Le pacte
pacte, fantasmes, couple installé, humour
Soir 7 : Les retrouvailles
Cran Pimenté
Le mot « absence » resta dans la main de Lucie jusqu’au matin.
Elle le posa près du bocal, entre les quatre papiers qui attendaient encore. Paul ne dit rien. Il passa seulement son pouce sur les plis, puis remit le carré blanc au centre de la table en chêne. Dans la cuisine, le vieux piano du salon émit une note isolée. Lucie tourna la tête.
Elle sourit, mais son sourire ne dura pas. Le mot de Paul avait ouvert une porte dans leur jeu. L’absence n’était plus une idée écrite à la hâte. Elle prenait une place exacte entre eux, près du saladier, sous la lampe, dans le silence qui suivit.
Toute la journée, Lucie fit semblant de ne pas y penser. Elle rempota deux arbustes, répondit à des appels professionnels, nettoya ses mains au savon noir jusqu’à faire disparaître la terre sous ses ongles. Paul travailla à son bureau, casque sur les oreilles, sans parvenir à oublier le petit rectangle blanc.
À dix-sept heures, il quitta la maison par la porte du jardin.
Lucie le vit traverser l’allée avec une valise vide. Il portait une chemise bleue, un pantalon sombre et les chaussures qu’il mettait pour les déplacements professionnels. Il alla jusqu’au cabanon, entra, puis referma derrière lui.
Elle resta devant la fenêtre.
Dix minutes plus tard, elle entendit un bruit de roues sur les dalles. Paul reparut avec la valise pleine. Il contourna la maison, passa le portail, puis attendit dans le jardin voisin de leur porte d’entrée. Lucie aperçut sa silhouette à travers le rideau.
Elle se redressa, posa une main sur sa bouche et prit une expression grave.
Paul sonna.
La sonnette retentit dans la maison. Lucie laissa passer quelques secondes. Elle vérifia son reflet dans la vitre noire du four, défit un bouton de son chemisier, puis alla ouvrir.
Paul se tenait sur le seuil, la valise à la main. Ses cheveux étaient un peu défaits. Il avait placé dans la poche de sa veste un vieux billet de train trouvé dans un tiroir, détail que Lucie reconnut aussitôt.
Elle le regarda sans sourire.
« Oui ? »
« Bonsoir. Je cherche Lucie Vasseur. »
« Elle n’habite plus ici. »
Paul baissa les yeux vers la valise.
Lucie garda son visage sérieux deux secondes encore. Puis elle lui sauta au cou.
La valise tomba sur les dalles. Paul la rattrapa du pied, passa ses bras autour de Lucie et la souleva juste assez pour que ses talons quittent le sol. Elle enfouit son visage dans son cou. Son parfum de savon et de terre lui revint d’un seul coup.
« Tu es parti depuis un mois », murmura-t-elle.
« Tu étais dans le cabanon. »
« Le chantier était mal situé. »
Elle l’embrassa. Le baiser effaça la porte ouverte, la valise, les dix minutes et toutes les répliques préparées. Paul la ramena contre lui, une main sous ses cheveux, l’autre au creux de ses reins. Lucie prit son visage entre ses paumes et l’embrassa encore, avec une impatience qui fit reculer Paul dans l’entrée.
La porte se referma derrière eux.
« J’ai eu froid dans le lit », dit-elle. « La couverture n’a pas ta voix. »
Paul posa son front contre le sien. Son regard descendit sur la bouche de Lucie, puis revint à ses yeux. Elle déboutonna elle-même son chemisier et guida ses mains sous le tissu.
« Tu peux vérifier », dit-elle.
Il embrassa sa gorge. Ses doigts suivirent le haut de son dos, la bretelle de son soutien-gorge, puis la courbe de son sein. Lucie se pressa contre lui. La valise resta près de la porte, ouverte sur deux chemises pliées et une paire de chaussettes parfaitement roulées.
Paul fit glisser le chemisier de ses épaules. Le vêtement tomba sur le dossier de la chaise. Lucie attrapa la chemise de Paul et tira sur le premier bouton. Le second céda avec plus de difficulté.
« Le chantier t’a rendu lent. »
Elle ouvrit enfin la chemise et posa sa bouche sur son torse. Paul passa ses doigts dans ses cheveux. Lucie descendit jusqu’à son ventre, puis revint embrasser sa bouche avant qu’il ne puisse répondre.
Son soutien-gorge rejoignit le chemisier. Paul le retira avec soin, puis posa ses mains sur ses seins. Lucie ferma les yeux, inclina le bassin vers lui et murmura :
« Encore. »
Il obéit. Sa bouche suivit ses doigts. Lucie s’appuya contre le mur de l’entrée, une jambe entre les siennes. Elle prit le poignet de Paul et le guida sous la ceinture de son pantalon.
Le geste était clair. Le regard aussi.
Paul défit sa ceinture. Le cuir glissa sur le sol. Lucie l’embrassa avec une ardeur nouvelle, puis passa ses doigts sous son pantalon. Il laissa échapper un son bref contre sa bouche. Elle sourit.
Elle l’attira vers l’escalier. Paul ramassa sa chemise au passage, la posa sur la rampe, puis suivit Lucie. Son pantalon tomba près de la première marche. Elle retira le sien dans le couloir, sans cesser de le toucher. Leurs vêtements s’éparpillèrent entre l’entrée et la chambre, suivant une trajectoire désordonnée que Paul aurait été incapable de reconstituer.
Dans la chambre, la couverture orange était toujours pliée au pied du lit.
Lucie recula jusqu’au matelas. Paul s’arrêta devant elle. Ses mains reposèrent sur ses hanches. Elle posa ses doigts sur sa nuque et le fit venir contre elle.
« Tu m’as manqué », dit-elle.
Le ton avait changé. La phrase ne servait plus le jeu.
Paul embrassa son épaule.
« Toi aussi. »
« Non. Là, tu réponds trop bien. Recommence. »
Il la regarda. Ses mains remontèrent lentement sur ses côtes.
« Tu m’as manqué dans la cuisine. Dans la salle de bain. Quand le piano a joué tout seul. Quand j’ai entendu le portail. »
Lucie avala difficilement sa salive. Elle l’embrassa, puis se laissa tomber sur le lit en l’attirant par la chemise. Paul la rejoignit. Le fer forgé protesta sous leurs genoux.
Ses lèvres parcoururent son cou, sa poitrine, son ventre. Lucie plaça une main dans ses cheveux et l’autre sur son épaule. Elle le guida, corrigea sa position, puis ramena sa bouche vers la sienne.
« Là. »
Paul resta là.
« Ne bouge pas. »
Il attendit. Lucie prit sa main et la posa entre ses cuisses. Son corps s’ouvrit sous ses doigts. Elle bougea le bassin pour lui donner le rythme, les paupières serrées, la bouche contre sa joue.
« Oui », murmura-t-elle. « Encore. »
Paul continua jusqu’à sentir ses cuisses se resserrer. Lucie le ramena contre elle et l’embrassa avec une urgence presque désordonnée. Son plaisir passa dans son corps, dans ses doigts crispés sur le dos de Paul, dans le frisson qui lui parcourut les jambes.
Elle resta un moment contre lui, le visage caché dans son cou.
Paul posa sa main sur sa joue.
« Je suis rentré. »
Lucie rouvrit les yeux.
« Tu repars ? »
« Pas cette nuit. »
Elle lui prit la main et la mena sur son ventre. Puis elle descendit jusqu’à ses cuisses, l’attira entre elles et le guida vers elle. Paul s’immobilisa, le regard fixé sur son visage.
Lucie hocha la tête.
« Oui. Viens. »
Il entra en elle avec lenteur. Elle enroula ses jambes autour de sa taille et posa ses paumes sur ses épaules. Les premiers mouvements furent courts, attentifs. Lucie lui indiqua la profondeur, l’angle, la vitesse. Paul suivit chaque signe.
« Plus près. »
Il se rapprocha.
« Encore. »
Il accéléra. Le lit grinçait sous leurs corps. Lucie mordit son épaule, puis prit son visage entre ses mains pour l’embrasser. Leur rythme se fit plus ample. Paul enfouit la tête dans son cou.
« Regarde-moi », dit-elle.
Il releva les yeux.
Elle soutint son regard jusqu’à ce que son propre plaisir la gagne. Ses ongles marquèrent le dos de Paul. Il la serra contre lui, poursuivit quelques mouvements, puis la rejoignit dans un cri étouffé contre sa bouche.
Ils restèrent enlacés sous la couverture orange. Paul entendit le battement irrégulier de Lucie contre son torse. Elle passa les doigts sur sa nuque, puis les glissa sous son oreille.
« Le mois prochain, tu pourrais vraiment partir. »
« J’ai déjà réservé le cabanon. »
Elle rit, la bouche contre son épaule.
Plus tard, ils retournèrent dans l’entrée pour récupérer leurs vêtements. Paul referma la valise, ouverte et inutile.
Sur la commode, le bocal gardait trois papiers pliés.
Au matin, Paul tira le suivant et le posa près de la tasse de thé de Lucie. Elle le déplia. Il n’y avait qu’un mot.
« Vite. »