
Chapitre 8
Quand ça n’arrive pas : désir, tête, périnée, pleine conscience
Un orgasme absent ne résume pas la qualité d’un moment à deux. Vous trouverez ici des pistes pour explorer le désir, revenir aux sensations et dire précisément ce qui plaît. La pleine conscience et le travail du périnée ont aussi leurs études : des résultats à regarder de près, sans leur demander une promesse.
Le désir n’arrive pas toujours en premier
Le modèle théorique de 2000 décrit notamment une composante réactive du désir féminin : l’envie peut apparaître ou se renforcer pendant des gestes agréables. Ce modèle ne mesure pas la réponse de toutes les femmes. Partez donc d’un contact qui vous plaît plutôt que d’attendre une envie parfaitement dessinée : l’envie qui arrive après le début n’a pas à s’excuser de son retard.
Essayez un baiser lent, ou le poids de son corps contre le vôtre. Pour elle, le repère est simple : qu’ai-je envie de prolonger ? Quand sa bouche revient chercher la sienne, c’est la réponse, et la chaleur qui monte dans sa nuque n’a pas besoin de sous-titres. Lui y gagne le goût de ce baiser qu’elle choisit de reprendre, et l’excitation tranquille d’être désiré sans avoir rien demandé. « Encore comme ça ? » suffit à préciser la direction. Gardez ce contact sans préparer le suivant. Tout cela s’adapte aux autres couples.
Ce même modèle reconnaît une variété de réponses d’excitation et d’orgasme, pour éviter de parler de dysfonctionnement quand une réponse s’écarte simplement du cycle sexuel traditionnel. Entre « Ce contact me plaît » et « J’ai envie d’aller plus loin », il y a deux phrases, donc deux choix. Pour la première, dites « J’ai envie qu’on reste comme ça » ; pour la seconde, nommez le geste souhaité. Une sensation agréable n’a pas à annoncer toute la suite, et ses épaules qui se relâchent sous votre paume en disent déjà long.
Le désir réactif ne promet aucun orgasme. Observez ce qui donne envie de participer davantage : chercher encore ses lèvres, se rapprocher, demander de prolonger le baiser. Lui retrouve alors le contact qu’elle réclame et sent sa propre envie monter au rythme de la sienne. Si rien ne donne envie de poursuivre, changez de position ou laissez cette exploration de côté. Une caresse familière a parfaitement le droit de battre une nouveauté que personne n’avait demandée.
Contexte, attention et charge mentale
Quand vos pensées repartent vers une tâche, dites-le simplement : « J’aime ce contact et je pense à autre chose ». Puis installez-vous l’un derrière l’autre, un coussin sous le bras qui l’entoure, sa main posée sur son ventre. Elle glisse ses doigts entre les siens pour sentir la chaleur de sa paume ; lui sent son ventre bouger sous sa main et son souffle effleurer la peau près de l’épaule. La liste des courses supportera de ne pas être consultée pendant ce baiser.
Choisissez un contact qui vous plaît, comme la paume sur le ventre ou les doigts entrelacés. Après chaque distraction, revenez-y. Pour lui donner une autre nuance, posez la joue contre son épaule : elle profite de cette chaleur en plus, lui sent son corps se rapprocher et s’abandonner un peu. « J’ai envie de rester contre toi » dit tout cela, et c’est suffisant.
Pleine conscience et périnée
Une étude de 2016 a évalué quatre séances de thérapie sexuelle de groupe fondée sur la pleine conscience chez 79 femmes, âgées en moyenne de 40,8 ans, ayant des difficultés de désir ou d’excitation. Après le traitement, la concordance entre excitation génitale, mesurée en laboratoire, et excitation déclarée avait augmenté, et les changements de la seconde prédisaient la première. C’est un avant-après : il n’attribue pas le résultat à la seule thérapie. À deux, allongez-vous face à face, jambes rapprochées jusqu’au contact. Elle sent la chaleur contre sa peau ; lui savoure cette proximité pendant le baiser, sans chercher la suite.
Si vous serrez les lèvres ou les genoux, desserrez-les. Elle pose sa jambe contre la sienne, puis la laisse reposer sur le support ; lui accompagne le mouvement du plat de la main sur la cuisse et sent la peau se détendre sous sa paume. Dites ce qui rend le contact agréable : « J’aime la chaleur de ta main ici ». Même les sourcils concentrés ont droit à une soirée de repos : relâchez le visage plutôt que de chercher à ressentir davantage.
Une revue systématique de 2024 a inclus 21 essais randomisés, mais sa méta-analyse n’en retient que quatre. Après un entraînement du plancher pelvien, l’excitation progresse de 1,49 et l’orgasme de 1,55, avec des intervalles de confiance larges (0,13 à 2,85 et 0,13 à 2,96). La certitude des preuves est jugée très faible, en raison d’une forte hétérogénéité : une piste à explorer, pas une promesse. Pendant que vous restez face à face, sentez simplement ce qui se détend sous la main : elle respire plus librement, lui profite de cette proximité qui garde la chaleur du contact. Le périnée mérite une place dans la conversation, pas le premier rôle à chaque caresse.
Le périnée se traite ici comme une question à préparer, pas comme un exercice à deux. Demandez à un médecin ou une sage-femme comment repérer les muscles concernés, distinguer une contraction d’une poussée et reconnaître le relâchement, puis quelles durées et répétitions conviendraient si un entraînement est indiqué. La revue ne rapporte aucun effet indésirable dans les interventions étudiées, ce qui ne prouve pas qu’aucun ne puisse survenir. En attendant, gardez vos soirées pour les contacts que vous aimez déjà : une consultation n’a pas besoin de public.

- 1. S’allonger ou s’asseoir avec un appui stable
- 2. Observer la respiration sans chercher à la modifier
- 3. Relâcher progressivement la mâchoire, les épaules et le périnée
- 4. Accueillir la sensation présente, même si elle ne mène pas à l’orgasme
Arrêter de simuler, retrouver des mots
Dans une enquête américaine en ligne de 2019 auprès de 1 008 femmes adultes, 58,8 % ont déclaré avoir déjà simulé un orgasme et, parmi elles, 67,3 % ne plus le faire. Si vous voulez changer cette habitude, remplacez le signal global par une indication précise : dites quel geste vous souhaitez prolonger et ce que vous ressentez maintenant. Commencez par ce que vous voulez aujourd’hui ; inutile de commenter tous les moments précédents. Sa voix qui descend d’un ton en le disant fait déjà son effet.
Dites par exemple : « J’ai envie qu’on ralentisse et que je te montre ce que je ressens ». Posez votre main sur son poignet pour accompagner le glissement, puis retirez-la quand le rythme vous convient. Elle guide la main ; lui apprécie d’en sentir le trajet plutôt que de le deviner, et la sentir se laisser aller sous ses doigts lui suffit comme récompense. Préparez quelques mots utilisables, comme « pareil » ou « plus doux ». Le grand discours attendra : la main a déjà une indication.
Dans cette enquête, 55,4 % avaient voulu parler de sexualité avec un partenaire et y avaient renoncé, par peur de blesser ses sentiments (42,4 %), malaise à entrer dans les détails (40,2 %) ou gêne (37,7 %). Une communication plus confortable était associée à une satisfaction sexuelle plus élevée, sans que l’on sache si l’une cause l’autre. Sa main revient vers votre épaule, vous retenez son poignet une seconde : elle comprend où revenir, et lui découvre qu’une indication précise peut être plus excitante qu’un compliment vague. Le grand discours peut rester au vestiaire.
Les femmes qui continuaient à simuler signalaient plus de gêne à parler explicitement de sexualité et moins souvent que le couple pouvait dire précisément ce qui rend les rapports plus agréables pour elles, là encore sans lien de cause démontré. Montrez sur son avant-bras le glissement que vous aimeriez retrouver, puis guidez sa main à l’endroit choisi. Quand elle réclame le même passage pour retrouver la sensation, lui savoure de savoir exactement où revenir. « Garde ça » : deux mots, le discours attendra.
