivit son mouvement, guidée par le poids de ses paumes et par la chaleur qui gagnait sa nuque. Elle tourna le dos vers lui. Louis passa les doigts sur le tissu, de ses épaules jusqu’au bas de son dos. La laine de son pull accrocha sa peau à travers la chemise.

Elle se retourna. Leurs bouches se trouvèrent avec un rire encore présent entre eux. Le rire devint une respiration courte quand Louis embrassa le bord de sa joue, puis sa nuque. Marion posa les mains sous son col, sentit la chaleur de ses épaules et le relief de ses muscles fatigués.

La lampe pencha encore.

« Elle veut participer. »

« Elle manque de discrétion. »

Marion tendit le bras vers l’interrupteur, mais Louis attrapa doucement sa main et la ramena contre lui. Leurs vêtements ouverts se froissèrent entre leurs corps. Elle sentit sa bouche dans son cou, ses doigts remonter sur son dos, puis revenir à sa taille. Ses jambes cherchèrent leur place contre les siennes.

La lumière orange trembla sur le mur. Marion posa enfin la main sur le bouton, tandis que Louis gardait son front contre le sien et que la chemise blanche glissait de son épaule.