Le pacte
pacte, fantasmes, couple installé, humour
Soir 4 : Le pari perdu
Cran Pimenté
Lucie tira le papier du bocal au matin, avant que Paul ne puisse atteindre sa tasse.
Elle le tint entre deux doigts, le regarda sous la lumière de la cuisine, puis le glissa dans la poche arrière de son pantalon.
Lucie prit une gorgée de thé et sourit par-dessus le bord de sa tasse.
Le papier resta contre sa hanche toute la journée. Paul le vit passer du pantalon à la poche de sa veste, puis de la veste au tiroir de l’entrée lorsque Lucie rentra du jardin. Elle ne lui donna aucun indice. Elle parla de deux rosiers à déplacer, d’un client qui confondait une haie libre avec une haie abandonnée, puis elle posa ses gants près de l’évier.
À dix-neuf heures, elle sortit un jeu de cartes du buffet.
Paul leva les yeux.
« Ah. »
« Tu reconnais ? »
« Je reconnais l’air de quelqu’un qui va prétendre que le hasard existe. »
Lucie posa le paquet sur la table en chêne. Elle avait préparé deux verres d’eau et une assiette de quartiers de pomme. Le bocal attendait près du mur, avec ses six papiers encore pliés.
Elle déplia enfin le billet.
« Le perdant obéit aux demandes du gagnant pendant une heure. »
Paul resta silencieux.
Lucie replia le papier, battit le paquet avec application et le coupa en trois tas.
Ils jouèrent avec les règles qu’ils connaissaient, en ajoutant une pénalité pour chaque plainte et une demande immédiate pour chaque carte mal posée. Paul protesta contre la lumière, la hauteur de la chaise, le bruit du réfrigérateur. Lucie lui demanda de déplacer le saladier de trois centimètres, de remettre correctement sa manche et de lui passer la serviette.
Paul gagna la première manche. Lucie lui demanda de rester debout derrière sa chaise pendant la suivante, les mains posées sur ses épaules. Il obéit. Ses pouces pressèrent la base de son cou, puis remontèrent jusqu’à sa nuque.
Il posa sa bouche contre ses cheveux. Lucie distribua les cartes sans se retourner. Sa main gauche trouva la cuisse de Paul et la serra une fois, brièvement.
La manche suivante dura moins de deux minutes. Lucie la remporta avec un carré de dames qu’elle avait gardé contre elle.
« Tu triches », dit Paul.
« Tu as perdu exprès. Demande-moi quelque chose, c’est la règle. »
Lucie posa ses cartes. Elle se tourna vers lui, toujours assis. Ses mains étaient propres, mais une fine trace sombre restait au bord de son index. Paul la regarda approcher.
« Première demande », dit-elle. « Tu enlèves ta montre. »
Il détacha le bracelet et le posa sur la table.
« Ensuite, tu viens devant moi. »
Paul se leva. Lucie resta assise, les genoux écartés juste assez pour lui laisser une place. Elle prit ses poignets et les posa sur ses épaules. Puis elle embrassa son ventre à travers sa chemise.
Paul baissa le visage vers elle.
Elle défit le premier bouton de sa chemise, puis le deuxième. Sa bouche suivit l’ouverture du tissu. Paul passa une main dans ses cheveux. Lucie posa ses lèvres sur son torse, descendit jusqu’à sa ceinture et resta là, sans la toucher.
Ses doigts se refermèrent sur les hanches de Paul.
« Demande suivante », dit-elle. « Tu gardes les mains sur la table. »
Il s’appuya derrière lui, paumes ouvertes sur le bois. Lucie se leva entre ses genoux. Leurs visages se retrouvèrent à la même hauteur. Elle l’embrassa avec lenteur, puis avec une précision qui effaça toute envie de plaisanter.
Paul serra les doigts contre le bord de la table.
Lucie défit sa chemise et la fit glisser de ses épaules. Elle la posa sur le dossier de la chaise, puis revint contre lui. Ses seins se pressèrent contre son torse nu. Paul ferma les yeux.
« Regarde-moi », dit-elle.
Il les rouvrit.
Elle prit sa main, la posa sur son sein et attendit. Paul caressa sa peau, le pouce suivant le contour du mamelon. Lucie inclina le bassin contre lui. Sa bouche s’entrouvrit.
« Encore », murmura-t-elle.
Paul obéit. Ses doigts descendirent sur son ventre, suivirent la taille de son pantalon. Lucie retira sa ceinture, puis la fit tomber sur le sol. Le métal tinta entre leurs pieds.
Elle se dégagea juste assez pour retirer son pull. Il tomba sur la chaise, près de la chemise de Paul. Sa poitrine était nue. Paul la regarda, puis posa ses deux mains sur ses seins. Lucie se cambra sous ses paumes.
Le jeu de cartes resta au milieu de la table, les figures rouges et noires alignées entre leurs corps.
« Dernière demande avant la fin de l’heure », dit-elle.
« J’écoute. »
« Tu me portes jusqu’à l’autre côté de la table. »
Paul passa un bras sous ses cuisses, l’autre autour de son dos. Lucie s’accrocha à sa nuque. Il la souleva et la déposa sur le chêne, en repoussant les cartes du revers de la main. Le paquet tomba au sol.
Elle entoura sa taille de ses jambes. Paul se plaça entre elles. Lucie l’embrassa, puis guida ses mains sous son pantalon. Il suivit son geste avec une attention immédiate. Sa bouche descendit dans son cou, sur son épaule, puis revint à la sienne.
Le bois était ferme sous ses cuisses. Une carte glissa lentement jusqu’au bord et tomba.
Lucie rit, et le fit taire en tirant sa bouche vers la sienne. Ses doigts défirent le dernier bouton de son pantalon. Paul retira le vêtement et le laissa près de la chaise. Lucie repoussa le sien avec son pied, puis s’ouvrit contre lui.
Il la caressa entre les cuisses, d’abord par-dessus le tissu, puis directement. Lucie saisit son poignet et le guida avec une lenteur nette. Sa respiration changea. Elle posa une main sur sa nuque.
« Là. Ne bouge plus. »
Paul resta exactement où elle le conduisait. Ses doigts suivirent son rythme. Lucie ferma les yeux, serra les cuisses autour de sa main, puis l’attira contre elle pour l’embrasser.
Le plaisir la traversa en silence, la bouche contre celle de Paul, les ongles plantés dans ses épaules. Elle resta immobile quelques secondes, puis rouvrit les yeux.
« Au lit », dit-elle.
Paul récupéra sa chemise sur la chaise. Lucie descendit de la table et passa devant lui. Elle ne remit pas son pantalon. Il prit sa main. Ils traversèrent la cuisine, laissant derrière eux les cartes dispersées, la montre près du saladier et le papier plié près du bocal.
Dans la chambre, la couverture orange était toujours au pied du lit. Lucie s’y assit et attira Paul entre ses jambes. Il retira son dernier vêtement. Elle posa les paumes sur ses fesses et le ramena contre elle.
Leurs bouches se retrouvèrent. Paul la coucha sur le matelas, puis s’allongea entre ses cuisses. Lucie le guida contre elle. Il entra en elle avec lenteur, en gardant les yeux fixés sur son visage.
Elle enroula ses jambes autour de sa taille.
« Plus près. »
Il se rapprocha. Ses mouvements devinrent réguliers. Lucie plaça une main entre leurs ventres, l’autre derrière sa nuque. Le lit en fer forgé grinçait à chaque poussée. Paul enfouit le visage dans son cou.
« Encore », dit-elle.
Il accéléra. Lucie mordit son épaule, puis le serra contre elle lorsque son plaisir revint, plus profond, plus long. Paul suivit son rythme, tendu contre elle, et jouit à son tour dans un cri bref qu’il tenta de retenir contre sa bouche.
Ils restèrent enlacés sous la couverture orange. Lucie passa ses doigts dans les cheveux de Paul, puis les posa sur sa joue.
« Tu as perdu exprès », dit-elle.
Paul sourit contre son épaule.
« Je voulais vérifier ton pouvoir. »
« Et le verdict ? »
Il embrassa son sein, puis son ventre.
« Très convaincant. »
Plus tard, ils retournèrent dans la cuisine, en sous-vêtements. Lucie ramassa les cartes une par une. Paul remit sa montre à son poignet et rangea les verres.
Dans le bocal, il restait six papiers pliés. Lucie les fit tourner du bout du doigt. Sur l’un d’eux, entre deux plis, une encre qu’elle ne reconnut pas tout de suite laissait voir un seul mot.
« Piano », lut-elle à voix basse.
Paul s’arrêta, un verre à la main.