Le pacte
pacte, fantasmes, couple installé, humour
Soir 5 : L'inconnue
Cran Pimenté
Le lendemain matin, le mot « piano » resta entre eux pendant le café.
Lucie le regarda au fond de sa tasse, puis leva les yeux vers Paul. Il avait sorti une chemise blanche, celle qu’il portait aux réunions où il fallait expliquer des choses compliquées à des gens qui n’avaient rien demandé.
Lucie posa sa main sur sa cuisse, sous la table. Il avait sorti sa chemise des grandes réunions.
« Ce soir, tu ne seras pas Paul. »
Il prit le papier plié près du bocal, le retourna entre ses doigts.
« Et toi ? »
« Je serai une cliente riche, exigeante et très mal renseignée. »
Toute la journée, ils préparèrent leur maison sans en déplacer grand-chose. Lucie retira du salon les coussins trop colorés, posa une nappe claire sur la table basse et installa le vieux piano contre le mur, à la place du meuble bas. L’instrument avait des touches jaunies, trois boutons sans inscription et un haut-parleur qui produisait un accord dès qu’on le regardait avec assez de méfiance.
Paul passa un chiffon sur le piano. Chaque pression déclencha une sonorité différente.
À dix-neuf heures, Lucie disparut dans la chambre. Paul resta dans la cuisine avec une chemise sombre, une petite mallette vide et une paire de lunettes sans verres qu’il employait pour lire les menus trop petits.
Quand elle revint, il ne reconnut pas tout de suite sa façon de marcher.
Elle portait une robe bleu nuit, des bas fins et des escarpins qu’elle réservait aux rendez-vous où elle voulait obtenir quelque chose. Ses cheveux étaient relevés. Une longue boucle claire reposait près de sa joue.
Elle s’arrêta dans l’encadrement de la porte.
« Vous êtes bien monsieur… »
Paul se leva.
« Monsieur Paulin. Accordeur indépendant. »
Lucie prit un accent traînant, plus arrondi que sa voix habituelle.
« Monsieur Paulin, je vous attendais à dix-huit heures trente. Vous êtes en retard, mal habillé, et votre mallette est vide. »
« Je travaille avec une grande discrétion. »
« Cela tombe bien. La maison est pleine de secrets. »
Elle désigna le salon.
« L’instrument est là. Il appartenait à mon mari. »
Paul avança jusqu’au piano. Lucie le suivit à quelques pas, avec une attention de cliente qui évaluait un artisan et son dos dans le même mouvement.
Il souleva le couvercle. Le piano répondit par un accord bref.
Paul posa deux doigts sur les touches. Un nouvel accord résonna. Lucie vint derrière lui. Son parfum atteignit sa nuque avant ses doigts.
« Il faudra une intervention complète. »
Elle passa sa main sous sa veste et la posa sur son ventre.
Le piano produisit trois notes.
Paul ne bougea plus. Lucie approcha sa bouche de son oreille.
« Vous avez l’air tendu, monsieur Paulin. »
« Votre instrument est difficile. »
« Je parle de vous. »
Elle glissa sa paume plus bas, sans quitter son visage. Paul posa une main sur le bord du piano. Ses doigts touchèrent une rangée de touches. Un accord clair éclata, trop joyeux pour la situation.
Lucie rit tout bas. Paul se retourna. La boucle blonde effleura sa joue. Il prit son menton entre deux doigts, attendit le regard de Lucie, puis l’embrassa.
Elle répondit aussitôt. Sa bouche s’ouvrit contre la sienne. Une main de Paul se posa dans son dos, l’autre resta sur sa taille. Lucie s’appuya contre le piano. Une touche s’enfonça sous sa hanche.
L’accord suivant vibra dans le salon.
Paul l’embrassa au cou. Lucie inclina la tête, ses doigts se glissèrent dans ses cheveux. Il sentit ses ongles contre sa nuque, puis sa bouche revint sur la sienne.
Le piano sonna à chacun de leurs mouvements. Le poids de Lucie contre les touches lançait des accords dissonants. La main de Paul sous sa robe en déclencha un autre lorsqu’il la souleva pour l’asseoir sur l’instrument.
Elle posa ses cuisses de chaque côté de ses hanches. Ses escarpins heurtèrent le meuble bas, puis tombèrent sur le tapis.
« La cliente souhaite un réglage plus précis », murmura-t-elle.
« Je vais devoir examiner le mécanisme. »
Paul fit glisser la fermeture de sa robe. Le tissu descendit de ses épaules. Lucie le laissa tomber jusqu’à sa taille, puis prit les mains de Paul et les posa sur ses seins.
Le piano joua un accord profond.
Elle ferma les yeux, mais les rouvrit aussitôt.
Ses pouces suivirent la courbe de ses seins. Lucie pressa son bassin contre lui. Le piano réagit encore, une note aiguë prise au milieu d’un accord.
Elle défit les boutons de sa chemise. Le tissu s’ouvrit sur son torse. Lucie y posa la bouche, descendit jusqu’à son ventre, puis s’arrêta à sa ceinture.
Paul prit son poignet.
« Plus près. »
Elle leva les yeux. Son regard répondit avant ses doigts. Elle défit la ceinture de Paul, puis fit glisser sa main sous son pantalon. Il inspira brusquement. Le piano joua une suite de notes courtes lorsque sa hanche bougea contre lui.
Elle le ramena entre ses cuisses et l’embrassa. Paul passa une main sous sa lingerie, atteignit son sexe humide et le caressa avec précision. Lucie se cambra contre lui. Un accord résonna sous son dos.
Elle saisit sa main, la guida plus exactement et pressa ses lèvres contre les siennes.
« Là. »
Paul suivit son rythme. Ses doigts glissèrent entre ses cuisses, sa paume soutint sa hanche. Lucie serra les jambes autour de son poignet et enfouit le visage dans son cou.
« Encore. »
Le piano accompagna son plaisir d’une série d’accords de plus en plus rapides. Lucie trembla contre lui, puis resta un moment la bouche ouverte, les doigts accrochés à son épaule.
Paul embrassa son front.
Elle le regarda, encore assise sur l’instrument.
« Le technicien doit maintenant vérifier la seconde partie du problème. »
Paul se déshabilla entièrement. Son pantalon rejoignit sa chemise sur le tapis. Lucie repoussa sa robe sur ses cuisses et posa les mains sur ses fesses.
Il la guida lentement contre lui. Le piano gémit sous leur poids. Paul entra en elle avec lenteur, puis s’immobilisa pour la laisser s’ajuster.
Lucie posa ses paumes sur ses épaules.
« Ne bouge plus. »
Il resta contre elle, les yeux fixés sur son visage.
« Maintenant. »
Paul commença à bouger. Chaque poussée faisait jouer le piano. Les accords n’avaient plus aucune logique, mais leur rythme se précisait. Lucie enroula ses jambes autour de sa taille et suivit les mouvements de son bassin.
« Plus près », dit-elle.
Il se rapprocha. Sa bouche trouva son cou, puis son épaule. Lucie lui prit le visage et l’embrassa, sans ralentir.
« Encore. »
Le piano produisit un accord éclatant. Lucie serra Paul contre elle, ses doigts dans ses cheveux, et jouit en gardant la bouche contre la sienne. Paul poursuivit quelques mouvements, tendu jusqu’au bout, puis la rejoignit dans un cri bref, le front posé contre son épaule.
Le silence qui suivit fut rempli par une dernière note, tenue trop longtemps.
Lucie resta assise sur le piano. Paul posa ses mains sur ses cuisses. La robe pendait autour de sa taille, sa chemise gisait sur le tapis, et les deux escarpins étaient séparés par une touche de piano tombée de son support.
« Le rapport ? » demanda-t-elle.
« Réparation complète recommandée, avec une autre visite. »
Ils gagnèrent le salon sans remettre leurs vêtements. Lucie s’allongea sur le tapis, la tête près de la table basse. Paul s’étendit contre elle. Il l’embrassa encore, plus lentement, puis sa main descendit entre ses cuisses.
Elle écarta les jambes et le guida. Il la caressa jusqu’à ce que son corps se tende de nouveau. Lucie posa une main sur son torse, l’autre sur sa nuque.
« Ne t’arrête pas. »
Paul continua. Ses doigts trouvèrent le rythme qu’elle cherchait. Lucie mordit doucement sa lèvre, ferma les yeux et jouit une seconde fois dans un mouvement bref de ses hanches.
Elle resta allongée, les cheveux défaits sur le tapis.
« Monsieur Paulin ? »
« Madame ? »
« Vous êtes repris pour la saison prochaine. »
Paul rit et embrassa son ventre.
Plus tard, ils retournèrent dans la cuisine. Lucie remit sa robe, sans la fermer complètement. Paul enfila son pantalon et sa chemise ouverte. Le piano resta dans le salon, allumé, avec une touche enfoncée.
Dans le bocal, il restait cinq papiers pliés. Lucie en toucha un du bout du doigt et dit, très bas, un mot que Paul n’avait jamais entendu dans sa bouche.
Il leva les yeux.
« Celui-là, dit-elle, il est pour demain. »