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HistoiresLe pacte

Le pacte

pacte, fantasmes, couple installé, humour

environ 62 minutes au total, 6 minutes par épisode de lecture. Piment : Pimenté. Rédaction Absoloo.

Soir 6 : Les mots

Cran Pimenté

Le lendemain, Paul entendit Lucie rire avant même que la porte de la cuisine ne s’ouvre.

Elle entra avec ses bottes couvertes de terre, posa ses gants près de l’évier et regarda le bocal. Le piano du salon était resté allumé pendant la nuit. Une touche produisit une note basse lorsqu’elle passa devant lui.

Paul, debout devant la table en chêne, tenait un papier plié.

« J’ai tiré celui-ci ce matin », dit-il.

Paul retourna le papier entre ses doigts. Depuis le matin, il en entendait le léger froissement chaque fois qu’il bougeait la main. Le rectangle était dans sa poche, puis sur le bureau, puis dans la poche de sa veste. Lucie ne l’avait pas ouvert.

À vingt heures, ils montèrent dans la chambre. Paul posa le bocal sur la commode, près de la lampe. La couverture orange était repliée au pied du lit. Lucie portait un pantalon souple et un pull clair. Paul avait gardé sa chemise ouverte au col, geste qu’il faisait lorsqu’il voulait avoir l’air détendu.

Cela ne trompa personne.

Lucie s’assit contre les oreillers.

« Lis. »

Paul déplia le papier.

« Les mots. »

Il releva la tête.

« C’est tout ? »

Elle tendit la main. Paul lui donna le billet. Lucie le posa sur sa cuisse, puis prit un autre petit papier dans le bocal. Elle avait préparé, dans l’après-midi, une série de phrases. Certaines venaient de leur imagination. D’autres n’étaient que des débuts, conçus pour être complétés à deux.

Elle ouvrit le premier.

« Elle s’approcha de lui et dit : “Ferme la porte.” »

Paul regarda la porte de la chambre, déjà fermée. Elle posa le papier à côté d’elle et recommença, plus lentement.

« Ferme la porte. »

Sa voix descendit sur les deux derniers mots. Paul entendit la petite tension dans sa gorge, le sourire qu’elle retenait, la respiration plus courte qui suivit. Il se leva, poussa le battant jusqu’au déclic et revint vers le lit.

Lucie ne bougea pas. Elle le regarda approcher.

« Très bien », dit-elle. « Maintenant, approche. »

Paul s’assit au bord du matelas. Elle ouvrit le deuxième papier.

« “Je veux savoir ce que tu fais quand tu me regardes.” »

Paul sentit sa nuque se tendre.

« Je te regarde surtout quand tu fais semblant de ne pas remarquer que je te regarde. »

Lucie plia le billet. Elle posa sa main sur son genou. Ses doigts étaient propres, mais une fine marque sombre restait sous un ongle. Paul suivit ce détail des yeux, puis remonta jusqu’à son visage.

« À toi », dit-elle.

Paul prit un papier dans le bocal. Il déplia le carré avec soin.

« “Dis-moi où poser ma bouche.” »

Lucie resta silencieuse.

Paul entendit le drap glisser sous sa cuisse lorsqu’elle se rapprocha.

« Ici », dit-elle.

Elle prit son visage entre ses mains et l’embrassa. Sa bouche se posa sur la sienne avec une lenteur qui lui permit d’entendre chaque changement : le contact des lèvres, la petite aspiration entre deux baisers, le son plus grave de sa respiration.

Paul passa une main dans son dos. Lucie guida ses doigts sous son pull, jusqu’à sa peau.

« Encore une », murmura-t-elle.

Il prit un nouveau billet.

« “Ne me demande pas de rester sage.” »

Lucie sourit contre sa bouche.

« Celle-là, tu l’as écrite pour toi. »

Elle lui retira son pull. Le vêtement tomba près de la lampe. Paul défit les boutons de sa chemise pendant qu’elle descendait sa bouche sur son cou. Ses mains à elle trouvèrent son torse, puis ses épaules. Sa voix lui parvint contre sa peau.

« Plus près. »

Paul la ramena contre lui. Le pull de Lucie monta sous ses paumes. Il atteignit son ventre, le creux de ses reins, puis le bord de son soutien-gorge. Elle leva les bras. Il fit passer le vêtement au-dessus de sa tête et le posa sur le dossier d’une chaise.

« Lis encore », dit-elle.

Paul prit un papier sans regarder le texte.

« “Je veux sentir ta bouche sur moi jusqu’à oublier la phrase.” »

Lucie ferma les yeux. Sa main se posa sur la nuque de Paul et l’attira vers sa poitrine. Il embrassa sa peau, le haut de son sein, puis le cercle plus sensible au centre. Elle eut un mouvement bref sous sa bouche.

« Tu peux la corriger », dit-elle.

Paul releva la tête.

« Je veux sentir ta bouche sur ton sein, puis sur mon cou, puis partout où tu sais que je t’attends. »

Lucie le regarda longuement. Elle défit son pantalon, le fit glisser jusqu’à ses chevilles et le repoussa du pied. Paul posa ses mains sur ses cuisses. Elle les écarta, puis les ramena plus haut.

« Tu entends ce que tu dis ? »

« Oui. »

« Alors continue. »

Il embrassa son ventre. Lucie prit un autre papier, le déplia elle-même.

« “Elle ouvrit les jambes.” »

Elle posa le billet près de sa hanche.

« Je les ouvre pour toi. »

Paul s’agenouilla devant elle. Il passa la bouche sur l’intérieur de sa cuisse, lentement. Lucie accrocha ses doigts à ses cheveux.

« Dis-le. »

Paul leva les yeux.

« Tes cuisses sont ouvertes. Je peux voir ton sexe. »

Lucie expira plus fort. Elle posa une main entre ses jambes et se caressa brièvement, sans détourner le regard.

« Et maintenant ? »

« Maintenant, j’ai envie de te toucher. »

« Alors touche-moi. »

Paul monta sur le lit. Il fit glisser sa main entre ses cuisses, par-dessus le tissu, puis l’écarta avec son accord visible dans la façon dont Lucie cambra le bassin vers lui. Ses doigts trouvèrent son sexe humide. Il suivit le rythme qu’elle lui indiquait par ses hanches.

« Plus bas. »

Il changea de place.

« Là. »

Paul resta là. Lucie posa sa bouche sur la sienne, sans interrompre le mouvement de sa main. Ses mots se brisèrent entre deux baisers.

Elle l’embrassa plus fort. Paul entendit son prénom dans un murmure, puis un « encore » net, sans hésitation. Il continua jusqu’à sentir son corps se tendre sous sa paume. Lucie serra ses cuisses autour de son poignet, ferma les yeux et laissa son plaisir passer dans un tremblement bref.

Lorsqu’elle rouvrit les paupières, elle prit le visage de Paul entre ses mains.

« À mon tour. »

Elle le fit s’allonger sur le dos. Sa chemise ouverte glissa sous ses épaules. Lucie embrassa son ventre, puis descendit entre ses cuisses. Paul posa une main sur ses cheveux.

Sa bouche se posa sur lui. Paul ferma les yeux, mais les rouvrit presque aussitôt. Il voulait la voir, entendre le rythme de sa respiration, le froissement de ses cheveux contre sa peau. Lucie remonta jusqu’à sa bouche et l’embrassa.

« Tu entends ? »

« Tout. »

« Alors dis-moi ce que tu veux. »

Paul lui prit la taille.

« Je veux ta bouche. Je veux ta main. Je veux que tu me dises quand tu veux que je vienne en toi. »

Lucie répondit par un baiser. Elle se plaça au-dessus de lui, guida son sexe contre le sien et s’abaissa lentement. Paul posa ses mains sur ses hanches. Elle resta immobile, le regard fixé sur son visage.

« Maintenant », dit-elle.

Il suivit son mouvement. Les mots devinrent courts.

« Plus près. »

« Oui. »

« Regarde-moi. »

« Je te regarde. »

Lucie bougea avec régularité. Sa voix changeait à chaque phrase, plus basse, plus proche. Paul entendait le lit, le froissement de la couverture, le souffle de Lucie contre sa bouche. Il prononça son prénom. Elle répondit par le sien.

Ses doigts se crispèrent sur ses épaules.

« Encore. »

Paul la ramena contre lui. Elle trouva son rythme, puis le sien. Ils parlèrent peu. Chaque mot avait un poids précis, posé entre deux baisers, entre deux mouvements. Lucie jouit la première, la bouche contre la joue de Paul. Il la serra contre lui et la rejoignit peu après, tendu sous son corps.

Ils restèrent enlacés, nus, au milieu des papiers dispersés. La voix de Lucie continua dans la tête de Paul, même lorsqu’elle ne disait plus rien.

Sur la commode, le bocal gardait quatre papiers pliés. Lucie en tourna un contre la lampe et reconnut, par transparence, l’écriture de Paul : un seul mot, en lettres penchées.

« Absence », lut-elle.

Paul ne dit rien. Il lui prit la main, et la garda.