Douze nuits, douze cartes
couple installé, jeu, désir, consentement, humour
Soir 7 : Dos à dos
« Si je parle, tu ne te retournes pas. »
Marion avait éteint la lampe avant de se glisser sous la couverture. Derrière elle, Louis ajusta son oreiller avec une prudence comique. Le matelas grinça. Ils se retrouvèrent dos à dos, séparés par l’épaisseur du drap et par cette règle improvisée qui les faisait déjà sourire.
La chambre était presque noire. Une ligne de lumière passait sous la porte. Sur le toit, la pluie touchait les tuiles avec des sons dispersés, plus fins que les soirs précédents. Marion connaissait le visage de Louis dans l’obscurité sans le voir. Elle savait quand il retenait une remarque, quand il cherchait une position confortable et quand sa main avançait de quelques centimètres sur le drap.
« Tu as préparé ton discours ? » demanda-t-il.
« J’ai un plan en trois parties. »
« C’est inquiétant. »
« La première partie est courte. »
Elle fixa le plafond. Sa voix sortit plus basse qu’elle ne l’avait prévu.
« J’ai envie que tu me parles près de l’oreille. Pas pour raconter ta journée. »
Louis ne répondit pas tout de suite. Son dos se rapprocha du sien. Le tissu de son tee-shirt glissa contre la manche de Marion. Elle sentit une légère vibration dans le matelas quand il inspira.
« J’ai envie de commencer par ta nuque », dit-il.
La phrase resta entre eux, précise et tranquille. Marion ferma les yeux. Elle imagina sa bouche au bord de ses cheveux et la chaleur de sa paume à sa taille, puis chassa l’image pour la laisser revenir autrement, plus nette.
« Tu peux continuer », murmura-t-elle.
« J’ai envie que tu gardes ta main sur mon ventre pendant que tu me racontes ce que tu veux. »
Elle tourna la tête vers le plafond, comme s’il pouvait l’aider à choisir ses mots. Marion tendit la main derrière elle, paume ouverte. Louis la trouva. Leurs doigts se rejoignirent, puis se séparèrent quand il lui embrassa les phalanges.
« J’ai envie de t’entendre rire juste après », dit-elle.
« C’est une envie très ambitieuse. »
« Tu as une spécialité dans ce domaine. »
« Je peux au moins essayer avec dignité. »
Elle se retourna la première. La lumière sous la porte dessinait une bande pâle sur la joue de Louis. Il la regardait avec une attention sans défense, les cheveux aplatis par l’oreiller. Marion passa sa main sur sa nuque. Il se rapprocha, posa son front contre le sien, puis embrassa le coin de sa bouche.
Le geste suivant eut moins de retenue. Louis fit glisser ses doigts le long de son dos, par-dessus le tissu, jusqu’à sa taille. Marion lui prit la main et la guida sous le bord de son pull, juste assez pour sentir sa paume contre sa peau. La rugosité de ses doigts la fit frissonner. Elle posa sa bouche dans son cou. Il eut un rire bref, étouffé contre ses cheveux.
« Dignité remarquable », souffla-t-elle.
« Je travaille dans des conditions difficiles. »
Leurs jambes se mêlèrent. Sa main remonta vers ses épaules, puis redescendit lentement. Marion sentit son souffle contre sa tempe, la chaleur de son ventre contre le sien à travers leurs vêtements et le drap froissé sous son genou. La pluie se fit plus présente et couvrit presque le bruit de leurs mouvements.
Louis chercha la lampe de chevet sans quitter sa taille. Marion posa ses doigts sur les siens. Le bouton orange attendait sous leur main, rond et tiède dans le noir.