Masturbation : les idées reçues qui résistent encore
Dans l’enquête américaine citée, la masturbation était déclarée par des hommes avec ou sans partenaire relationnel. Les données disponibles ne permettent pas d’en tirer une règle générale sur la vie de couple. Cinq idées reçues sur la masturbation, et un grand coup de plumeau sur chacune.


« Seuls les célibataires s’y adonnent »
Dans l’échantillon américain étudié en 2010, la masturbation était déclarée par des hommes avec ou sans partenaire relationnel. L’enquête décrit une association dans cet échantillon, sans établir de causalité. La vieille théorie du remplacement automatique peut retourner dans son tiroir, entre le manuel du couple parfait et les chaussettes esseulées.
À deux, cette pratique peut rester un jardin secret, avec la clé dans votre poche. Vous pouvez en parler, donner quelques repères ou garder votre jardin privé. Une phrase suffit pour ouvrir la porte : « Tu veux qu’on en parle, ou tu préfères garder ça pour toi ? » La réponse peut être oui, peut-être ou non. Le choix porte aussi sur le niveau de détail. L’intimité partagée n’exige pas l’accès à chaque pensée ni à chaque habitude de l’autre.
« Elle ne concerne que les hommes »
Les chiffres disponibles racontent une tout autre histoire, bien plus mixte. Dans la population générale britannique, interrogée de 1999 à 2001 auprès de 11 161 personnes, 73 % des hommes et 36,8 % des femmes ont déclaré s’être masturbés dans les quatre semaines précédant l’entretien. Il s’agit d’une enquête déclarative au Royaume-Uni, et non d’une mesure clinique. Les femmes sont donc bien présentes dans les réponses, même si les taux déclarés diffèrent dans cette enquête.
Une enquête probabiliste américaine menée en 2010 auprès de 2 523 femmes âgées de 18 à 92 ans a trouvé que la masturbation en solo récente était courante et diminuait avec l’âge. Ce résultat décrit des variations d’âge dans des déclarations en ligne, sans en expliquer la cause. Il ne fournit aucun portrait unique de la sexualité féminine. Pour parler du sujet, utilisez « la personne qui se masturbe » quand le genre n’apporte rien à la phrase. La langue respire mieux, et les clichés aussi.
« On y renonce quand on est en couple »
Les données disponibles ne montrent pas d’arrêt automatique. L’enquête américaine de 2010 rapporte une masturbation courante et fréquente chez les hommes de 18 à 94 ans, avec ou sans partenaire relationnel. Elle ne décrit ni la qualité de la relation ni une cause de la pratique. Dans l’enquête britannique menée de 1999 à 2001 auprès de 11 161 personnes, les déclarations variaient aussi selon la fréquence des rapports vaginaux, avec des associations différentes chez les hommes et les femmes.
Dans la vie à deux, la masturbation peut rester en solo, piquer la curiosité de l'autre ou ne jamais franchir le seuil de la conversation. La curiosité peut se glisser dans une question simple : « Tu préfères qu’on en parle, ou tu veux garder cette habitude privée ? » Puis la conversation peut rester légère, sans réclamer de compte rendu. Une relation n’est pas un abonnement avec accès à toutes les rubriques. Ce qui compte ici, c’est de laisser à chacun son espace, avec ses habitudes, ses silences et ses envies.

« Il y en a trop ou pas assez »
Les enquêtes citées ne donnent aucun chiffre idéal. Aux États-Unis, en 2010, la masturbation était courante et fréquente à différentes étapes de la vie chez des hommes de 18 à 94 ans, même si les comportements sexuels étaient moins fréquents chez les cohortes plus âgées. L’enquête ne fixe aucune fréquence valable pour tout le monde. Au Royaume-Uni, les déclarations variaient selon plusieurs facteurs sociodémographiques et comportementaux. Une variation n’est donc pas une consigne cachée dans un tableau.
Pour vous repérer, regardez la vraie place que la pratique prend dans vos journées. Vous pouvez vous demander si elle reste choisie, compatible avec vos activités et vécue sans détresse. Évitez de comparer votre rythme à celui d’un partenaire, d’un forum ou d’une moyenne sortie d’un chapeau. La fréquence devient un sujet à explorer quand elle vous pèse ou prend le pas sur la vie quotidienne, pas parce qu’un calendrier imaginaire aurait son mot à dire.
« Cela abîme le plaisir à deux »
La masturbation ne peut pas être présentée comme une cause de dégradation du plaisir partagé à partir de ces données. Dans l’enquête britannique, elle était davantage déclarée par les femmes ayant des rapports vaginaux plus fréquents, tandis qu’elle était moins souvent déclarée chez les hommes indiquant des rapports vaginaux plus fréquents. Ces résultats décrivent des associations différentes selon le sexe, sans établir de cause à effet. Une autre association concernait les hommes et les femmes déclarant un ou plusieurs partenaires du même sexe, plus susceptibles de déclarer une masturbation. La cause de cette association n’est pas précisée et sa portée générale reste inconnue.
Entre vous, la place de la masturbation se décide en discutant, avec l'envie d'écouter, pas en rendant un verdict. Vous pouvez partager une préférence, demander ce qui aide à se sentir à l’aise ou garder une pratique séparée. « Est-ce que tu veux qu’on en parle dans notre sexualité à deux ? » laisse une sortie claire. Selon l’OMS en 2006, la santé sexuelle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que des expériences sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence. Ce cadre ne recommande aucune fréquence particulière.
Comment garder le sujet léger sans le balayer
Commencez par jeter la question-piège : « Est-ce que c'est normal ? » Elle appelle souvent une moyenne introuvable et une comparaison peu utile. Demandez plutôt ce que la pratique signifie pour la personne concernée, quelle place elle prend et si le sujet mérite une conversation. Vous pouvez choisir un moment calme, hors d’une dispute et hors d’une situation sexuelle. Une main qui hésite sur une phrase vaut parfois mieux qu’une grande déclaration parfaitement préparée.
Exercice du soir : cinq minutes dans un coin intime, chacun complète la phrase « J'aimerais pouvoir parler de… » ; l'autre répond par une question ouverte ou par « Je préfère ne pas en parler » ; vous finissez en choisissant un cadre, garder le sujet privé ou y revenir plus tard. Aucun détail n’est requis. L’objectif est de vérifier la place de la conversation, pas de remplir un formulaire administratif avec tampon et agrafeuse.

Questions fréquentes
Existe-t-il une fréquence idéale pour la masturbation ?
Les enquêtes citées ne fixent aucune fréquence valable pour tout le monde. La question utile concerne la place de la pratique dans votre quotidien et le ressenti qui l’accompagne.
La masturbation signifie-t-elle qu’un couple ne fonctionne pas ?
Les données disponibles montrent qu’elle peut être déclarée par des hommes avec ou sans partenaire relationnel. Elles ne permettent pas de déduire la qualité d’une relation à partir de cette seule pratique.
Faut-il en parler à son partenaire ?
Vous pouvez en parler, donner peu de détails ou garder cette pratique privée. Une question ouverte permet de vérifier ce qui convient à chacun, sans transformer l’échange en compte rendu.
Les enquêtes prouvent-elles que la masturbation améliore ou dégrade la sexualité à deux ?
Les extraits fournis décrivent des associations, notamment avec la fréquence des rapports vaginaux, sans établir de cause à effet. Ils ne permettent donc pas de tirer une règle générale sur le plaisir partagé.
Sources
- Premiers résultats de l'enquête CSF-2023 (Contexte des sexualités en France), Inserm, ANRS-MIE (rapport du 13 novembre 2024), lu le 24 octobre 2026
- Prevalence of masturbation and associated factors in a British national probability survey, Gerressu M, Mercer CH, Graham CA, Wellings K, Johnson AM, Archives of sexual behavior, lu le 24 octobre 2026
- Sexual behaviors, relationships, and perceived health status among adult women in the United States: results from a national probability sample, Herbenick D, Reece M, Schick V, Sanders SA, Dodge B, Fortenberry JD, The journal of sexual medicine, lu le 24 octobre 2026
- Sexual behaviors, relationships, and perceived health among adult men in the United States: results from a national probability sample, Reece M, Herbenick D, Schick V, Sanders SA, Dodge B, Fortenberry JD, The journal of sexual medicine, lu le 24 octobre 2026
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