Sous les toits, à portée de main
distance, rituel, hiver, retrouvailles
Soir 4 : Le troisième clic
Les bottines de Mathilde étaient déjà rangées près du tapis, le manteau gris pendait à la patère et l’écharpe occupait le dossier de la chaise. Depuis trois semaines, la distance entre le studio de formation et l’appartement sous les toits s’était remplie de cartes, de silences et de petits signaux. Ce soir, Mathilde Lamy, trente-quatre ans, ingénieure acoustique, rentrait pour son dernier week-end avant la fin de la formation. Benjamin Baudry, trente-six ans, céramiste spécialisé dans les émaux, l’attendait près du canapé, avec de la poussière minérale sur les doigts.
La vieille minuterie en métal crème reposait près de l’évier. Les clés de Mathilde avaient rejoint la coupelle d’entrée. Le téléphone de Benjamin demeurait face contre table, bien à l’écart.
Mathilde posa son sac de formation au pied de la chaise. Elle regarda la lampe du séjour, éteinte, puis le cordon qui pendait à droite du canapé.
« Tu as vraiment laissé la lampe éteinte ? »
« J’ai respecté la règle. »
« Trois clics, c’est beaucoup pour une lampe qui n’a jamais passé d’examen. »
Benjamin sourit. Mathilde avança jusqu’au cordon. Le métal froid lui pinça les doigts. Elle posa trois doigts dessus et tira trois fois, nettement.
Clic.
Clic.
Clic.
La lampe s’alluma. Benjamin attrapa Mathilde par la taille et l’embrassa contre le dossier du canapé.
Elle posa ses paumes sur ses épaules, puis les fit descendre jusqu’à ses hanches. Les mains de Benjamin restèrent là, fermes, attentives. Mathilde les recouvrit, les pressa une seconde, puis les guida sous le bord de son tee-shirt écru.
« Tu as gardé tes mains de l’atelier », murmura-t-elle.
« Elles étaient disponibles. »
« C’est une excuse très faible. »
« J’en ai de meilleures. »
Elle tira le tee-shirt vers le haut. Benjamin leva les bras. Le coton passa au-dessus de sa tête et tomba sur le dossier du canapé. Son torse nu apparut sous la lumière chaude. Mathilde posa les mains sur lui, d’abord à plat sur ses côtes, puis dans son dos. Elle retrouva la peau sous ses doigts avec un soin qui n’avait rien de distrait.
Benjamin l’attira contre lui. Mathilde sentit l’odeur d’émail humide venue de l’atelier, mêlée au froid du trajet resté sur sa peau. Elle embrassa son cou, remonta jusqu’à son oreille et mordilla le bord de sa mâchoire.
« Tu as l’air de vouloir vérifier toute la matière première », dit-il.
« Je prends mon travail au sérieux. »
Benjamin répondit par un baiser plus profond. Mathilde passa les doigts dans ses cheveux, puis s’assit sur l’accoudoir du canapé. Benjamin se plaça entre ses genoux. Les cuisses de Mathilde se refermèrent autour de ses hanches.
Il posa les mains sous la chemise blanche de Mathilde, contre son dos. Ses pouces suivirent la colonne jusqu’à la naissance de ses épaules. Mathilde inclina la tête pour lui offrir son cou. Sa bouche y resta, lente, précise. Elle ramena son visage vers elle en tirant doucement sur ses cheveux.
« Encore. »
Benjamin recommença. Sa bouche descendit sous l’oreille, puis revint à la sienne. Mathilde entrouvrit les lèvres. Le baiser prit un rythme plus pressé, avec le claquement discret de leurs dents lorsqu’ils se rapprochèrent trop vite. Elle rit contre sa bouche, puis l’embrassa de nouveau avant qu’il ait le temps de faire une remarque.
Ses doigts à elle passèrent sur le torse de Benjamin, s’arrêtèrent au creux de son ventre et remontèrent. Il saisit ses poignets pour les poser sur ses épaules. Mathilde s’y accrocha et pressa son bassin contre le sien. Le canapé émit un grincement mécontent.
Benjamin tourna la tête vers le meuble.
« Il proteste. »
« Il a connu huit ans de mauvaises décisions. »
« Il tient encore debout. »
« À peine. »
Le rire de Mathilde se brisa contre la bouche de Benjamin. Il la fit glisser de l’accoudoir jusqu’au bord du canapé, puis s’agenouilla devant elle. Mathilde posa les genoux de chaque côté de ses épaules. Benjamin caressa son dos nu sous le tissu ouvert de la chemise, du milieu des omoplates jusqu’aux reins.
Elle ferma les yeux. Le bout de ses doigts se crispa dans les cheveux de Benjamin. Lorsqu’il embrassa la peau au-dessus de son soutien-gorge noir, Mathilde baissa le visage et le rapprocha d’elle.
« Ne t’arrête pas. »
Benjamin leva les yeux vers elle. Son expression fit disparaître la dernière plaisanterie de son visage. Il embrassa la naissance de sa poitrine, puis son épaule. Mathilde posa la main derrière sa nuque et garda Benjamin contre elle.
Ils descendirent du canapé sans rompre le contact. Mathilde s’agenouilla face à lui sur le tapis. Benjamin s’assit devant elle, une jambe pliée, l’autre allongée vers la table basse. Ses mains se posèrent sur le dos de Mathilde et ses flancs. Elle se pencha jusqu’à ce que leurs ventres se touchent.
La peau de Mathilde gardait un goût légèrement salé. Benjamin passa la bouche sur sa clavicule. Elle lui prit le visage entre les mains, l’embrassa, puis appuya son front contre le sien.
« Tu m’as manqué. »
« Je sais. »
« Ne réponds pas avec ton ton de technicien. »
« Tu m’as manqué au point de déplacer le fauteuil. »
Mathilde ouvrit les yeux.
« Le fauteuil ? »
« Il gênait la circulation. »
« Dans notre propre salon, tu as fait une étude de circulation ? »
« J’ai aussi déplacé la table basse de quatre centimètres. »
Elle posa ses mains sur ses joues.
« Tu as passé trois semaines sans moi et tu as réorganisé les meubles. »
« J’ai eu des journées compliquées. »
Mathilde l’embrassa pour lui fermer la bouche. Benjamin bascula sur le côté. Elle s’allongea près de lui, une main sous sa nuque, l’autre sur son torse. Le tapis retenait le froid du parquet. Au-dessus d’eux, la pente du toit coupait la lumière en deux.
· · ·
Ils se relevèrent après quelques baisers encore. Mathilde resta debout devant le canapé, sa chemise ouverte sur son soutien-gorge noir. Benjamin se tenait face à elle, torse nu, les mains posées sur ses propres hanches.
Le silence ne venait pas d’un manque de mots. Il arrivait chargé du studio, des appels écourtés, des phrases que chacun avait gardées derrière une plaisanterie. Mathilde referma une main sur le poignet de Benjamin et l’attira près d’elle.
« Là-bas, je rentrais dans une chambre qui n’avait rien de moi. »
Benjamin posa une main sur sa nuque.
« Ici, tu rentres avec une règle pour la lampe. »
« J’avais besoin d’un signal. »
« Tu pouvais m’envoyer un message. »
« J’en ai envoyé beaucoup. »
« Des phrases avec trois points de suspension. »
« C’était de la ponctuation précise. »
« C’était une menace. »
Mathilde passa le pouce sur sa lèvre inférieure. Benjamin baissa la tête et embrassa ce doigt.
« Je ne savais pas quoi dire après les trois points », reprit-elle. « J’avais envie de te raconter ma journée, puis j’avais envie de toi, puis je trouvais ça trop simple. »
Benjamin garda sa main sur sa nuque. Ses doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux.
« Tu pouvais dire simple. »
« Tu pouvais le dire aussi. »
« Je travaille avec des températures de cuisson et des défauts de surface. »
« Tu es capable de nommer une fissure sur un bol. »
« Les fissures sur les bols ne répondent pas. »
« Moi, je réponds. »
« Justement. »
Mathilde le regarda longtemps. Benjamin approcha son front du sien. Elle ferma les yeux, puis attrapa le cordon de la lampe.
Trois pressions rapides.
Clic. Clic. Clic.
La lampe resta allumée. Le geste n’avait rien changé à la pièce, mais Mathilde avait changé de place. Elle tira Benjamin contre elle par la nuque.
« Tu viens de m’interrompre. »
« Je sais. »
« J’étais presque en train de devenir sincère. »
« C’est pour ça. »
Benjamin rit, puis l’embrassa. Mathilde passa les bras autour de son cou. Leurs corps se heurtèrent au bord du canapé. Il posa une main dans le bas de son dos et l’autre sous son aisselle, la rapprochant avec une sûreté tranquille.
« Tu es insupportable », dit-elle contre sa bouche.
« Tu es revenue quand même. »
« J’avais besoin de récupérer mon appartement. »
« Et moi ? »
Mathilde lui mordit doucement la lèvre.
« Je vérifie encore. »
Il la souleva juste assez pour la poser assise sur le canapé. Mathilde écarta les genoux. Benjamin se plaça devant elle, debout, les mains de Mathilde sur ses hanches. Elle l’attira jusqu’à ce que son ventre touche son visage. Benjamin passa les doigts sous le menton de Mathilde et releva sa tête.
« Regarde-moi. »
Elle leva les yeux. Son sourire disparut lorsque Benjamin embrassa sa bouche. Mathilde glissa les mains dans son dos et le griffa à travers la peau, sans quitter ses lèvres.
Le radiateur claqua derrière la cloison mansardée. Benjamin recula d’un pas. Mathilde descendit du canapé et prit sa main. Ils avancèrent vers la pente du plafond, entre la table basse et le fauteuil déplacé.
· · ·
Près de la cloison mansardée, la chaleur sèche du radiateur montait le long de leurs jambes. Mathilde défit le premier bouton de sa chemise, puis le second. Benjamin posa les doigts sur le dernier bouton. Mathilde guida les doigts de Benjamin vers le bas. Elle les guida vers le bas.
La chemise glissa de ses épaules. Mathilde la retira complètement, la plia sur la chaise et revint aussitôt contre Benjamin. Son soutien-gorge noir dessinait sa poitrine sous la lumière de la lampe. Il posa les paumes sur ses côtes, puis les remonta lentement.
Mathilde prit le visage de Benjamin entre ses mains. Elle l’embrassa, puis se pressa contre son torse nu. Ses doigts descendirent sur son dos et se glissèrent sous la ceinture de son pantalon de travail brun, juste assez pour le faire réagir. Benjamin ferma les yeux et posa la bouche sur son cou.
« Plus près », dit-elle.
Il la fit reculer jusqu’à la cloison. Mathilde appuya le dos contre le bois. Benjamin passa une main sous son soutien-gorge, dans son dos, et dégrafa le fermoir. Elle retint son poignet, puis le relâcha aussitôt pour ramener sa bouche à la sienne.
Le soutien-gorge resta en place. Benjamin le sentit sous ses doigts, tandis que Mathilde glissait une main sous le bord de son boxer sombre, sur sa hanche, puis remontait contre son dos. Leur respiration se désaccorda. Elle posa une cuisse contre la sienne.
Benjamin embrassa sa clavicule. Mathilde inclina la tête. Le radiateur souffla une bouffée poussiéreuse contre la cloison. Elle rit très bas, sans se dégager.
« Même le radiateur s’en mêle. »
Benjamin posa le front contre son épaule.
« Il a toujours eu un mauvais sens du timing. »
Mathilde lui prit le menton et ramena sa bouche à la sienne. Le baiser devint plus profond. Ses doigts descendirent sur le pantalon de Benjamin, trouvèrent le bouton et le défirent. Il posa la main sur sa hanche pour la soutenir lorsque ses jambes se dérobèrent un peu.
Elle se débarrassa de son jean noir. Le denim produisit un froissement sec sur le parquet, puis resta au pied du canapé lorsqu’elle le repoussa du talon. Elle demeura en culotte noire et soutien-gorge.
Benjamin retira son pantalon brun. Il le laissa près de ses chaussons. En boxer sombre, il revint contre elle. Mathilde passa les mains sous l’élastique de son vêtement, sur les côtés, puis les remonta dans son dos.
Benjamin embrassa son épaule. Mathilde lui ouvrit la bouche avec ses doigts et l’embrassa avec une avidité qui lui fit perdre la phrase qu’il préparait. Il posa les mains sur ses fesses, par-dessus la culotte, et la souleva légèrement contre la cloison.
« Ne rallume pas : je sais déjà où tu es », murmura-t-elle.
Le cordon accrocha son épaule. Benjamin tenta de se décaler. Mathilde tira encore son visage vers elle. Le cordon se tendit, le petit anneau métallique sortit presque de son logement et la lampe bascula dangereusement.
Mathilde tendit la main.
Ses doigts saisirent le cordon. Elle tira une fois.
La lumière s’éteignit.
Dans la pénombre, Benjamin resta immobile contre elle. Leurs fronts se rejoignirent. Mathilde gardait une main autour du cordon, l’autre sur la nuque de Benjamin. Il posa ses paumes sur ses côtes, sans chercher plus loin.
Le silence de l’appartement avait changé de poids. La minuterie, près de l’évier, ne comptait rien. Le radiateur continuait ses petits claquements. Mathilde sentit la joue de Benjamin contre la sienne.
« Tu reprends le contrôle ? »
« Je l’avais prêté. »
« Pour combien de temps ? »
« Jusqu’à ce que tu tires trop fort. »
Benjamin embrassa le coin de sa bouche. Mathilde sourit, puis l’attira contre elle. Leurs torses restèrent pressés dans l’obscurité. Le cordon froid glissa entre les doigts de Mathilde.
Benjamin chercha sa main et la referma autour du métal.
Mathilde approcha sa bouche de son oreille.
« J’ai préparé quelque chose pour le dernier week-end. »
