La Boussole sous l’oreiller
jeu, désir, énigmes, complicité
Soir 4 : La Cabane aux trois serrures
Cran Pimenté
La première serrure était fixée au montant de la porte, sous une plaque de cuivre où Émilie avait gravé trois mots : **ENTRER PAR LE DOUTE**.
Guillaume posa la main sur la poignée, puis se ravisa.
« Tu as vraiment trouvé une cabane avec trois serrures ? »
« J’ai trouvé une cabane. Les serrures étaient déjà là. J’ai ajouté les phrases. »
« Tu as donc amélioré la sécurité d’un abri qui contient deux chaises, un poêle et une pile de couvertures. »
« Tu oublies le danger principal. »
Elle lui prit la clé des doigts et la glissa dans le cylindre.
« Toi ? »
« Ta confiance en toi. »
La clé tourna. La porte s’ouvrit sur une chaleur sèche, parfumée au bois et à la cire. La petite cabane occupait le fond du jardin, derrière une haie taillée court. Émilie avait posé des lanternes à pétrole éteintes sur les étagères, des couvertures pliées sur le banc et trois boîtes de fer sous la fenêtre. Le poêle ronronnait au centre de la pièce, protégé par une grille basse.
Au-dessus, suspendue à un fil, la boussole en laiton tournait doucement.
Guillaume entra le premier. Il portait son jean sombre, une chemise blanche sous son pull anthracite et ses bottines pleines de traces de terre. Émilie referma la porte derrière lui. Elle avait gardé son manteau bleu nuit, une jupe de laine et des bottes courtes. Ses cheveux étaient attachés avec un ruban noir.
La boussole décrivit un cercle, puis pointa vers une boîte posée sur le banc.
« Elle a changé de métier », dit Guillaume.
« Elle a été clé, leurre et souvenir. Ce soir, elle fait décor. »
« Une carrière très supérieure à la mienne. »
« Tu éclaires des gens qui prétendent savoir où ils vont. »
« Et toi, tu relis leurs erreurs avec du fil rouge. »
« Du fil bleu, cette semaine. »
Guillaume s’approcha de la boîte. Sur le couvercle, une étiquette portait ces mots :
**JE DIS QUE JE N’AIME PAS…**
Il souleva le couvercle. Une petite clé reposait dans la paille de papier.
« Les phrases incomplètes », dit-il.
« Trois serrures, deux aveux et une question : la deuxième attend sa clé, puis la troisième phrase attendra la serrure noire. »
« Tu comptes me faire travailler avant de me laisser m’asseoir ? »
Émilie retira son manteau et le déposa sur le dossier d’une chaise. Elle porta ensuite deux doigts à la boucle du ruban qui retenait ses cheveux. Le ruban tomba sur le manteau.
« Tu peux t’asseoir quand tu auras trouvé la suite. »
Guillaume prit la clé et lut l’étiquette.
« Je dis que je n’aime pas… quand tu me regardes travailler. »
Émilie resta près de la porte. Un sourire lui tira la bouche.
« Faux. »
« Je dis que je n’aime pas quand tu me regardes travailler… parce que je perds le fil. »
« Toujours faux. »
« Parce que tu poses des questions sur la colle ? »
« Tu détestes surtout que je voie tes mains trembler quand tu es concentré. »
Guillaume leva les yeux vers elle. La chaleur du poêle rougissait les jointures de ses doigts.
« Je ne tremble pas. »
« Tu viens de rater la serrure avec une clé qui faisait la moitié de ta main. »
Il regarda la clé.
« Elle était mal élevée. »
Émilie vint se placer devant lui. Elle prit la main de Guillaume, retourna sa paume et y déposa la clé.
« Recommence. »
Cette fois, le métal entra sans résistance. Le pêne céda. Sur le côté du coffre, une deuxième phrase attendait :
**JE DIS QUE JE N’AI PAS BESOIN…**
Guillaume se pencha.
« De dormir ? »
« Tu ronfles quand tu mens. »
« De tes défis ? »
Émilie posa la main sur sa poitrine, par-dessus le pull anthracite.
« Tu as déjà préparé la réponse. »
« Je dis que je n’ai pas besoin de tes défis, parce que je passe mes journées à régler des problèmes de lumière et mes soirées à réparer les interrupteurs que tu oublies. »
« Tu oublies les interrupteurs pour que tu aies une raison de venir derrière moi. »
Il baissa la tête vers elle. Sa bouche effleura la tempe d’Émilie.
« Ça aussi, c’est une hypothèse. »
« Elle est reliée avec du fil bleu. »
Il l’embrassa. Émilie posa les deux mains sur la chemise de Guillaume et en froissa le tissu entre ses doigts. Le baiser resta doux quelques secondes, puis elle ouvrit la bouche sous la sienne et tira légèrement sur sa nuque.
La clé suivante reposait dans une soucoupe près du poêle.
· · ·
Guillaume retira son pull et le posa sur le banc, à côté du manteau d’Émilie. Elle déboutonna sa chemise, un bouton après l’autre, en gardant les yeux sur lui. Quand elle atteignit le dernier, elle tira le tissu hors de la jupe et le laissa tomber sur le dossier de la seconde chaise.
« Tu avais prévu cette chaise ? »
« Pour tes vêtements. »
« J’espérais un traitement plus cérémonieux. »
« La troisième chaise est réservée à tes contradictions. »
Il s’approcha. Ses mains glissèrent sur la taille d’Émilie, sous le bord de son débardeur noir. Émilie posa ses paumes contre son torse nu. La peau de Guillaume gardait la chaleur du pull, et son cœur battait vite sous ses doigts.
Elle embrassa sa clavicule. Guillaume ferma les yeux. Sa main droite remonta jusqu’à la nuque d’Émilie, tandis que sa main gauche restait à sa taille.
« Tu dis que tu n’aimes pas quand je prends les choses en main », murmura-t-elle.
« Je dis beaucoup de choses. »
« Tu les crois rarement. »
Elle fit glisser ses doigts le long de son ventre. Guillaume les retint au-dessus de sa ceinture, puis les guida plus bas, sous le tissu de sa jupe. Émilie ouvrit les cuisses et pressa son bassin contre sa paume.
« Celle-là, tu la crois ? »
« Celle-là, je la relis. »
Il déposa un baiser sous son oreille. Émilie accrocha ses doigts à la ceinture de Guillaume et la défit. Le cuir tomba sur le plancher. Elle ouvrit le bouton de son jean, puis la fermeture, sans détourner la bouche de la sienne.
Leurs vêtements glissèrent peu à peu, avec les petits bruits secs du tissu contre le bois. La jupe d’Émilie rejoignit la chemise sur la chaise. Guillaume retira son jean et le posa près du poêle. Émilie conserva son débardeur et sa culotte ; Guillaume son boxer.
La deuxième serrure se trouvait au pied du banc. La clé était dans la soucoupe, mais Guillaume ne la prit pas tout de suite.
Émilie s’assit sur le banc, les jambes écartées juste assez pour l’attirer entre ses genoux. Elle prit la nuque de Guillaume et le fit descendre vers sa poitrine. Sa bouche passa sur le bord de son débardeur, puis dessous. Émilie pencha la tête en arrière. Ses doigts se refermèrent dans les cheveux courts de Guillaume.
« Tu as encore une phrase à finir », dit-il contre sa peau.
« Je travaille mieux dans le silence. »
« C’est faux. Tu parles à tes livres. »
« Mes livres ne répondent pas. »
Guillaume embrassa le haut de son sein. Émilie se rapprocha, posa un pied sur le barreau du banc et lui prit le visage entre les mains.
« La phrase, Guillaume. »
Il leva les yeux vers elle.
« Je dis que je n’ai pas besoin de tes défis… parce que je veux voir jusqu’où tu peux me conduire. »
Émilie sourit, puis l’embrassa avec une ardeur qui lui fit perdre l’équilibre. Guillaume s’assit sur le banc. Elle vint à califourchon sur ses cuisses, les mains de Guillaume posées sur ses hanches.
Le poêle claqua derrière eux. Émilie rit contre sa bouche.
« Ton décor vient de te donner un signal. »
« Il est très directif. »
« Il a été réglé par une relieuse d’art. »
Elle bougea lentement contre lui. Guillaume saisit ses fesses à travers le coton, et son visage changea. Émilie le vit, ralentit, puis reprit avec une pression plus précise. Ses lèvres cherchèrent le cou de Guillaume. Il la serra contre lui, sa bouche contre son épaule.
Guillaume avait pris la clé sur la soucoupe, ouvert la deuxième serrure et découvert une troisième phrase : **JE DIS QUE JE VEUX…** La serrure noire restait seule fermée.
· · ·
Ils gagnèrent le tapis devant le poêle. Guillaume s’allongea sur le dos. Émilie se plaça près de lui, sur le flanc, une main appuyée contre son épaule. Il passa ses doigts sous son débardeur et le lui retira par-dessus la tête. Le vêtement tomba derrière la chaise.
Elle défit le boxer de Guillaume et le fit glisser le long de ses jambes. Il le repoussa du pied, jusqu’au bord du tapis. Émilie resta en culotte, assise près de ses cuisses. Elle regarda Guillaume avec une attention qui le fit rire sans joie.
« Quoi ? »
« Tu as l’air de quelqu’un qui vient de découvrir une troisième serrure. »
« Je cherche la notice. »
« Elle est sous ta langue. »
Elle se pencha et l’embrassa. Guillaume posa une main derrière son dos, l’autre sur sa hanche. Le baiser devint lent, profond, interrompu par des pauses où leurs fronts se touchaient. Émilie guida la main de Guillaume entre ses cuisses. Il la caressa à travers le coton. Elle serra les genoux autour de son poignet, puis les rouvrit aussitôt.
« Encore. »
Guillaume obéit au rythme qu’elle imposait en poussant son bassin vers sa main. Sa bouche descendit sur ses seins, d’abord à gauche, puis à droite. Émilie lui prit les cheveux, le maintint contre elle, puis se pencha à son tour pour embrasser son sexe. Sa main le guida contre sa bouche. Guillaume posa l’avant-bras sur ses yeux et son autre main sur la nuque d’Émilie.
« Plus lent », dit-il.
Elle ralentit. La cabane gardait leurs petits bruits, le frottement du tapis, le bois qui travaillait dans les murs, le métal de la boussole tournant encore au-dessus du poêle.
Quand Guillaume la fit remonter vers lui, Émilie s’installa sur ses cuisses. Il prit le préservatif posé dans la boîte de fer, l’ouvrit et le plaça avec soin. Elle posa les mains sur ses épaules.
« Tu avais prévu tout le nécessaire. »
« Je suis relieuse. Je protège les ouvrages précieux. »
« Voilà enfin une comparaison professionnelle acceptable. »
Elle guida la bite de Guillaume contre sa chatte, puis descendit lentement sur lui. Le rire d’Émilie se transforma en plainte grave. Guillaume la soutint par les hanches. Elle bougea d’abord avec lenteur, puis trouva un rythme plus ferme. Ses seins se pressaient contre le torse de Guillaume. Il les embrassa, les mains refermées sur ses fesses.
« Là », dit-elle.
Il la ramena vers lui à chaque mouvement. Émilie posa une main sur le tapis, l’autre à la nuque de Guillaume. Leurs bouches se cherchèrent sans se trouver tout de suite. Quand elles se rejoignirent, elle mordit doucement sa lèvre et accéléra.
Guillaume se redressa. Émilie s’assit contre lui, les jambes autour de sa taille. Il la porta sur les quelques centimètres qui les séparaient du banc et la fit asseoir sur le bord. Elle s’agrippa à ses épaules. Ses talons frappèrent le bois à intervalles réguliers.
« Tu avais dit que tu ne savais pas suivre les plans », murmura-t-elle.
« Je suis meilleur quand tu les dessines sur moi. »
Elle lui passa les doigts sur la nuque, puis le ramena contre sa bouche. Émilie jouit en serrant ses cuisses autour de Guillaume, et Guillaume jouit à son tour contre elle. Ils restèrent enlacés, le visage de Guillaume enfoui dans le cou d’Émilie, jusqu’à ce que leurs corps cessent de chercher un rythme.
Ils restèrent assis sur le banc, l’un contre l’autre. Émilie posa sa joue sur l’épaule de Guillaume. Le poêle diffusait une chaleur régulière contre leurs jambes nues.
« La troisième serrure », dit-il.
« Elle restera fermée. »
« Tu viens de préparer trois clés. »
« Deux seulement. La dernière était déjà là. »
Guillaume tourna la tête. Dans le bas du mur, derrière une latte amovible, une serrure noire apparaissait. Il passa le doigt sur le métal. Rien ne bougea.
Émilie se leva, remit sa culotte et ramassa la chemise de Guillaume sur la chaise. Elle la lui tendit.
« Tu la gardes. »
« C’est une récompense ? »
« C’est une consigne de transport. »
Elle enfila son débardeur, puis sa jupe. Guillaume remit son boxer et son jean. Émilie prit la boussole suspendue au-dessus du poêle et la décrocha. L’aiguille s’orienta aussitôt vers la serrure abandonnée.
Guillaume dégagea la latte amovible. Dans la cavité, juste derrière la serrure noire, il trouva une clé longue, munie d’une étiquette de carton.
Émilie avait écrit dessus :
« Ne viens pas seul : apporte ce que tu n’as jamais osé demander. »
La clé de villa reposait dans sa paume.
