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HistoiresLe pacte

Le pacte

pacte, fantasmes, couple installé, humour

environ 62 minutes au total, 6 minutes par épisode de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 3 : La douche à deux

Lucie ne toucha pas au papier tout de suite.

Elle le tenait entre deux doigts, debout devant la salle de bain, tandis que Paul restait près de la table en chêne. La porte entrouverte laissait voir le carrelage clair, la douche à l’italienne et le petit savon posé sur le rebord. Depuis le matin, l’idée avait pris toute la place dans la maison. Elle s’était glissée entre le café et les messages professionnels de Paul, sous les gants de jardinage de Lucie, jusque dans leurs silences.

« À deux », répéta Paul.

« J’avais compris. »

« Je précise pour le dossier. »

Lucie leva le papier vers lui.

« Tu as écrit ça ? »

« Quelque chose de bref. »

« Tu as écrit quelque chose de prudent. »

Elle replia le papier et le posa sur la table, à côté du bocal. Paul regarda la salle de bain.

Lucie s’approcha, attrapa le col de sa chemise et l’embrassa. Paul posa ses mains sur sa taille. Leur baiser dura assez pour effacer la plaisanterie, pas assez pour les rassasier.

« L’eau est tiède », murmura-t-elle. « J’ai mesuré avec la main. »

Elle défit le premier bouton de sa chemise. Paul resta immobile, le regard fixé sur sa bouche. Lucie ouvrit le deuxième, puis le troisième. Ses doigts gardèrent une odeur de romarin et de savon noir. Elle posa sa paume contre son torse, sous le tissu entrouvert.

Paul prit le bas de son pull et le remonta. Lucie leva les bras. Le vêtement passa au-dessus de sa tête et tomba sur le dossier d’une chaise. Elle portait une brassière de coton et un pantalon souple. Paul embrassa son épaule découverte, puis le creux sous son oreille.

Lucie sourit contre sa bouche.

Paul retira sa chemise et la posa sur le dossier, près du pull.

« J’entends ta fermeture éclair. »

Lucie fit glisser le curseur de son pantalon. Le petit bruit métallique traversa la pièce. Elle le repoussa doucement jusqu’à ce que son dos rencontre le mur.

« Alors écoute bien. »

Elle passa les doigts sous la ceinture de son pantalon, sans aller plus loin, et le regarda tandis que sa bouche descendait vers son cou. Paul posa une main derrière sa nuque. L’autre suivit son dos, trouva la bande de tissu à sa taille et la caressa avec le plat des doigts.

« La douche », dit-il. « J’ai peur de ne plus atteindre la salle de bain. »

Elle rit, puis retira sa brassière. Paul la regarda faire. Son regard descendit sur sa poitrine, son ventre, la ligne de son pantalon. Lucie ne chercha pas à se couvrir. Elle prit sa main et la posa contre son sein.

Paul caressa sa peau avec une lenteur attentive. Lucie ferma les yeux, inclina la tête et se rapprocha encore. Sa bouche retrouva la sienne, plus exigeante. Elle défit sa ceinture, puis tira son pantalon vers le bas. Paul l’aida à le repousser avec son pied. Il resta en sous-vêtement, les mains sur les hanches de Lucie.

Elle ouvrit la porte de la salle de bain.

La vapeur commençait déjà à remplir l’espace. Paul tourna le robinet. L’eau frappa le sol avec un bruit régulier. Lucie entra la première, posa une main contre le mur et testa la température avec son poignet.

« Viens. »

Paul la rejoignit. La douche était étroite. Son épaule toucha le carrelage, le dos de Lucie rencontra son torse. L’eau mouilla leurs cheveux et alourdit leurs vêtements.

Lucie se retourna. Elle passa les mains sur le visage de Paul pour chasser l’eau de ses paupières, puis prit le savon. Il glissa entre ses paumes avant qu’elle ne le rattrape.

Il récupéra le savon et en frotta les épaules de Lucie. Ses mains descendirent sur ses bras, suivirent la courbe de ses côtes et revinrent à son dos. La mousse blanchit sa peau. Lucie posa le front contre sa clavicule.

« Plus bas », dit-elle.

Paul obéit. Il savonna son dos, sa taille, la naissance de ses fesses. Son pouce s’attarda juste au-dessus de la hanche. Lucie se retourna vers lui et prit le savon.

Elle le fit glisser sur son torse, entre ses pectoraux, autour de ses côtes. L’eau chaude coulait sur ses épaules. Paul suivit les mouvements de sa main, les yeux fixés sur son visage.

Lucie l’embrassa. Le savon leur échappa et tomba sur le sol. Paul voulut le rattraper, posa le pied sur une dalle mouillée et glissa d’un demi-pas. Lucie le retint par le bras. Ils se retrouvèrent plaqués l’un contre l’autre, sa poitrine contre son torse, leurs cuisses mêlées.

Le rire de Lucie résonna sous la vapeur.

Paul l’embrassa sous l’œil encore humide. Elle passa ses bras autour de son cou. L’eau coulait dans leur dos, entre leurs ventres, le long de leurs jambes. Paul saisit une bouteille de savon liquide, en déposa une noisette dans sa paume et la fit glisser sur les bras de Lucie.

Il lava ses mains avec soin. Les paumes abîmées, les petites coupures près des ongles, les doigts marqués par la terre. Il les retourna, embrassa les jointures, puis frotta doucement chaque doigt.

Lucie le regarda sans sourire.

« Tu as trouvé l’endroit que personne ne lave correctement. »

Paul porta sa main à sa bouche.

« Je prends mon travail très au sérieux. »

Elle lui prit le visage entre les mains et l’embrassa longuement. Le savon resta oublié sur le sol. Ses doigts se glissèrent dans ses cheveux mouillés, puis descendirent sur sa nuque. Elle embrassa sa gorge, son épaule, le haut de sa poitrine. Paul posa les mains sur son dos et la rapprocha, jusqu’à sentir chaque mouvement de son ventre contre le sien.

Lucie passa une jambe devant la sienne pour retrouver son équilibre. Ses mains se posèrent sur ses fesses, puis remontèrent dans son dos. Elle le regarda avec une intensité qui fit disparaître son rire.

« Encore », dit-elle.

Paul l’embrassa. Sa bouche descendit dans son cou. Lucie cambra le dos, ses doigts se crispèrent sur ses épaules. Elle guida sa main vers son sein, puis plus bas sur son ventre. Paul suivit son geste et s’arrêta lorsque sa paume atteignit le bord de son sous-vêtement.

Lucie garda sa main contre la sienne.

« Là. »

Il resta là, immobile, tandis qu’elle l’embrassait avec une ardeur nouvelle. Le tissu humide collait à leur peau. Paul fit glisser ses doigts sur sa cuisse, remonta jusqu’à sa hanche. Lucie lui retira son dernier vêtement avec une lenteur appliquée, puis posa les deux mains sur ses fesses.

Leurs fronts se touchèrent.

« On va finir par manquer d’eau chaude », murmura Paul.

« Alors il faudra être rapide. »

Elle passa ses doigts sur son ventre, ses côtes, son torse. Paul ferma les yeux. Sa bouche chercha la sienne. Lucie mordilla sa lèvre, puis descendit sur son cou. La vapeur épaississait l’air. Le carrelage gardait leurs pieds serrés l’un contre l’autre.

Paul prit le savon et le fit glisser sur le dos de Lucie. Elle frissonna lorsque la mousse passa sur la courbe de ses fesses. Il rinça sa peau, puis la retourna doucement sous le jet. Lucie leva les bras, plaqua ses paumes contre le mur et laissa Paul embrasser son épaule.

Elle tourna la tête.

« Regarde-moi. »

Paul leva les yeux.

Lucie se retourna, prit son visage entre ses mains mouillées et l’embrassa jusqu’à ce qu’ils perdent leur équilibre une seconde fois. Cette fois, ils sortirent de la douche en riant, nus, trempés, les pieds glissant sur le tapis.

Paul attrapa la grande serviette. Lucie lui arracha des mains et l’enveloppa autour de ses épaules. Il en prit une autre, la posa sur ses cheveux et les frotta.

Il s’arrêta. Lucie leva le visage vers lui, les cheveux en désordre, l’eau roulant encore sur sa gorge. Paul la débarrassa de la serviette. Elle fit de même avec la sienne. Ils restèrent peau contre peau dans la lumière trouble de la salle de bain.

Ils traversèrent le couloir en laissant derrière eux de petites traces brillantes. Dans la chambre, la couverture orange attendait au pied du lit. Paul s’y assit, puis attira Lucie contre lui. Elle tomba sur ses genoux. Le lit en fer forgé protesta aussitôt.

Lucie l’embrassa au lieu de répondre. Elle passa ses bras autour de son cou. Paul la souleva juste assez pour la déposer sur le matelas. Ils s’écroulèrent ensemble, mouillés, la couverture orange sous leurs dos et leurs jambes emmêlées.

Lucie posa sa paume sur sa joue.

« Demain, c’est moi qui tire le papier. »

« Tu as une idée de ce qu’il contient ? »

« Je sais ce que j’ai écrit, moi. Il y est question de cartes, et de quelqu’un qui perd. »

Elle l’embrassa, puis son torse encore humide. Paul la ramena contre lui. La lampe resta allumée quelques secondes, éclairant les serviettes abandonnées, le savon oublié sur le tapis et, sur la commode, le bocal et ses sept papiers.

Dessin : Devant la salle de bain, elle tient le papier et lui attend près de la table en chêne.