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HistoiresDouze nuits, douze cartes

Douze nuits, douze cartes

couple installé, jeu, désir, consentement, humour

environ 32 minutes au total, 3 minutes par chapitre de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 12 : La carte blanche

La douzième enveloppe resta ouverte sur la table jusqu’à la fin du petit-déjeuner.

Marion avait posé la carte blanche à côté du pot de confiture. Louis, devant la fenêtre, regardait la pluie perdre son rythme sur les vitres. Le toit ne répondait presque plus. Quelques gouttes isolées glissaient encore sur les tuiles, avec un bruit de doigts contre du verre.

« Elle est vide », dit Marion.

Louis revint avec deux tasses. Il en posa une devant elle, puis s’assit sans toucher au carton.

« C’est peut-être une carte très ambitieuse. »

« Elle nous laisse tout le travail. »

« Nadège a toujours su déléguer. »

Le café fumait entre eux. Marion avait les cheveux attachés à la hâte et portait le pull de Louis, dont les manches lui couvraient les mains. Il avait choisi une chemise propre, mais un bouton restait mal aligné. Elle le regarda quelques secondes avant de le remettre en place.

Le geste les fit sourire. Depuis onze soirs, la boîte déplaçait leurs habitudes par petites secousses. Une main était restée plus longtemps sur une nuque. Une conversation avait pris la place d’une soirée prévue. Un rire avait interrompu un geste, puis l’avait rendu plus simple.

Louis prit le stylo posé près du grille-pain.

« On écrit quoi ? »

« Une carte pour demain. »

« Elle commence par une règle ? »

« Elle commence par une phrase. »

Il réfléchit, le stylo entre ses doigts. Sa main gardait les marques de la semaine, ces petites traces sombres qui ne partaient jamais complètement au premier lavage. Il écrivit : « Demain, nous prendrons le temps de… »

Marion lut la ligne. Elle posa son index après les trois points.

« …nous regarder avant de parler de la journée. »

« C’est très sérieux. »

« Tu préfères quoi ? »

« …nous faire rire avant de parler de la journée. »

Elle ajouta les mots sous les siens, puis relut l’ensemble. La phrase avait une drôle de démarche, comme un meuble monté avec deux notices différentes.

« On dirait une consigne de montage. »

« Il manque une vis et une pièce en forme de lune. »

Marion plia la carte en deux et la rangea dans la boîte, sous le couvercle gravé, où elle prit aussitôt l’air d’y avoir toujours été. Louis la regarda faire en silence, un coin de sourire dans la joue.

Il posa le stylo. Marion passa sa main sur la table jusqu’à toucher la sienne. Le contact fut calme, familier, chargé de toutes les soirées où ils avaient cru remettre la tendresse au lendemain. Louis retourna sa paume et entrelaça leurs doigts.

La pluie cessa. Un rayon pâle entra par la fenêtre et atteignit la boîte en bois. Le sceau brisé de la dernière enveloppe brillait près de la carte blanche. Marion rapprocha le carton, tandis que Louis ajoutait un dernier mot au bas de leur phrase.

« À deux », lut-elle.

Il posa le stylo sur la carte. Une goutte de confiture marquait le coin du papier, juste à côté de leurs deux écritures.

Dessin : Au petit-déjeuner, elle garde la carte blanche près de la confiture pendant qu’il apporte deux tasses.

Fin de l’histoire

Les cartes de ce feuilleton se jouent aussi hors de l’histoire : Action ou vérité en propose des dizaines, avec Passer et Stop à portée de main.

Et derrière la porte ? La suite, au cran Pimenté.

Lire la suite (Pimenté)
Cran de cet appareil

Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.