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HistoiresDouze nuits, douze cartes

Douze nuits, douze cartes

couple installé, jeu, désir, consentement, humour

environ 32 minutes au total, 3 minutes par chapitre de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 4 : Les mains

Louis posa ses mains sur la serviette avant même d’enlever sa veste. Elles portaient toute sa journée : poussière grise dans les plis, rougeurs aux jointures et fine marque sombre près du pouce. Marion les regardait depuis la chaise où elle attendait la fin de son récit.

« La gouttière avait décidé de négocier », dit-il.

« Et tu as gagné ? »

« Elle a accepté un compromis. »

Il parlait d’un chantier, d’une plaque de zinc récalcitrante et d’un client qui avait voulu déplacer une échelle sans prévenir. Marion l’écoutait, mais ses yeux revenaient à ses doigts. Elle connaissait les habitudes de ces mains : elles tournaient les pages en pinçant le coin, ouvraient les bocaux sans commentaire et cherchaient son pied sous la couverture quand la série devenait trop triste.

« Donne. »

Louis leva les sourcils.

« Je viens de rentrer. »

« Justement. »

Elle tira une chaise face à elle. Il s’assit et posa ses avant-bras sur la table. Marion prit sa main gauche dans les siennes. La peau était rêche sous ses paumes. Elle commença par le poignet, avec une lenteur qui ralentit le reste de la maison.

Louis regarda la pluie sur la fenêtre. Sur le toit, les gouttes frappaient les tuiles de façon irrégulière. Il connaissait ces variations, la pluie fine qui faisait crépiter le zinc et les averses lourdes qui donnaient au toit une voix presque grave.

« Tu comptes les coups ? » demanda-t-elle.

« Je reconnais les tuiles. »

« Bien sûr. »

Ses pouces passèrent sur chaque articulation. Louis inspira par le nez. Marion sentit le mouvement se transmettre dans sa main. Elle retourna ses doigts, frotta la paume, suivit les lignes avec le bout de l’ongle. Il ferma les yeux, puis les rouvrit quand elle s’attarda près de son pouce.

« Là ? »

« Là, c’est très bien. »

Sa voix avait changé. Elle avait perdu son ironie de fin de journée. Marion poursuivit, attentive au poids de sa main et à la façon dont son poignet se détendait. La fatigue de Louis semblait quitter son corps par petites quantités, sans bruit.

Quand elle passa à l’autre main, il fit glisser son pied contre le sien. Elle leva les yeux. Il la regardait avec cette attention précise qu’il réservait aux choses qui comptaient vraiment. Marion posa sa main sur sa joue. Une trace de poussière restait près de son oreille.

« Tu as du toit sur le visage. »

« C’est mon côté professionnel. »

Elle essuya la marque avec son pouce. Louis attrapa sa taille et la rapprocha de lui. Marion resta debout entre ses genoux. Ses doigts quittèrent sa joue pour descendre à sa nuque, puis revenir sur son épaule. Il embrassa le creux sous son oreille. Sa bouche y laissa une chaleur précise, suivie d’un frisson qui lui remonta jusqu’au poignet.

« Louis. »

Il s’arrêta aussitôt. Elle posa son front contre le sien.

« Ça va. Reste là. »

« Tuile ? »

Le mot appartenait à leur couple depuis une réparation ratée dans la salle de bain. Il pouvait arrêter le geste ou le ralentir. Marion secoua la tête et passa ses mains sous le col de son pull, jusqu’à la peau de ses épaules. Louis serra sa taille. Leurs corps se rapprochèrent, habillés, dans l’odeur de pluie et de savon.

La lampe orange attendait au bord du couloir. Louis tendit la main vers son interrupteur pendant que Marion gardait ses doigts entre les siens.