Le dernier chapitre est à vous, la suite
Derrière la porte du bureau
La porte se referma.
Le bureau était plus petit que le fournil, avec ses étagères chargées de factures, de carnets de recettes et de sacs de farine empilés sous la fenêtre. La couverture avait glissé de leurs épaules. Vincent posa les deux tasses sur le bureau, entre une règle en métal et un paquet de ficelle.
Roxane verrouilla derrière lui.
« Vous avez pensé à tout », dit-elle.
« J’ai oublié les assiettes. »
« Nous avons survécu à pire. Votre ganache, par exemple. »
Il sourit. Elle attrapa le bord de son tablier de cuir et tira doucement. Le nœud céda. Le tablier tomba sur la chaise, près du bandeau en lin. Vincent retira sa chemise, bouton après bouton, sans quitter son visage. Roxane suivit le mouvement de ses doigts, puis glissa les siens sous son pull.
« Vous pourriez faire semblant d’être surpris », dit-elle.
« Je suis surpris. Vous avez des mains très décidées. »
« Elles travaillent depuis trois heures du matin. Elles savent où elles vont. »
Elle fit passer le pull au-dessus de sa tête. Une trace de farine marquait sa joue. Vincent la regarda, puis prit son poignet et posa sa bouche contre la cicatrice claire. Roxane baissa les yeux vers lui. Sa respiration changea, courte et attentive.
« Ça, je ne l’ai jamais goûté », murmura-t-il.
« Vous progressez. »
Il embrassa encore la cicatrice, puis remonta vers son cou. Roxane passa les doigts dans ses cheveux. La chemise ouverte de Vincent glissa de ses épaules et resta suspendue à un coin du bureau. Elle défit sa propre blouse, la plia par réflexe, puis la posa sur le dossier de la chaise.
« Vous pliez vos vêtements dans une situation pareille ? »
« Je refuse de perdre sur deux tableaux. »
« Vous êtes impressionnante. »
« Je sais. »
Il posa ses mains sur sa taille. Roxane les recouvrit des siennes et les guida sous le tissu léger de sa jupe. Le contact de ses paumes sur sa peau la fit fermer les yeux. Vincent embrassa sa bouche, puis son menton, puis le creux tendre sous sa mâchoire. Elle inclina la tête pour lui laisser davantage de place.
Au dehors, le dernier four ronronnait encore. Le son traversait la cloison, régulier, profond. La couverture toucha le sol. Roxane recula jusqu’au petit canapé contre le mur et s’y assit. Vincent resta debout entre ses genoux.
« Vous avez encore votre thermomètre », dit-elle.
Il baissa les yeux vers la poche de son pantalon.
« Je ne quitte jamais mon poste. »
« Même maintenant ? »
« Surtout maintenant. »
Elle sortit l’objet de sa poche et le posa sur la table basse. Puis elle l’attira par la ceinture. Vincent s’agenouilla devant elle. Ses mains remontèrent le long de ses mollets, avec une lenteur qui fit courir un frisson dans son ventre. Roxane posa la paume contre sa nuque.
« Plus près. »
Il obéit. Elle l’embrassa. Le baiser fut plus profond que les précédents, débarrassé du marché, des clients, des pancartes et des deux années passées à dissimuler ce qu’ils savaient déjà. Vincent la saisit par les hanches. Roxane noua les jambes autour de lui, puis rit contre sa bouche lorsque le canapé protesta sous leur poids.
« Votre mobilier manque de tenue », souffla-t-elle.
« Il vous ressemble. »
« Retirez ça. »
Elle parlait de sa ceinture. Vincent comprit. Le cuir glissa, suivi du bruit discret de la boucle contre le parquet. Roxane lui prit la main et la posa contre son ventre. Ses doigts se refermèrent autour des siens. Elle les conduisit plus bas, puis s’arrêta.
Elle s’arrêta, le temps de le regarder.
« Pas sur ce canapé. Il craque. »
« Alors où ? »
« Là où il y a de la chaleur. »
Ils quittèrent le canapé sans retrouver leurs vêtements. Roxane prit la couverture, ouvrit la porte du fournil et traversa la pièce pieds nus, vers le four dont la chaleur rouge tenait encore la nuit. Elle étala la couverture sur le sol, près du mur tiède, et se retourna.
« Ici. »
Vincent la rejoignit. Il défit les boutons de sa chemise à elle, un à un, et l’ouvrit sur sa peau. Elle le laissa faire jusqu’au dernier. Puis elle retira sa jupe, et il retira son pantalon, et ils furent nus l’un devant l’autre dans la lueur du four, un peu gênés, un peu fiers, avec le sourire de deux personnes qui se regardent enfin sans pancarte entre elles.
« Vous avez de la farine sur la hanche », dit-il.
« C’est un reste de la journée. »
Il y passa le pouce, puis la bouche. Elle s’allongea sur la couverture et l’attira contre elle. Il embrassa ses seins, longuement, et sa main descendit entre ses cuisses. Elle était humide, et lui dit où appuyer, plus doucement, là, encore. Il écoutait tout, avec cette attention de pâtissier qui goûte et corrige. Elle lui prit le visage entre les mains.
« Venez. »
Il se plaça au-dessus d’elle. Elle l’accueillit, une main sur sa nuque, l’autre sur sa hanche, et le sentit entrer en elle, lentement, jusqu’au bout. Ils restèrent immobiles, front contre front, la chaleur du four sur le dos de Vincent, la couverture rêche sous les épaules de Roxane.
« Ne bougez pas encore. »
« Je ne bouge pas. »
« Maintenant. »
Il bougea. Lent, profond, attentif. Elle noua les jambes dans son dos et suivit son rythme, puis le mena au sien, un peu plus vite, un peu plus fort. Il murmurait son prénom contre sa bouche. Elle lui répondait par des mots courts, qu’elle n’aurait jamais osé dire dans un fournil devant un jury. Quand elle sentit le plaisir monter du fond du ventre, elle le prit par les épaules et le retourna d’un mouvement. Elle s’assit sur lui, les mains à plat sur son torse, et le chevaucha à son rythme à elle, sa tête renversée, la lueur du four sur ses seins.
« Roxane. »
« Oui. Là. »
Elle jouit en le regardant, longuement, la bouche ouverte sur un cri qu’elle ne chercha pas à retenir. Il la tint par les hanches, la serra contre lui, et la suivit quelques instants plus tard, le visage dans son cou, avec un grognement bas qui la fit rire de bonheur.
Après, Roxane resta étendue contre lui, la joue sur sa poitrine. Vincent caressait lentement son dos. Une trace de farine marquait son menton. Elle la frotta du bout du doigt, puis la déposa sur sa propre joue.
« Vous êtes ridicule », dit-il.
« Je suis victorieuse. »
« Le pari était égal. »
« Vous êtes là. »
« Vous aussi. »
Elle leva la tête. Il l’embrassa, plus doucement. Leurs vêtements restaient dispersés, de l’autre côté de la porte.
Roxane se redressa pour attraper les deux tasses restées sur le plan de travail. Le café avait refroidi. Elle en tendit une à Vincent.
« Demain, le jury choisira l’emplacement. »
« Qu’il choisisse. »
« Vous ne déplacerez plus vos caisses ? »
« De deux centimètres, jamais. »
« Et le premier croissant ? »
Vincent prit la tasse entre ses mains.
« Celui-là, je le demanderai. »
Roxane posa son front contre le sien.
« Mauvaise stratégie. »
Elle lui tendit le dernier morceau de sablé. Il le prit entre ses lèvres sans toucher ses doigts. Sur le plan de travail, le bandeau en lin reposait dans une poussière de sucre. Derrière eux, le pain poursuivait sa levée.
Fin de la suite
Cran de cet appareil
Au-dessus du cran choisi, les suites et les passages plus chauds se masquent sur cet appareil. Rien n’est envoyé nulle part.