La nuit des pseudonymes
jeu d'identités, désir, consentement, humour
À dix-neuf heures vingt-deux, la veille, Justine avait envoyé un message vocal de onze secondes.
« Vendredi, vingt et une heures, hôtel Pétale. Tu ne me connais pas. Moi non plus. »
Elle l’avait enregistré dans la cuisine de son deux-pièces de la Croix-Rousse, entre la bouilloire et le sac en toile rempli de câbles qui l’accompagnait partout. Sa voix avait commencé trop grave, remonté d’un cran au milieu de la phrase, puis s’était terminée dans un souffle qu’elle avait aussitôt regretté. Elle avait réécouté. Une fois. Deux fois. Elle avait failli ajouter une formule brillante, une menace élégante, quelque chose qui aurait donné à l’invitation l’allure d’un rendez-vous préparé par une femme parfaitement sûre d’elle.
Elle avait envoyé le vocal avant de trouver.
Le vendredi soir, elle avait changé de tenue trois fois. Son activité de motion designer indépendante lui permettait de travailler en pantalon souple et chemise immense, ce qui entretenait parfois l’illusion d’une vie organisée quand elle rejoignait un espace de coworking avec son ordinateur sous le bras. Pour le soir, elle avait choisi une robe noire au tissu doux, des bottines et une veste couleur tabac. Elle avait laissé deux boutons ouverts au col, puis les avait refermés. Elle les avait rouverts avec l’application d’une personne qui négociait avec elle-même.
Justine avait vingt-neuf ans. Elle savait payer ses cotisations à la dernière minute, entretenir trois conversations professionnelles sur Signal et reconnaître, au bruit du ventilateur, le moment où son ordinateur allait perdre la partie. Elle savait aussi qu’elle pouvait rester douze minutes devant une armoire sans prendre de décision utile.
Ses ongles portaient encore des traces de vernis rouge. Un ongle avait perdu la moitié de sa couleur. Elle l’avait frotté avec le pouce, comme si le vernis pouvait comprendre la honte.
Dans le salon, Sam cherchait ses clés en tenant son téléphone entre l’épaule et l’oreille. Il n’avait rien perdu. Il avait simplement rangé ses clés dans la poche intérieure de sa veste, décision qu’il avait prise lui-même deux minutes plus tôt.
Justine le regarda. Quatre ans ensemble. Un an dans cet appartement. Des factures, des messages vocaux de quarante secondes, des listes de courses, des « tu rentres vers quelle heure ? », des « le réseau saute encore ». Elle connaissait la façon dont il plissait le nez devant une lumière trop blanche. Elle connaissait son silence lorsqu’il préparait une réponse drôle. Elle connaissait le poids de son épaule contre la sienne dans le lit, même lorsqu’ils se tournaient chacun vers leur écran.
Elle voulait retrouver l’instant où cette connaissance ne donnait aucune avance.
À la cuisine, elle posa son téléphone près de la bouilloire. Sam rangea enfin ses clés dans la poche où elles se trouvaient depuis le début. Ils se firent face entre le plan de travail et la table couverte de factures.
« Règle numéro un, dit Justine. On peut changer de nom, pas d’avis. »
« Règle deux, répondit Sam. Le mot d’arrêt sera “citron”. Ça arrête tout, pour les deux, sans un mot de plus. »
« Et devant la 412, ajouta-t-elle, chacun décide seul. »
« Alors Vera et Julian ont rendez-vous à vingt et une heures », dit Sam, déjà dans son personnage.
Dans le métro, il écouta le vocal trois fois.
La première, il sourit au mot hôtel. La deuxième, il entendit le tremblement léger dans la voix de Justine. La troisième, il fixa son reflet dans la vitre et se demanda si Julian avait une démarche différente de la sienne. Il tenta de marcher autrement sur le quai suivant. Une femme lui adressa un regard perplexe. Julian abandonna sa carrière de photographe de voyage avant même son arrivée à l’hôtel.
Sam avait trente et un ans, une barbe de trois jours et une chemise blanche dont les boutons semblaient avoir été choisis pour compliquer les soirées. Ingénieur du son pour des salles de concert et des tournages, il avait l’habitude des attentes, des balances interminables et des silences qui annonçaient quelque chose. Il avait passé la journée à réparer un enregistrement où quelqu’un avait éternué contre le micro. Depuis, il entendait les bruits les plus insignifiants avec une précision déraisonnable.
Il remit son casque sur ses oreilles sans lancer de musique. Les annonces du métro passaient sous la voix de Justine.
Tu ne me connais pas.
Il reconnaissait la façon dont elle disait cette phrase lorsqu’elle voulait qu’on la regarde. Elle avait probablement vérifié l’heure sept fois, et laissé traîner son sac près de la porte avant de faire semblant de chercher autre chose.
Cela lui donna chaud sous le col.
À vingt heures cinquante-six, devant l’hôtel Pétale, Justine entra seule. Le hall sentait le bois ciré, le citron et les tissus chauffés par les radiateurs. Des appliques en forme de pétales éclairaient le comptoir de réception. Sur un guéridon, un bouquet de branches sèches projetait des ombres en forme de doigts.
Elle consulta l’écran de son téléphone. Aucun message. Elle avait accepté qu’ils ne se reconnaîtraient pas tout de suite, même si cette partie lui semblait maintenant aussi crédible qu’un déguisement acheté dans une gare. Sam avait proposé de s’installer avant elle. Elle avait répondu avec un aplomb remarquable, puis avait failli rebrousser chemin devant le panneau indiquant le salon-bar.
Elle posa deux doigts sur son poignet.
« Vera », murmura-t-elle.
Son propre prénom lui manquait déjà.

Le salon-bar de l’hôtel occupait un angle vitré du rez-de-chaussée. Les fauteuils étaient couleur sable, les tables basses portaient des lampes rondes et le comptoir proposait de la citronnade, du thé glacé, du chocolat chaud et du café. Une plante immense vivait dans un pot trop étroit avec la dignité d’un concierge qui aurait renoncé à intervenir.
Justine choisit une table près de la fenêtre. Elle s’assit, croisa les jambes, les décroisa, puis posa ses deux pieds bien à plat pour se donner une contenance. Elle commanda une citronnade. Le mot lui parut dangereux, sans raison valable.
Sam entra à vingt et une heures trois.
Il portait sa veste sombre et cette façon de regarder les lieux comme s’il devait repérer la meilleure acoustique. Il s’arrêta devant le comptoir, demanda un café, puis se retourna.
Justine leva les yeux.
Elle ne sourit pas tout de suite. Lui non plus.
Ils se reconnurent avec une précision troublante. La distance du jeu s’était installée dans leurs épaules, dans la façon de tenir la tête et dans la réserve de leurs mains. Justine sentit son ventre se contracter. Sam la regarda comme il l’aurait regardée quatre ans plus tôt dans un endroit où elle n’était encore personne pour lui.
Il prit son café et vint jusqu’à sa table.
« Bonsoir. »
Sa voix était plus basse que d’habitude. Elle avait le grain des enregistrements qu’il retouchait parfois à la maison, lorsqu’il nettoyait une piste et retirait les bruits inutiles.
Justine posa une main sur la table.
« Bonsoir. »
« Julian. »
« Vera. »
Il s’installa en face d’elle. Le serveur déposa la citronnade. Les glaçons tintèrent. Sam regarda le verre comme s’il pouvait y trouver une information professionnelle.
« Vous êtes de passage à Lyon ? » demanda Justine.
« Je rentre d’un reportage. »
« Quel genre de reportage ? »
« Les ports de plaisance abandonnés dans les régions où personne ne possède de bateau. »
Elle cligna des yeux.
« C’est précis. »
« Je travaille avec une équipe spécialisée dans les sujets qui commencent par une bonne idée et finissent avec un dossier de trente-sept pages. »
« Vous les photographiez ? »
« Je les écoute. »
Elle observa son casque.
« Vous photographiez avec ça ? »
« Les images sont meilleures quand le son est correct. »
Elle baissa les yeux vers sa citronnade pour cacher son sourire. Sam prit une gorgée de café.
« Et vous, Vera ? »
« Je crée des parfums. »
« Pour quelle maison ? »
« Une maison qui refuse de dire son nom à voix haute. Elle préfère être respirée dans une cage d’escalier. »
« C’est une maison très discrète. »
« Elle a un service juridique redoutable. »
Ils parlèrent des ports sans bateaux et des parfums pour ascenseurs. Justine inventa un accord de cardamome destiné aux salles d’attente des dentistes. Sam décrivit avec un sérieux impeccable une série de reportages sur les pigeons qui refusaient les monuments historiques.
Elle reconnut son humour dans chaque détour, chaque réponse trop appliquée pour être honnête. Elle l’avait vu faire rire des techniciens épuisés au milieu d’une nuit de tournage. Elle l’avait aimé pour cela. Ce soir, elle le redécouvrait avec une faim calme, presque vexée de ne pas avoir remarqué la force de cette voix avant le dîner.
Le genou de Sam toucha le sien sous la table.
Le contact dura une seconde. Il aurait pu s’éloigner. Il resta là.
Justine poursuivit son histoire sur un parfum baptisé Ascenseur 4B, qui sentait « la laine mouillée et l’ambition municipale ». Sa voix se dérégla sur le dernier mot. Sam baissa les yeux vers leurs genoux, puis releva le regard.
« Vous avez l’air de connaître les ascenseurs », dit-il.
« Je connais surtout les personnes qui y restent trop longtemps. »
« Vous m’accusez de quelque chose ? »
« Je prends des notes. »
Son pouce glissa sur la paume de sa main, sous le bord de la table. Un mouvement bref et précis. La peau de Justine se tendit autour de ce contact. Elle posa son verre. Les glaçons avaient fondu. Elle ne s’en était pas aperçue.
« Vous êtes toujours aussi observatrice ? »
« Seulement avec les hommes qui portent un casque sans écouter de musique. »
« Je protège mon imagination. »
« Elle a besoin d’un casque ? »
« Elle est fragile. »
Justine rit. Son rire sortit plus aigu qu’elle ne l’aurait voulu. Sam se pencha. La lumière de la lampe dessinait une ligne douce sur sa joue. Elle sentit l’odeur propre de sa peau, mêlée au café et au froid de novembre resté dans sa veste.
Il tendit la main vers son col. Ses doigts s’arrêtèrent près du bouton ouvert, sans le toucher. Justine regarda cette main, puis sa bouche. Le geste resta suspendu.
Sam attendit.
Il ne demanda rien. Il resta à une distance où elle sentait sa respiration, sans réduire l’espace entre eux.
Justine ferma cette distance.
Le baiser fut court, net, brûlant. Elle recula d’un centimètre, les yeux toujours levés vers lui. Sam ne bougea pas. Sa bouche s’entrouvrit avec un sourire qui n’avait plus rien de professionnel.
« Vera », dit-il.
« Julian. »
Sa voix à lui descendit encore.
« J’avais prévu une phrase élégante. »
« Elle a dû se perdre dans un port abandonné. »
Il reprit sa main. Cette fois, son pouce traça lentement le centre de sa paume. Justine sentit ses doigts se refermer sur les siens. Elle se pencha, posa sa bouche contre la commissure de ses lèvres, puis resta près de son visage. Leurs chaises s’étaient rapprochées sans qu’elle sache laquelle avait bougé.
Le serveur passa près de la table avec un plateau de chocolats chauds. Sam lui adressa un regard concentré, comme s’il venait de recevoir une proposition d’affaire.
« Vous avez déjà travaillé pour une maison qui parfume les chocolats ? » demanda-t-il.
« Une fois. Ils voulaient une note de truffe blanche. »
« Dans le chocolat ? »
« Dans la salle. »
« Ah. »
« Le projet a été abandonné après trois jours et quatre plaintes. »
« C’est dommage. »
« Vous trouvez ? »
« J’aime les gens qui prennent des risques. »
Il disait cela en regardant sa bouche. Elle fit glisser son doigt sur le bord de sa tasse. Sam suivit le mouvement. Sa main vint se poser près de la sienne, ouverte. Justine y plaça deux doigts.
Les noms Vera et Julian devenaient moins solides. Ils leur servaient encore de costume, de distance amusante. Sous la table, leurs genoux se touchaient avec une régularité de métronome.
« Vous avez une chambre ici ? » demanda Justine.
« La 412. »
« Un chiffre très romanesque. »
« Il y a quatre étages et douze raisons de ne pas faire confiance aux hôtels. »
« Lesquelles ? »
Sam se pencha.
« La moquette. Les oreillers décoratifs. Les gens qui disent que la moquette est chaleureuse. »
Justine éclata de rire. Son épaule toucha la sienne. Il ne s’éloigna pas.
« Je vous croyais photographe de voyage. »
« J’ai aussi une spécialité dans les critiques de moquette. »
« Vous êtes un homme très complet. »
Il porta son regard vers sa bouche. Elle sentit le sien descendre dans son cou, puis revenir à ses yeux. Justine prit une gorgée de citronnade sans le quitter du regard.
Sam posa sa tasse.
« Je crois que votre parfum d’ascenseur a un problème. »
« Lequel ? »
« Il donne envie de monter. »
Elle le fixa. La phrase était tellement mauvaise qu’elle dut détourner la tête. Sam conserva un sérieux terrible. Une seconde passa. Puis Justine posa une main sur sa bouche.
« Citron. »
Le mot sortit entre deux éclats de rire.
Sam se plia sur sa chaise. Le serveur se retourna. Justine riait tellement qu’elle avait les yeux humides. La moquette, les ports, le parfum d’ascenseur, Julian qui voulait monter. Tout s’effondra en même temps.
Ils rirent encore. Sam essuya le coin de son œil du bout du doigt. Justine inspira, les joues chaudes, le cœur rapide. Ils se regardèrent au-dessus de la table.
Justine posa sa main sur la sienne. Sam retourna sa paume. Leurs doigts s’emboîtèrent. Elle inclina la tête.
« Sam », souffla-t-elle.
Il répondit avec son vrai sourire.
« Justine. »
Elle se leva. Sa chaise racla doucement le sol. Sam prit sa veste sur le dossier. Il passa devant elle, assez près pour que son épaule frôle sa poitrine. Elle sentit sa chaleur à travers le tissu de sa veste.
Ils ne se pressèrent pas. Chaque pas vers l’ascenseur semblait leur demander un effort absurde. Le salon continuait autour d’eux. Une lampe bourdonnait. La plante immense gardait son pot et ses secrets. Sur le comptoir, les glaçons de la citronnade achevaient de disparaître.
Sam appuya sur le bouton.
La porte s’ouvrit.
Justine entra la première.
L’ascenseur était vide. La lumière blanche rendait la cabine trop nette, presque insolente. Sam entra derrière elle. La porte se referma avec un bruit doux.
Il appuya sur le quatrième étage.
Justine regarda les chiffres s’allumer. Elle sentait son dos à quelques centimètres de lui. Elle tourna la tête.
« Julian avait raison sur la moquette », dit-elle.
« Je demande un avis indépendant. »
« Vous êtes toujours photographe ? »
« Seulement quand vous me regardez comme ça. »
Elle se retourna. Le baiser du salon avait eu lieu devant des lampes rondes et une plante trop grande. Celui-ci commença avec sa main dans sa nuque. Justine leva le visage. Leurs bouches se retrouvèrent.
Le dos de Justine toucha la paroi froide.
Elle frissonna. Sam le sentit. Ses lèvres quittèrent les siennes, descendirent vers sa joue, sa mâchoire, sa nuque. Son souffle passa sur sa peau. Justine ferma les yeux. La cabine monta. Les chiffres défilaient avec une lenteur irritante.
Elle posa ses mains sur sa chemise. Ses doigts trouvèrent un bouton défait, puis un autre. Le tissu s’ouvrit à peine sur sa poitrine et la chaleur de sa peau passa contre ses paumes.
Sam releva la tête.
Justine prit sa main. Elle la guida dans son dos, jusqu’à la fermeture de sa robe. Ses doigts s’arrêtèrent sur le curseur, à mi-chemin. Elle resta là, sa main par-dessus la sienne.
Le métal froid contrastait avec la température de leurs corps.
Sam fit glisser la fermeture de quelques centimètres. Le tissu se desserra sur son dos. Sa paume se posa contre sa peau. Justine eut un rire bref dans son cou, surprise par le tremblement qui lui traversait le ventre.
« Vous êtes très silencieux pour un ingénieur du son », murmura-t-elle.
« J’écoute. »
« Quoi ? »
« Tout. »
Il embrassa sa nuque. Elle serra sa chemise entre ses doigts. Le bouton suivant céda. Sa bouche retrouva la sienne, d’abord avec lenteur, puis sans cette retenue. Leurs souffles se mêlèrent. La paroi froide dans son dos, la paume de Sam contre la peau de son dos, le froissement de sa chemise, le bruit mécanique de l’ascenseur qui annonçait le deuxième étage formaient une suite désordonnée.
Justine passa une main sous le col de sa chemise. Ses doigts trouvèrent son épaule, puis le haut de son dos. Sam inspira brusquement contre sa bouche.
Elle sourit.
« Vera serait contente. »
« Julian est en train de perdre son reportage. »
« Quel drame. »
« Il avait trois ports et une moquette. »
Elle rit dans son cou. Sa bouche se posa juste sous son oreille. Sam baissa la tête, les yeux fermés. Elle sentit son souffle s’accélérer contre sa peau.
Le troisième étage apparut.
Justine remit une main derrière sa nuque. Elle le rapprocha. Le baiser devint plus profond, moins ordonné. Sa robe glissa d’un rien sur son épaule. Sam la retint du bout des doigts, puis posa sa paume au creux de son dos. Elle cambra légèrement les épaules. Sa peau rencontra sa main.
Le chiffre quatre s’alluma.
Personne ne bougea.
L’ascenseur s’arrêta. La porte s’ouvrit.
Justine attrapa Sam par le col et l’embrassa encore avant de sortir. Il répondit avec un rire étouffé contre sa bouche. Ils franchirent le seuil, les vêtements en désordre, les cheveux de Justine défaits autour de son visage.
La porte se referma derrière eux.

Le couloir du quatrième étage était couvert d’une moquette épaisse, exactement comme l’avait annoncé Julian. La lumière venait d’appliques placées trop haut. Elle glissait sur les murs beige clair et sur les numéros métalliques des chambres.
Justine avançait avec sa veste ouverte. Sam marchait près d’elle, sa chemise entrouverte. Ses pas avaient perdu leur régularité. À chaque fois qu’il ralentissait, elle ralentissait aussi. À chaque fois qu’il accélérait, elle sentait son propre corps répondre avant sa pensée.
La chambre 412 se trouvait au bout du couloir.
Ils s’arrêtèrent devant la porte.
Sam sortit la clé électronique. Justine posa deux doigts sur son poignet. Il tourna la tête vers elle. Ses lèvres étaient encore rouges. Son souffle touchait sa joue.
« Encore », dit-elle.
Sam l’attira contre lui. Sa bouche rejoignit la sienne. Justine se pressa contre son torse, les mains dans ses cheveux, puis sur sa nuque. Il embrassa le coin de sa bouche, sa joue, la ligne sensible sous son oreille. Elle ferma les yeux.
La clé tomba.
Elle rebondit sur la moquette avec un bruit ridicule.
Justine regarda le sol.
« Julian perd ses accessoires. »
« Vera peut-elle pardonner ? »
« Elle étudie la question. »
Sam récupéra la clé. Justine prit sa main et la porta à son dos. Ses doigts se posèrent sur la fermeture à moitié descendue. Elle ne quitta pas son regard.
Il acheva de l’ouvrir de quelques centimètres. Sa paume passa sur la peau de son dos. Justine inspira, puis posa son front contre le sien.
« Maintenant », souffla-t-elle.
Sam glissa la carte dans la serrure. Le voyant passa au vert.
Ils se regardèrent une dernière seconde, assez longtemps pour que leurs vrais prénoms reprennent toute la place.
La porte s’ouvrit.
Justine entra en reculant, sans lâcher sa main. Sam la suivit. Leurs bouches se retrouvèrent dans l’embrasure. La lumière du couloir resta sur la moquette, une bande dorée sous la porte.
Puis la porte de la chambre 412 se referma.
Le matin, Justine trouva Sam près de la fenêtre, avec deux cafés et une chemise dont les boutons n’avaient toujours pas retrouvé leur ordre.
Elle portait sa robe refermée de travers. Il avait son casque autour du cou.
« Julian a survécu ? » demanda-t-elle.
« Il a perdu son carnet. »
« Vera l’a retrouvé. »
Elle lui tendit le carnet. Il éclata de rire. Elle aussi. Leurs mains se touchèrent autour de la couverture noire.
Sur la table, son téléphone affichait le message vocal de onze secondes. À côté, son sac en toile débordait de câbles, comme s’il avait passé la nuit à attendre le générique.
Sam prit une gorgée de café. Justine lui vola sa tasse.
« Tu ne me connais pas », dit-elle.
« Moi non plus. »
Elle sourit, puis posa le téléphone sur le sac. L’écran s’éteignit sur les câbles emmêlés.

Fin de l’histoire
Envie de continuer à deux ? Les jeux coquins se jouent sans compte.Et derrière la porte ? La suite, au cran Pimenté.
Lire la suite (Pimenté)Cran de cet appareil
Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.