
Chapitre 6
Parler du désir sans fabriquer un procès-verbal
Parler du désir, c’est pouvoir nommer ce qui manque et ce qui attire encore : une main sur la taille, un baiser qu’on aimerait prolonger, le plaisir d’être recherché. Mais que répondre quand l’envie entendue déçoit, quand vos désirs diffèrent ou quand la discussion reste sans suite ? Essayez de distinguer ces difficultés pour choisir comment poursuivre. Ces propositions s’adaptent aussi aux autres couples.
Recevoir une réponse décevante sans défendre son idée
Une réponse décevante mérite aussi sa place : « Les baisers au retour, je n’en ai pas très envie en ce moment. » Si vous espériez un élan, dites : « Je suis déçu, j’avais envie de retrouver ce moment avec toi. » Elle aimerait retrouver la chaleur de sa main sur sa taille ; lui aimerait sentir qu’elle se rapproche pour prolonger la caresse. La déception porte sur cette attente : évitez d’en tirer une conclusion générale sur votre pouvoir de séduction. Votre idée préférée survivra à une conversation où elle ne gagne pas.
Reprenez ce que vous avez entendu avant de chercher une autre proposition : « Tu n’as pas envie de ce baiser au retour. Qu’est-ce qui te déplaît dans ce moment-là ? » Écoutez sans défendre aussitôt votre idée. Distinguez ce qui concerne le moment choisi de ce qui concerne le contact lui-même. Si la réponse reste « Je ne sais pas », gardez cette incertitude au lieu de proposer successivement tous les baisers possibles.
Dites ensuite ce que cette réponse change pour vous : « Je comprends mieux ce qui ne t’attire pas. Je reste déçu, et j’ai besoin d’un moment avant de chercher autre chose. » Vous pouvez aussi demander : « Tu préfères qu’on laisse cette idée de côté ou qu’on en reparle plus tard ? » N’utilisez pas cette question pour obtenir une version atténuée de la réponse. Si la fatigue occupe toute la réponse, revenez aux aménagements du chapitre 5.
Exprimer un écart de désir sans chercher une moyenne
Quand vous parlez du rythme, distinguez la fréquence des rapprochements de l’allure des gestes. « Tu aimerais qu’on se retrouve plus souvent, ou qu’on prolonge les moments qu’on a déjà ? » Précisez ensuite : « Quand on s’embrasse, tu aimerais qu’on reste là davantage ? » Elle pourra nommer le plaisir d’attendre le prochain baiser ; lui, son envie de la sentir revenir contre lui. Deux envies différentes ne se départagent pas à pile ou face.
Si elle souhaite davantage de tendresse et lui davantage de rapports, nommez cette différence au lieu de chercher une formule qui l’efface. Essayez : « J’entends ce qui te manque. De mon côté, j’aimerais des caresses qui n’annoncent pas contraint un rapport. » Demandez ensuite à chacun de reformuler l’envie de l’autre avant de répondre : « Tu aimerais sentir que je te recherche davantage, même si nous n’avons pas les mêmes envies au même moment ? » Corrigez la reformulation si elle transforme un souhait en reproche.
Cherchez ensuite ce qui vous attire tous les deux et ce qui reste différent. Une étreinte vous tente, mais vous n’imaginez pas la même suite ? Dites-le avant de retenir cette idée : « J’ai envie de rester contre toi, sans prévoir la suite. Est-ce que ce moment te tente aussi comme ça ? » Si aucune proposition commune ne se dessine, nommez le point encore ouvert : « Nous cherchons comment rester proches quand nos envies ne se rejoignent pas. » Gardez cette question pour la prochaine discussion, plutôt que de fixer une fréquence qui ne convient à personne.
Reprendre une discussion restée sans proposition commune
Reprenez par un résumé de ce qui reste en suspens : « On avait parlé de nos moments proches, mais on n’avait rien retenu qui nous attire tous les deux. » Ajoutez les envies déjà exprimées : elle cherche la chaleur d’une étreinte ; lui aimerait retrouver le plaisir d’être rejoint dans un baiser. Demandez : « Est-ce que ça décrit encore ce que tu ressens ? » Vous reprenez le fil ; le résumé intégral de la soirée précédente attendra ses lecteurs.
Distinguez ensuite ce qui a interrompu la recherche : « Est-ce qu’aucune idée ne te tentait, ou est-ce qu’on avait besoin de laisser reposer la discussion ? » Si aucune idée ne convenait, demandez quel aspect faisait obstacle. Si les mots manquaient, essayez chacun d’écrire une phrase avant de reprendre. Si une proposition avait été retenue puis laissée de côté, demandez : « Est-ce qu’elle te tente encore, ou est-ce qu’on cherche autre chose ? » La suite dépend de cette réponse, pas du temps déjà consacré au sujet.
Terminez en distinguant ce qui est partagé de ce qui reste ouvert. Essayez : « Nous avons envie de moments proches, mais nous ne savons pas encore quelle place leur donner. » Choisissez alors comment reprendre : par écrit, après un moment passé ensemble ou lors d’un échange réservé à cette question. Au prochain rendez-vous, repartez du point resté ouvert. Une discussion sans proposition commune n’a pas besoin de recommencer depuis le début.
