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HistoiresDouze nuits, douze cartes

Douze nuits, douze cartes

couple installé, jeu, désir, consentement, humour

environ 32 minutes au total, 3 minutes par chapitre de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 8 : Une pièce en moins

La chemise de Louis resta boutonnée jusqu’au deuxième bouton, ce qui, chez lui, signalait une négociation intérieure de grande ampleur.

Marion le remarqua en rangeant les tasses. Il se tenait près de la boîte en bois, les épaules trop droites, la bouche occupée à retenir une plaisanterie. La carte du soir était posée entre eux. Il l’avait lue. Elle aussi.

« Tu peux choisir une pièce de ma tenue », dit-elle.

Louis baissa les yeux vers son pull.

« Une pièce entière ? »

« La règle a l’air généreuse. »

« Elle manque de précisions techniques. »

« Tu peux demander au service après-vente. »

Il rit, puis passa une main sur sa nuque. Marion connaissait cette rougeur qui gagnait ses joues quand une envie lui plaisait avant même qu’il ait décidé de l’admettre. Elle ne s’approcha pas tout de suite. Elle posa la tasse dans l’évier, retira ses lunettes et les plia soigneusement sur le buffet. Louis suivit le mouvement.

« Je choisis ta chemise », dit-elle.

Le rouge monta jusqu’à ses oreilles.

« Tu avais beaucoup d’options. »

« J’ai pris le temps d’étudier le dossier. »

Elle vint devant lui. Sa chemise était en coton bleu sombre, un peu froissée aux poignets. Marion passa un doigt sur le premier bouton sans le toucher. Louis garda les bras le long du corps, puis les leva à moitié, comme un homme signalant qu’il n’avait aucun plan de fuite.

« Tu peux m’aider », dit-il.

« Je comptais le faire. »

Elle déboutonna lentement. Chaque bouton libéré produisait un petit bruit mat. Louis regardait le mur derrière elle avec l’application d’un couvreur inspectant une toiture complexe. Marion s’arrêta au milieu.

« Tu veux que je continue ? »

Il tourna enfin les yeux vers elle.

« Oui. Mais ne me regarde pas comme ça. »

« Comme quoi ? »

« Comme si tu avais trouvé une faiblesse dans la structure. »

« J’ai trouvé une chemise. »

« C’est parfois plus sérieux. »

Elle sourit et reprit. Le col s’ouvrit davantage. Ses doigts frôlèrent sa clavicule, puis s’arrêtèrent. Louis posa ses mains sur sa taille. Il ne la rapprocha pas tout de suite. Il attendit qu’elle avance d’un pas. Alors seulement, leurs corps se touchèrent, habillés, et son menton vint se poser près de son front.

Marion entendit la respiration de Louis changer. Elle passa les mains sous le tissu ouvert, sur ses épaules, puis sur le haut de son dos. Sa peau était chaude. Elle sentit les muscles se tendre sous ses paumes, avant de se relâcher quand elle les fit glisser plus bas.

« Tu peux retirer la pièce », murmura-t-elle.

Louis posa ses doigts sur le bord de la chemise. Il s’arrêta.

« Tu veux que je l’enlève ? »

« Oui. »

Elle posa ses mains sur les siennes pour lui montrer le geste. Ensemble, ils firent glisser le vêtement le long de ses bras. Il resta accroché à ses coudes.

Louis eut un rire embarrassé.

« Je manque d’élégance. »

« Tu es pris dans ta propre chemise. C’est très humain. »

Il se pencha vers elle. Sa bouche trouva la sienne, puis sa joue et le creux de sa nuque. Marion ferma les yeux. Ses doigts remontèrent dans ses cheveux. Le tissu froissé entre eux gardait encore la chaleur de son corps. Elle tira doucement sur le col. La chemise glissa d’un coude, resta accrochée à l’autre, et ils gagnèrent la chambre dans cet équipage, Louis riant déjà du jour où il raconterait ça à Nadège.